CAMEROUN: LE RÉGIME DE YAOUNDÉ ET L’OVERTON WINDOW

Cameroun, la CRTV et les propos antisémites du ministre MOMO: la responsabilité évidente du gouvernement du Cameroun doit être engagée. En effet un gouvernement ne peut pas simplement se désolidariser d’un ministre qui continue pourtant de siéger en son sein, après avoir tenu comme invité ministériel sur la seule chaîne publique de télévision CRTV, des propos délibérément antisémites et tribalistes.

Le gouvernement et partant l’État du Cameroun – qu’il représente – ne peut pas se dérober de sa responsabilité évidente, alors même que le dit ministre continue impunément d’occuper sa fonction. La responsabilité collective ne fait pas l’ombre d’un doute.

Le CL2P a toujours fait campagne contre le ministre Momo, qui a utilisé puis trahi l’activisme des droits humains dans le pays et, en particulier « Les 9 de Bependa », pour rejoindre le régime de Yaoundé en dissimulant par la même occasion les pratiques génocidaires puis les crimes contre l’humanité de celui-ci ; devenant de la sorte un «bon client» converti au Biyaïsme.

Il est en cela le principal promoteur de la théorie connue sous le nom de «Overton Window», également connue comme la fenêtre du discours, qui décrit et recense la gamme des idées tolérées dans le discours public. L’objectif de la fenêtre Overton est de rendre acceptables et de vulgariser des idées nauséabondes autrement impensables, dont l’idéologue ethno-fasciste du régime en place le Docteur Mathias EricOwona Nguini a préalablement pris le soin d’inonder le débat public (sur la chaîne de télévision Vision 4 notamment) et les réseaux sociaux. Il n’est donc pas surprenant de le voir venir immédiatement à la rescousse du ministre Momo, après que celui-ci a affirmé que les dirigeants du MRC et, par partant, les Bamilékés, sont des êtres « arrogants», qui méritent d’être gazés comme Hitler l’a fait aux Juifs.

La fenêtre d’Overton vise ainsi à «normaliser» les idées qui sortent des limites du discours accepté et acceptable dans une société civilisée. Comme le suggère Overton, par conséquent, le moyen le plus simple de déplacer cette fenêtre était de forcer avec subtilité les gens à considérer progressivement les idées extrêmes, le plus loin possible de la fenêtre. Parce que forcer les gens à entendre puis considérer une idée impensable, même s’ils la rejettent au départ, rendrait du coup toutes les idées moins extrêmes apparemment acceptables. Cela déplacerait la «fenêtre» lentement dans la direction voulue.

Ce concept de «fenêtre d’ouverture» est utile pour expliquer comment la couverture médiatique des pratiques génocidaires et des crimes contre l’humanité sous le régime de Biya a délibérément été orientée, biaisée, et même faussée au cours de ses 36 années de règne.

Ce régime a en effet forcé les canaux d’information traditionnels et les réseaux sociaux à s’attaquer de front aux théories du complot que répandent ses porte-paroles malhonnêtes, tels que Mathias Eric Owona Nguini et Jean de Dieu Momo. Pour le moins qu’on puisse dire, ces derniers ont contribué à les « naturaliser » dans nos débats politiques nationaux. Ainsi, le « guichet Overton » – à travers lequel les limites entre l’orthodoxie politique et l’hérésie sont définies – s’est déplacé considérablement vers l’extrême droite au Cameroun au cours des 36 dernières années, aboutissant au fait que des philosophies politiques et des pratiques politiques qui auraient semblé «farfelues et d’extrême droite» ”soient maintenant considérées comme normal dans le pays. Les Bamilékés peuvent ainsi être publiquement menacés d’être exterminés comme les juifs, juste parce qu’ils seraient jugés «arrogants et trop gourmands »

Et cette stratégie de banalisation des idées réactionnaires a hélas déplacé la fenêtre d’Overton au Cameroun de manière à déformer et affecter considérablement notre vision politique pour longtemps, y compris après la présidence de Biya.

Il est donc important de voir et constater à quel point l’ethnofacisme systémique est aujourd’hui camerounais. Il est même devenu important y compris pour un membre du gouvernement chargé de la justice de le répandre.

Pourtant le gouvernement représente le peuple camerounais. Et chaque Camerounais mérite de croire que ses ministres et son président peuvent les regarder et ressentir de l’empathie à leur égard- ressentir de l’empathie pour leur vie. Les Camerounais doivent pouvoir se reconnaître dans leurs leaders. Vous voulez croire que s’il y a une catastrophe naturelle ou un drame collectif et que vous êtes touché, votre gouvernement va d’abord vous voir comme un être humain, un semblable.

Vouloir à ce point prendre les Bamilékés pour cibles en vue de commettre puis justifier par avance leur génocide fait du peuple Bamiléké un élément distinct de la civilisation camerounaise. Non, les Bamilékés sont des Camerounais comme les autres. Nous sommes tous des anciens colonisés et nous n’avons rien de spécial et c’est pour cela que nous n’avons d’autre choix que de bâtir une société basée sur l’Égalite et la Justice sociale pour tous.

Et c’est vraiment pour cette raison, au-delà de toute polémique personnelle ou politicienne, que le ministre Momo devrait démissionner. Le peuple camerounais a le pouvoir. Les Camerounaises et les Camerounais devraient se lever. Et s’ils veulent qu’il parte, ils devraient s’efforcer de le faire.

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques – CL2P

http://www.cl2p.org