Cameroun: Le procès des leaders ambazoniens reporté au 7 février 2019

Ils ont encore indiqué qu’ils ne sont pas des camerounais.

La deuxième audience de Sisiku Ayuk Tabe et ses compagnons a eu lieu le 10 janvier 2019 au Tribunal militaire de Yaoundé. Lors de cette autre audience, les débats ont été houleux. La raison étant que pour une énième fois, les leaders du mouvement sécessionniste ont déclaré ne pas se reconnaître comme des camerounais. «Je ne suis pas Camerounais, je suis un citoyen de l’ancien Southern Cameroons britannique, également connu sous le nom d’Ambazonie», a déclaré Sisiku Julius Ayuk Tabe, le président autoproclamée de la république imaginaire d’Ambazonie. Ayant ouvert le bal, ses neuf coaccusés adopteront tous la même position. Avec fermeté, ils affirment n’être pas des camerounais. Ces déclarations seront suivies par une objection préliminaire soulevée par collège des conseils de la défense, composé de près d’une cinquantaine d’avocats dont trois anciens bâtonniers du barreau.

La défense des leaders ambazoniens a ainsi demandé une suspension d’audience, afin d’établir la nationalité des accusés. «Le tribunal militaire n’est pas compétent pour juger ces personnes en l’état, en raison des questions que soulève leur nationalité», a lancé Me Patrick Yong, évoquant l’article 41 du code de la nationalité camerounaise qui déclare les juridictions civiles compétentes pour ces cas. «Il faut déterminer de quelles nationalités sont les accusés avant de les juger. Ils doivent être renvoyés vers le Nigeria, leur lieu de résidence, pour traiter de cette affaire conformément à l’article 42 du code de la nationalité», a renchéri Me Eya Peter.

Pour la partie civile cependant, des documents attestant que les accusés sont bel et bien camerounais existent. «Nous disposons des preuves qu’ils sont Camerounais. Nous avons leurs cartes nationales d’identité et leurs passeports. Certains parmi eux ont été des fonctionnaires au Cameroun donc des employés de l’État, et vous nous dites qu’ils ne sont pas Camerounais ? », a interjeté le commissaire du gouvernement. «Ni le passeport ni la carte nationale d’identité ne prouve la nationalité de quelqu’un, seul le certificat de nationalité fait foi, dit la loi, or vous n’avez pas présenté ces documents ici», a immédiatement répliqué Me Akere Muna.

Après des heures d’échanges assez houleux, le Colonel Mem Michel président du Tribunal, a ordonné une pause, pour faire tomber les tensions. A la reprise de l’audience, le statut de réfugiés de certains coaccusés de Sisku Ayuk Tabe a été évoqué. «Le commissaire du gouvernement nous demande de produire des documents qui prouvent que nous ne sommes pas Camerounais et que nous étions réfugiés au Nigeria. Depuis le 5 janvier que nous avons été kidnappés à Abuja, nos pièces ont été saisies et nous sommes gardés au secret sans contact avec qui que ce soit. Nous avons les preuves que nous sommes réfugiés, donnez-nous juste la possibilité de les produire», a plaidé Elia Eyambe Ebai, l’un des dix accusés du jour.

A titre de rappel, la première audience des leaders sécessionnistes a eu lieu le 6 décembre 2018. Ils avaient été présentés au Commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé le mardi, 27 novembre. Dix mois après leur arrestation au Nigeria, les concernés avaient été conduits, pour la première fois, devant la juridiction pour identification en bonne et due forme, nous ont renseigné certaines sources.

Liliane N.