Cameroun: L’ambassade de France vend son patrimoine

«La France agit comme si elle veut déjà quitter le Cameroun».

Cette remarque faite par un habitant de Yaoundé n’est pas fortuite. Elle est survenue à la lecture d’une annonce, une de plus, parue dans le quotidien national, dans son édition du mardi 1er septembre 2015. Il s’agit d’un avis de vente immobilière publié par l’ambassade de France au Cameroun. «L’ambassade de France, service des domaines, va procéder à la vente, par appel d’offres sur soumissions cachetées, d’un immeuble urbain bâti, situé au centre résidentiel de Yaoundé, lieu-dit «Warda », arrondissement de Yaoundé 1er, région du centre », indique l’annonce.
Pour ce qui est des caractéristiques de l’immeuble objet de la vente, l’avis précise qu’il est construit sur une superficie de 1992 m2 et constitué d’un terrain, d’une villa et d’un bâtiment annexe. La villa étant construite sur deux niveaux, de type duplex, avec une emprise au sol de 128 m2 pour une surface totale bâtie de 269 m2 hors

d’œuvre, et le bâtiment annexe comptant une surface totale de 98 m2. Cette vente peut paraître banale à première vue, mais, en revisitant les cessions de la France depuis quelques années, pas besoin d’être devin pour comprendre que l’ancienne puissance coloniale se débarrasse d’une partie de son patrimoine immobilier au Cameroun.
En mai 2014, la France avait rétrocédé à l’Etat du Cameroun le terrain et les immeubles construits dans l’enceinte de l’ex-consulat de France à Garoua. www.237online.com Le ministre des Relations extérieures (Minrex), Pierre Moukoko Mbonjo et Bruno Gain, ambassadeur de France au Cameroun à l’époque, ont paraphé l’accord de rétrocession, en présence du ministre des domaines du cadastre et des affaires foncières (Mindcaf), Jacqueline Koung à Bessike. Le 27 février 2014, le quotidien Cameroon tribune annonçait à sa page 3, le transfert de deux immeubles français à l’Etat du Cameroun. Il s’agissait en substance de la rétrocession à l’Etat du terrain et des immeubles de l’Alliance française de Buea et de la vente d’un ensemble administratif au centre administratif de Yaoundé. De même, le 03 mars 2015 l’ambassade de France au Cameroun annonçait la mise «en vente aux enchères en l’état d’un lot non divisible de biens constitué de mobiliers de bureaux, électroménagers, meubles et autres », indiquait-on.
Dans la plupart des cas, le mobile de la cession était plus ou moins explicité. On a, par exemple, justifié la cession des immeubles de l’Alliance française de Buea par la célébration des cinquantenaires de l’indépendance et de la réunification, et la vente de ceux de Yaoundé par un souci de regroupement des segments de la représentation diplomatique à l’ambassade. Mais tel n’est pas le cas pour la vente présente.
Approché pour essayer de comprendre ces ventes en cascade, un responsable de l’ambassade de France qui s’est étonné de l’intérêt porté à ce sujet a semblé minimiser la situation. «Y a-t-il tant d’annonces que cela ? A ma connaissance, seule une villa est concernée cette année. Il s’agit de la gestion habituelle de notre parc immobilier», a-t-il répondu. Une chose demeure cependant certaine : ces ventes commencent à susciter des questions.