Cameroun: L’affaire Afrique Média fera-telle avancer le droit ?

Voici un extrait d’un article du Quotidien Le Jour du jeudi 22 octobre 2015 je cite : « En la matière, Justin Tagouh, le promoteur d’Afrique Média (…) a simplement dépoussiéré un disque ancien mais toujours percutant.

L’occident colonisateur est responsable de tous nos malheurs, il faut le combattre avec une véhémence absolue. Sa méthode :(…) Des débats qui durent une demi-journée, des appels à la haine et au soulèvement contre « l’ennemi » blanc, des documentaires (importés de chez les blancs !) pour déconstruire le complot postcolonial. Le tout mariné à la sauce d’une palette de consultants qui rivalisent de talents sur le terrain de la pénitence postcoloniale et du délire de grandes pleureuses. Et on peut dire que l’offre d’Afrique Media trouve preneur au vue de l’engouement qu’elle suscite chez un peuple laminé par  l’oppression et confiné dans un dolorisme paralysant.  Il existe des moyens plus élaborés de s’attaquer au piège de la reproduction colonialiste en s’éloignant de la posture rébarbative d’une victimisation expiatoire. Par un journalisme d’investigation, des enquêtes sur l’hégémonie capitaliste d’une mondialisation foudroyante, des analyses éclairée . Mais de ce thélà, Tagouh et ses amis n’en veulent pas. Diatribes cinglantes, attaques frontales, pulsions xénophobes sont le lot quotidien de cette chaîne qui ravale les principes élémentaires du journalisme au sous-sol. Pour innocente qu’elle puisse paraître, la démarche ne relève point du hasard » Fin de citation et YES ! Ai-je envie d’ajouter.

L’extrait est tiré d’un article meublant lui-même un dossier de deux pages consacré à ce qu’on appelle désormais, l’affaire Afrique Média. Le ton de cet extrait vous en convenez, est un peu vindicatif quand même…Mais comment en serait-il autrement, l’un des personnels de ce média étant Jean Bruno TAGNE, jeune et talentueux journaliste, ayant le mérite aujourd’hui de composer le CNC ? N’allez surtout pas imaginer que j’insinue que ce quotidien d’indéniable bonne réputation, a un parti pris… D’ailleurs passons à autre chose… Mais notons que pour ce journal, Afrique Média a un agenda caché. Celui de la disculpation de certaines dictatures africaines, traités de potentats. D’ailleurs, Paul BIYA n’est pas épargné. Il y est dit que ce dernier accorde son soutien discret et constant à Afrique Média afin de dissimuler son bilan catastrophique à la tête du Cameroun. Et toc ! C’est vrai que vu sous cet angle, on comprend mieux l’attitude du biyaiste MESSANGA NYAMDING…
En effet, ce qui a mis le feu aux poudres une fois de plus, est une émission de télé. Encore ! Sur le plateau de celle-ci, Félix ZOGO du MINCOM, MESSANGA NYAMDING biyaîste et Ampère SIMO enseignant de droit de la communication à l’Université de Yaoundé II. C’était sur Vision 4. Le moins qu’on puisse dire est que ça a cogné dur. Hors de ses gongs, fait inhabituel, Félix ZOGO qu’accompagnait étroitement pour la cause, MESSANGA NYAMDING-mais le concernant on en est un peu habitué-s’est montré particulièrement désobligeant vis-à-vis et de son collègue SIMO et des membres  du CNC. Les traitant carrément d’incompétents, et qualifiant leurs dires et écrits de forestiers. Pourtant cette occasion aurait pu être mise à profit pour vider deux questions de fonds. Le CNC est-il indépendant ou pas ? Afrique Média a exécuté sa sanction ou pas ?

A la première question, Ampère SIMO répond par l’affirmative en désignant le CNC comme une autorité administrative indépendante. Au renfort de cela, il a fait dans les colonnes du journal Le jour cité plus haut, de brillants et denses développements qui en n’en point douter reculent les limites de notre ignorance.  Félix ZOGO  et MESSANGA NYAMDING eux, répondent par l’affirmative en argumentant d’une part, que le Ministre n’a jamais adressé d’injonction au CNC et d’autre part, que l’ordre juridique camerounais ne reconnaît pas les autorités administratives indépendantes qui n’apparaissent dans aucune catégorie d’établissements publics au Cameroun. Au delà de la diatribe doctrinale à laquelle se livrent deux ou trois  universitaires, le décret du 23 janvier 2012 qui régit le CNC, nous aide à comprendre. L’article 2 précise bien que le CNC a sa personnalité juridique, a son autonomie financière et est placé auprès du Premier Ministre. Fort de cela le CNC n’a donc pas d’injonction à recevoir du MINCOM. D’ailleurs celui-ci a-t-il adressé une injonction  au CNC? Non et oui. Non parce que la correspondance de ISSA TCHIROMA n’était pas directive. Dans une formule courtoise, elle demandait au CNC de bien vouloir lever la sanction au motif que les délais de son exécution étaient dépassés. Sauf que cette démarche à la vérité viciée est une injonction larvée. Car le MINCOM aurait dû se contenter, une fois saisi par Afrique Média, d’en informer le CNC et s’informer auprès de celui-ci, des raisons de la non levée des sanctions. En ne le faisant pas, le Ministre s’est comporté comme si la levée était acquise, et ça n’a pas été du goût de Peter ESSOKA, qui, lui-même, en ayant laissé ses émotions prendre le dessus, a eu tort de répondre de façon cavalière au MINCOM. Il a oublié en le faisant, que c’était grâce au MINCOM qu’il avait obtenu l’exécution forcée des 6 et 10 août 2015. Il se privait donc par sa défiance, d’un allié important pour l’avenir. Car que peut le CNC sans le MINCOM ?

A la deuxième question, celle de savoir si Afrique Media a exécuté ou pas sa sanction ? La réponse n’est pas si simple non plus. Afrique Média à tort ou à raison, c’est selon qu’on l’aime ou pas, a contourné la sanction en diffusant d’un pays voisin pendant le durée de celle-ci. Si ce média est demeuré de droit camerounais, alors il n’a pas exécuté la sanction. S’il est devenu média de droit tchadien, alors il n’a plus à demander de levée de sanction, mais plutôt un accord de siège. Maintenant c’est clair pour tous.
Alors depuis un certain temps, Afrique Média diffuse du Cameroun, au motif que les scellés ont été enlevé par les badauds. On fait alors comment maintenant ? Puisque le MINCOM ne va plus aider le CNC qui lui, n’a pas levé la sanction. L’avenir nous dira. Une chose est sure, le CNC vient de perdre le peu d’autorité qui lui restait. Attendons simplement le jour où un média sanctionné pour acharnement sur Paul BIYA essaiera de contourner en allant ailleurs. Ce jour, nul doute que les biyaistes oublierons le précédent qu’aujourd’hui ils cautionnent avec enthousiasme. Et ce jour là, les connaissant, ils n’auront aucun scrupule à retourner leurs vestes. Aimer ou ne pas aimer un média c’est une chose. Mais cette affaire aurait pu, avec moins de passion pour les uns et de pression pour les autres, nous aider à combler un vide juridique. Encore qu’une mauvaise sanction au départ, peut-elle raisonnablement servir la bonne cause ? Vous direz de moi que j’ai fait le grand écart. Et je vous assure ce n’est pas un exercice facile.