Cameroun : La balle est-elle désormais dans le camp du secteur privé ?

Le dispositif d’encadrement des entreprises locales mis sur pied par les pouvoirs publics semble désormais complet, avec l’entrée en activité de la Bc-Pme et de l’Apme.

Les Petites et moyennes entreprises (Pme) occupent environ 94% du tissu des entreprises existantes au Cameroun. Paradoxalement, elles contribuent pour moins de 37% au Produit intérieur brut (Pib) du pays. La faiblesse de leur surface financière et technologique a, jusqu’ici, obéré tout espoir de construction d’un secteur privé fort, créateur de richesses  et d’emplois. Pour rendre plus compétitives les entreprises locales, les pouvoirs publics, à la suite d’échanges avec les investisseurs privés camerounais, ont  entrepris depuis peu la mise sur pied d’un dispositif d’encadrement et d’accompagnement qui, s’il s’avère opérant, devrait faire décoller le secteur privé et lui permettre de contribuer pour 50% (au bas mot) au Pib national.
Il s’agit, entre autres, des centres de formalités de création des entreprises, des centres de gestion agréés, du Bureau national de mise à niveau, de la Bourse de sous-traitance et de partenariat du Cameroun, et de l’Agence de promotion des

investissements (Api). Ce dispositif semble désormais complet, avec l’entrée en fonction, courant juillet dernier, de la Banque camerounaise des Petites et moyennes entreprises (Bc-Pme), et l’installation officielle, vendredi dernier, de Jean Marie Louis Badga au poste de directeur général de l’Agence de promotion des Petites et moyennes entreprises (Apme). Cette structure est en plus dotée d’un guichet unique.
L’Apme, pour ne parler que d’elle, est chargée, en liaison avec les administrations, organismes publics et privés concernés : de la mise en œuvre de la stratégie sectorielle en matière de promotion et de développement des Pme ; de la facilitation des formalités de création d’entreprises ; de l’assistance et le conseil des porteurs d’idées et de projets en matière de création d’entreprises ; de l’encadrement des entreprises dans la mise en place d’outils de gestion adaptés à leurs besoins organisationnels, techniques, financiers, commerciaux ou technologiques ; du renforcement des capacités managériales des responsables des Pme par l’information, la formation, le parrainage et le compagnonnage ; de la mise en place d’une banque de données de projets à la disposition des promoteurs des Pme, etc.

Corruption  
Au terme du tout premier conseil d’administration de cette agence, le 31 mars dernier, le ministre des Petites et moyennes entreprises, de l’Economie sociale et de l’Artisanat, Laurent Serge Etoundi Ngoa, qui préside par ailleurs cette instance, avait défini en substance le rapport étroit entre L’Apme et la Bc-Pme, en déclarant : « Il faudrait que lorsqu’une jeune entreprise va solliciter des crédits auprès de la Bc-Pme ou auprès d’une autre banque, que l’agence certifie que cette entreprise a bien la capacité de prendre cet argent, de gérer cet argent, de le rentabiliser et de le rembourser afin qu’il puisse en être également utile aux autres entreprises ». Il n’a           pas manqué de le réitérer vendredi dernier, lors de l’installation officielle à ses fonctions du tout premier Dg de cette structure.
« La Bc-Pme, a-t-il dit à l’endroit du Dg de l’Apme, sera pour vous un exutoire de business plan et de demandes d’investissements. A ce propos, les dossiers des start-up que vous aurez à examiner et sur lesquels vous aurez à émettre un avis doivent être minutieusement et objectivement analysés. Car, l’avis qui sera celui de votre institution est un avis qui engage le devenir de cette entreprise naissante, la vie et l’avenir de ceux qui en font la promotion, la vie et l’avenir de ceux qui doivent être les bénéficiaires ». L’Apme et le Bc-Pme semblent d’autant plus complémentaires que le lancement effectif des activités des deux structures s’est fait de manière quasi simultanée.
A priori, il convient de dire que le gouvernement a fait sa part, et que la balle est désormais dans le camp du secteur privé, à condition bien évidemment que l’Etat reste constant dans la mission d’accompagnement qui est la sienne. Les investisseurs privés, eux, devraient rendre efficace l’action des structures susmentionnées à travers une surveillance accrue de leurs activités et la communication. Ceci les obligerait à travailler en toute transparence. Car, à l’évidence, la multiplication des acteurs dans le domaine de l’encadrement de la Pme sera source d’inertie, et impliquera une certaine augmentation d’opportunités de corruption et de quête de rente.