Cameroun: Kye Ossi, une ville alimentée à partir de groupes électrogènes

La principale curiosité de cette ville frontalière, c’est l’omniprésence des groupes électrogènes, unique source d’énergie.

les poteaux et les câbles de haute et de moyenne tensions sont visibles le long de la principale artère de la ville. Mais ils ne servent à rien.  » On les a déjà changés plus de trois fois  » déclare Josué Yemelong, gérant du  » Pentagone « , un débit de boissons. Pourtant, la ville n’est toujours pas raccordée au réseau électrique. D’où l’omniprésence de groupes électrogènes. Partout où l’activité qui nécessite de l’énergie électrique, il y a une générateur. Les services publics, les établissements de micro-finance, les ateliers de soudure ou menuiserie, les laveries, les boulangeries, l’unique station d’essence (BOCOM), etc. sont alimentés par des groupes électrogènes. Même les maisons d’habitations sont alimentées par des groupes électrogènes. Quelques personnes en disposent pour leur besoins personnels, mais en général, un groupe électrogène alimente un groupe de maisons. De nombreux fils partent du générateur installé dans une cage en bois et vont vers les domiciles parfois sur plusieurs centaines de mètres. Le système de distribution est celui du rationnement. Certains groupes s’arrêtent dès 22 heures. Les élèves ou bien ceux qui ne veulent pas encore aller au lit doivent alors allumer les lampes chinoises. Les groupes qui tournent toute la nuit sont ceux qui alimentent les nombreux bars et autres lieux de joie. On peut dire c’est ce qui manque le moins à Kye Ossi.  »

Le Pentagone  » est l’un des plus célèbres bars de la ville qui ne désemplit pas toute la nuit. Comme beaucoup d’autres, il pratiquait du  » non-stop « ,c’est-à-dire qu’ils ouvraient 24 heures sur 24. Jusqu’à ce que pour des raisons de sécurité, le sous-préfet les enjoigne de fermer à 22 heures. Mesure qui, bien sûr, a fait le temps d’un feu de paille :  » Nous n’avons de problème de sécurité ici, déclare pour sa part David dit  » Arouna « . On ne ferme pas parce que ça tourne la nuit. Il y a les commerçants qui attendent les marchandises de l’Ouest ou de Douala, les voyageurs et beaucoup d’autres qui ne dorment pas. Ils sont là et le matin, les gens vont faire autre chose.
Quelques détails de taille dans la gestion de l’énergie des groupes électrogènes qui fonctionnent avec du carburant de contrebande à partir de la Guinée équatoriale. Les moteurs ont subi toutes sortes de modifications, incluant la connexion à des fûts d’eau pour le refroidissement. Le règlement de la quittance est quotidien, le matin avant 8 heures, selon le type d’activité, sinon la suspension est immédiate :  » J’achète le carburant au moins tous les deux jours, déclare Roland, un gérant de groupe électrogène qui alimente plusieurs call-box.
Il faut donc de l’argent pour renouveler le stock de carburant sans lequel groupe ne tourne pas « . L’activité principale de ces call-box n’est pas la vente des crédits de communication comme ailleurs, mais la recharge des batteries des téléphones. C’est ainsi que les kiosques sont pourvus de multiples prises montées en série. Il faut 200F pour une charge compète. La location de la chambre n’inclut ni eau ni surtout la lumière qui se paie chaque jour ou tout plus chaque se maine. La conséquence, c’est l’extrême pollution. Outre le bruit assourdissant, il y a la fumée qui monte de partout en journée, les hydrocarbures déversés dans la nature : le sol aux alentours des cages des groupes est noir d’huile de vidange. Les soirées sont animées par des baffles qui tonnent fort le long de l’unique artère alors que derrière les groupes ronflent. Les rues sont particulièrement bruyantes les veilles et les soirs de marché, mercredi, vendredi et samedi. Les dimanches sont consacrés aux réunions villageoises et la séparation des membres abhorrant diverses tenue se fait dans les débits de boissons tenus parfois par des membres.
La ville frontalière d’Ebebeyin en Guinée Equatoriale, dès le poste frontière, brille de mille feu, tandis que le coté camerounais de poste, à quelques mètre, inaugure le règne des ténèbres que les groupes électrogènes ont du mal à dissiper…