Cameroun – JERSIC 2015: le plaidoyer de l’innovation du gotha scientifique à Yaoundé

L’événement, qui rentre en gare ce jour à Yaoundé après intenses activités à caractère scientifique et technologique, a été ouvert mardi dernier par ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation (Minresi), Madeleine Tchuinté.

L’événement, qui rentre en gare ce jour à Yaoundé après intenses activités à caractère scientifique et technologique, a été ouvert mardi dernier par ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation (Minresi), Madeleine Tchuinté, qu’accompagnaient ses collègues René Sadi (Administration territoriale et Décentralisation), Marie Thérèse Abena Ondoa (Promotion de la femme et de la famille), André Mama Fouda (Santé publique) et Benoît Ndong Soumhet (secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation de base). Bien plus, dans son discours d’ouverture et surtout d’orientation de cette 5è édition des Journées d’excellence de la recherche scientifique et de l’innovation (Jersic) 2015, la chef de département a relevé la présence de participants venus tout droit d’Afrique du Sud, d’Argentine, du Brésil, de l’Égypte, de la Grande-Bretagne…

Organisée sous le haut patronage du président de la République, cette solennité, qui mobilise du beau monde depuis le 10 novembre, permet à la communauté scientifique nationale de présenter au grand public les fruits de la recherche, et au gouvernement de récompenser les chercheurs à travers l’attribution de prix aux plus méritants. Principalement, le Prix spécial du président de la République : Lion d’or de l’Excellence scientifique et de l’innovation, d’une valeur de 10 millions FCfa, le Prix spécial du président de la République de l’innovation au profit des jeunes d’une valeur de 10 millions de francs Cfa. Dans l’objectif de promouvoir davantage le partenariat public/privé, comme innovation, il est prévu, en ce jour de clôture des Jersic 2015, un exposé sur «Le dialogue de haut niveau sur le renforcement du partenariat public-privé». Une occasion en or, pour les entreprises et le patronat camerounais, de faire entendre leur voix.

«Recherche-Développement : cap sur l’Innovation». C’est la thématique retenue par la ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation (Minresi), Madeleine Tchuinté, pour les Journées d’excellence de la recherche scientifique et de l’innovation (Jersic) 2015, qui visiblement depuis 2004 qu’elle trône à la tête de ce département ministériel technique ne tarit pas d’imagination et d’initiatives pour sortir la recherche camerounaise de l’ornière. Placée sous le très haut patronage du président de la République, la 5è édition qui a débuté mardi est l’occasion pour les chercheurs camerounais de mettre en vitrine les résultats de leurs travaux de recherche. Mieux, pendant trois jours (10-12 novembre), l’événement inscrit dans une périodicité biennale a vocation d’accroître la visibilité de l’action du Minresi. D’après les organisateurs, les Jersic 2015 «envisage la création d’un environnement propice à l’épanouissement et la construction d’une économie du savoir, à travers la création d’une plateforme de discussion afin de susciter une plus grande participation des potentiels acteurs de l’innovation aux processus de recherche et d’innovation».

Pour tenir le pari, tous les instituts de recherche sous-tutelle du Minresi sont mis à contribution. Il s’agit de l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad), l’institut national de cartographie (Inc), l’Institut de recherches géologiques et minières (Irgm), l’Agence nationale de radioprotection (Anrp), l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales (Impm), la Mission de promotion des matériaux locaux (Mipromalo), le Centre national d’éducation (Cne), le Comité national de développement des technologies (Cndt) et dans un proche avenir l’Institut pour la promotion des sciences, de la créativité, de l’innovation et des technologies (Ipscit). Ainsi que les organismes de recherche en coopération : l’Institut international de l’Agriculture tropicale (Iiat), le Centre de recherche forestière internationale (Cifor), le Centre international pour la recherche en Agroforesterie (Icraf), le Centre de recherche pour le développement des légumes (Avrdc), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique (Cirad), l’Institut de recherche pour le développement (Ird) et la Société internationale de linguistique (Sil). Et à Njombé, dans la région du Littoral, le Centre africain de recherches sur bananiers et plantains (Carbap) – institution internationale spécialisée sur les bananiers – dont Madeleine Tchuinté est présidente du conseil d’administration, œuvre pour l’émergence des filières plantains et bananes structurées en Afrique occidentale et centrale.

Des Camerounais sont unanimes à reconnaître que depuis plus d’une décennie, le Minresi  ne ménage aucun effort pour enrichir ses mécanismes de valorisation du  chercheur, du résultat  de la recherche et de vulgarisation de ce dernier à travers différentes activités, dont les concepts des Jersic (qui donnent l’occasion aux chercheurs nationaux de se rivaliser, et surtout mettre en exergue les résultats de leurs recherches), de la rentrée scientifique, de l’école-paysanne (qui arrime depuis quelques temps les agriculteurs aux techniques culturales modernes avec des variétés améliorées par les chercheurs de l’Irad)… Depuis cette année, l’âge de départ à la retraite a été prorogé. Et il est lancé un recrutement de 500 jeunes chercheurs entre 2015 et 2016. Au même moment, les conditions du métier de chercheur sont améliorées.

Et dans le cadre de ses différents travaux de recherche, l’Irad a développé près de 200 variétés locales de manioc (l’un des vivres les plus consommés au Cameroun), dont six améliorées. D’après les chercheurs, ces variétés adaptées aux différentes zones écologiques du pays ont des rendements très intéressants. Pour un hectare, par exemple, l’agriculteur obtient jusqu’à 25 à 40 tonnes de manioc, contre 12 tonnes seulement pour des semences traditionnelles. Et dans l’objectif de booster sa production ainsi que celle des céréales que sont le sorgho et le maïs, les pouvoirs publics et la Banque mondiale viennent-ils de lancer le Pidma, programme doté d’un financement de 50 milliards de francs Cfa.

Bien plus, les recherches sur les légumineuses sont encourageantes. Une douzaine de nouvelles variétés améliorées de haricot commun riches en protéines, zinc, calcium et fer entre autres, et capables de donner des récoltes quatre fois plus importantes que les variétés traditionnelles, en plus de la résistance aux intempéries et maladies, ont été mises au point. En ce qui concerne des cultures pérennes telles que le cacaoyer, le coton et le caféier, on en trouve des variétés précoces et résistantes à la pourriture brune.


Des résultats de la recherche en vitrine à l’hôtel de ville de Yaoundé

La visite des stands de la foire d’exposition qui a suivi la coupure du ruban par Madeleine Tchuinté qu’accompagnaient Gilbert Tsimi Evouna, l’honorable Albert Kouinche, respectivement délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé et promoteur de l’entreprise de transfert et d’épargne de fonds Express Union et les directeurs des instituts sous-tutelle du ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation, a permis de contempler les nombreux fruits de la recherche exposés à l’esplanade de l’hôtel de ville de la capitale politique du Cameroun. Entre autres : divers plants améliorés de cacaoyer, cotonnier, caféier et de palmier de l’Irad, et des bananiers et plantains du Carbap ; des cuisinières et séchoirs à énergie solaire, une cafetière industrielle multifonctionnelle, un échantillon de four à énergie solaire qui ne produit de la cendre ni de la fumée fabriqué par le jeune Guy Bertrand Tchaya de l’Université de Maroua, des boissons et produits alimentaires 100% bio, des huiles et cosmétiques bio, des médicaments à base des plantes et écorces du terroir bio, de la volaille, des cobayes, des hérissons… Dans cette plateforme de présentation des fruits de la recherche sans discrimination aucune, les savoirs et savoir-faire des peuples Baka et Bantou de la région de l’Est sont mis en exergue : condiments bio conditionnés en petites boules, des produits de la médecine traditionnelle, des aphrodisiaques bio. Tous les exposants approchés sont unanimes à reconnaître que les Jersic, même s’il existe encore quelques imperfections, sont une plateforme qui leur permet de faire connaître les résultats de la recherche du terroir.

En plus de ces chercheurs spéciaux et venant parfois de loin, les instituts (Irad, Inc, Anrp, Impm, Irgm, Mipromalo, Cne…) et organismes rattachés au Minresi exposent toutes leurs prouesses scientifiques et technologiques de ces dernières années. Avec un accent mis sur les études épidémiologiques, géologiques, socio-économiques, des risques naturels et anthropiques ainsi que d’éruptions volcaniques, d’impact environnemental, culturelles, sur les matériaux de construction, des bassins hydrologiques; des prévisions météorologiques ; la protection des végétaux ; les plantes médicinales ; l’analyse du signal et des polluants ; les sciences alimentaires


L’Ipscit à construire au Boulevard du 20 Mai

L’Institut pour la promotion des sciences, de la créativité, de l’innovation et des technologies (Ipscit) à bâtir a vocation de contribuer au renforcement du volet opérationnel du Système national de recherche et d’Innovation, et de produire un plus grand impact sur le développement. Cette infrastructure sera implantée au niveau du Boulevard du 20 Mai, en plein centre de la capitale politique, sur une superficie estimée à 1,5 hectare. Elle va comprendre 500 bureaux environ, un impressionnant Centre de Conférence internationale [espace non-bâti en face de l’hôtel Hilton]. Ce complexe de rêves sera constitué de trois blocs représentant le triptyque «paix-travail-patrie». Bien plus, l’immeuble projeté de 25 niveaux (probablement l’immeuble le plus haut de la capitale) devra servir à : l’hébergement des musées, l’accueil des grandes rencontres nationales et internationales (congrès, expositions, etc.), l’hébergement des centres de données, l’hébergement des hôtes de marque ; la location aux tiers, etc.

Selon les responsables du Minresi, la mission de cet institut est encadrée par deux principales orientations stratégiques : «la recherche pour le développement sur des thématiques de pointe en sciences exactes et naturelles, et en sciences de l’ingénieur et technologies de soutien à l’innovation en entreprise. La valorisation économique, la promotion de l’innovation, le transfert des technologies en tant qu’interface ouverte sur les savoirs et savoir-faire du monde, avec un positionnement entre la production des connaissances et des techniques et leur valorisation commerciale d’une part, et entre le financement direct et les acteurs de la recherche scientifique, du développement des technologies et de l’innovation, d’autre part.


L’expertise turque acquise
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Il y a quelques semaines, une forte délégation d’investisseurs turcs (conduite par le président Mehemet Yimaz du groupe Artech Insaat Tesisat Ve Tic) est venue s’enquérir de l’état d’avancement de ce projet aux relents futuristes, un an pratiquement après la signature du contrat commercial par les deux parties. À l’occasion, l’évaluation de l’avancement des études d’impacts environnementaux sur le site, la finalisation du business plan et la réponse du gouvernement camerounais suite à la nouvelle offre de financement pour la réalisation de ce projet inscrit dans la politique des «Grandes réalisations» du chef de l’État, ont été à l’ordre du jour. Et rendus sur le site du projet, les Turcs ont exprimé leur entière satisfaction pour le nouvel emplacement. Dans les couloirs du ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation, il se susurre que les travaux de construction de l’Ipscit n’est plus qu’une affaire de mois. C’est une nouvelle très appréciée au sein de la communauté scientifique nationale.


Ernest Simo promeut l’imagination et le financement de la Recherche

Devant un parterre de membres du gouvernement et du corps diplomatique, la communauté scientifique, des partenaires au développement et de nombreux invités à la cérémonie d’ouverture solennelle des Jersic 2015 au Hilton hôtel à Yaoundé mardi dernier, l’éminent professeur a, à travers une leçon inaugurale, rappelé le rôle central de la recherche et de la science dans le processus de développement socioéconomique. «Les groupes sociaux les plus puissants sont ceux qui ont développé les innovations par rapport à leur environnement», a exprimé Ernest Simo, icône de la National aeronautics and space administration (Nasa), invité d’honneur, aux États-Unis. «Les Jersic sont une occasion pour essayer de galvaniser l’opinion nationale pour encourager les chercheurs et professionnels camerounais de devenir le meilleur d’eux-mêmes. Aussi, tant qu’il est possible de mettre des moyens nécessaires pour conduire les travaux de recherche. Dans un verbe accessible à tous, le maître de la science, invité d’honneur de la 5è édition des Jersic, a demandé à la communauté scientifique camerounaise de développer des produits (20) d’exportation et de mettre l’accent sur la promotion des sources d’énergies renouvelables. Car, pour lui, «les produits exportés (pétrole, bois, diamant, or, cobalt… Ndlr) sont de Dieu alors que ceux importés (médicaments, véhicules, vêtements…Ndlr) des œuvres humaines». Lançant une invite à l’endroit des chercheurs camerounais de créer un environnement intellectuel, au cours de la leçon inaugurale, l’as de la Nasa recommande «de voir davantage avec l’imagination». Cette dernière qui conduit généralement à de grandes créations technologiques et scientifiques.

À la question qu’est-ce qui entrave le déclic du développement de l’Afrique en général et du Cameroun en particulier, sans détours l’astronaute et cosmonaute répond : «Je pense que c’est le manque d’une volonté continentale ou nationale, parce qu’il faut en faire une priorité, qui entrave le déclic d’un développement durable de l’Afrique en général et du Cameroun en particulier. La priorité a été accordée à la musique et au sport. C’est ainsi que la musique et le football camerounais ont brillé à un certain moment de par le monde. Si on fait de la recherche une priorité nationale, je n’ai aucun doute que le potentiel humain au Cameroun est suffisamment élevé, puisqu’il y a une passion qui existe pour pouvoir booster l’économie du Cameroun. Bref, il faut cette volonté politique nationale pour que les chercheurs fassent leurs travaux.»


L’Excellence scientifique et l’innovation récompensées ce jour

L’attribution des prix sera effectuée au cours de la grande nuit de l’Excellence scientifique et de l’innovation de ce soir, au Hilton hôtel. Ces prix à décerner sont : le Prix spécial du président de la République de l’innovation au profit des jeunes d’une valeur de 10 millions de francs Cfa et le Prix spécial du président de la République : Lion d’or de l’Excellence scientifique et de l’innovation d’une valeur de 10 millions de francs Cfa, les Prix des sponsors et partenaires, le Prix Comité national de développement des technologies (Cndt) pour l’innovation, le Prix institutionnel (chercheurs juniors et chercheurs séniors) et le Prix des meilleurs médias partenaires pour la promotion de la science et de l’innovation d’une valeur de 1,2 million de francs Cfa. Pour les organisateurs, il s’agit de créer une saine émulation au sein de la communauté scientifique et de l’innovation nationale pour la quête de nouvelles connaissances, des techniques, des savoirs et savoir-faire qui sont pertinents pour le développement culturel, social et économique. Les domaines de recherche davantage ciblés sont : la recherche agricole, la recherche géographique et cartographique, la recherche géologique et minière, la recherche médicale, la recherche en sciences sociales et de l’éducation, la recherche sur les matériaux locaux et la recherche sur les radiations.

Bref, l’attribution de ces différents prix s’inscrit «dans le cadre de la politique de promotion et d’appui à l’innovation impulsée par le chef de l’État, en vue de faire de la maîtrise de la science, de la technologie et de l’innovation un instrument économique au service de la création des richesses et des emplois ainsi que de la promotion du développement durable au Cameroun».