Cameroun – Incompréhension: Un expert en traditions africaines dénonce la tenue du festival sur les danses patrimoniales

Jean Nke Ndih affirme qu’un festival de ce genre trahit tout simplement nos us et coutumes.

Initiée par Narcisse Mouelle Kombi le Ministre des Arts et de la culture (MINAC), la 1ère édition du festival des musiques et danses patrimoniales du Cameroun s’est tenu le 6 août 2017. Cet évènement a été présenté comme l’une des matérialisations des résolutions du dernier Festival national des arts et de la culture (FENAC), organisé en novembre 2016. Sa tenue a démontré l’intérêt pour les trésors traditionnels qu’il faut susciter chez les jeunes, d’autant que l’inventaire des rythmes et danses patrimoniaux au Cameroun est une contribution à la tolérance et au vivre-ensemble des Camerounais. D’ailleurs le MINAC lui-même a déclaré parlant de ce festival qu’il «est une contribution au renforcement et à la promotion du multiculturalisme». Cependant des experts en traditions africaines n’ont pas vu l’évènement qui a pris fin le 6 août dernier, du même œil que les autorités. Jean Nke Ndih approché par le quotidien Mutations édition du 10 août 2017 pense que ce type de festival trahit les us et coutumes.

Et cela pourrait expliquer le fait que certaines danses initiatiques n’aient pas été montrées lors de l’évènement. «Un festival ne fait pas partie de notre patrimoine. Là il s’agit d’une pratique qui vient d’ailleurs. Dans nos cultures, les peuples n’étaient pas mélangés lors de la célébration de leurs traditions. Chaque peuple était de son côté. Maintenant on parle de festival national où les gens venus de diverses Régions se retrouvent. Ça n’existait pas comme ça avant. Vous comprenez alors que le festival est une expression de la modernité», argumente-t-il. A la question de savoir si le festival était opportun, Jean Nke Ndih déclare «on est en train de trahir la tradition. On vient organiser un évènement qui n’a pas sa place et à ce moment, que va-t-on donner comme raison ? Comment va-t-on justifier l’organisation d’une danse initiatique alors qu’il n’y a même pas d’initiation».

Parlant des danses initiatiques qui ont été exécutées, l’expert en danses traditionnelles déclare «il y a ce qu’on appelle les interdits. Et quand on transgresse un interdit, naturellement cela ne se passe pas sans conséquences. Il y a des gens qui vont tomber malade, d’autres peuvent en mourir. Ne faisons pas de nos traditions des moments folkloriques vidés de sens».