Cameroun: Incendie d’un dépôt clandestin de gaz à Bafoussam

Encore un incendie dans un dépôt clandestin de gaz. Et comme les autres fois, c’est la manipulation hasardeuse de cette substance qui en est l’origine.

A dix-neuf heures ce vendredi 26 novembre 2015, femmes, hommes, jeunes, vieux, se bousculent dans la pénombre sur les lieux du sinistre. Du robinet non loin, ils puisent de l’eau dans des récipients de fortune. Ils se frayent difficilement le chemin entre les nombreux bouts de bois et de ferrailles noircis par le feu pour verser cette eau sur les décombres, en prononçant des jurons. ” C’est pour éteindre le feu “, dit une dame.
Le même spectacle est observé le lendemain. Une enseigne commerciale indiquant ” Laurenzo ” comportant des contacts téléphoniques a survécu aux flammes et traine au sol. Evidemment, aucun des trois numéros affichés ne sonne. Il était environ 14 heures ce jour lorsque ce qui était jusque-là connu comme une discrète et modeste quincaillerie adjacente à une vieille case au Carrefour le Maire prend feu. Sylviane qui tient un call box juste en face raconte :

” Nous avons d’abord entendu deux fortes détonations suivies d’un grand feu qui a commencé à monter. Laurenzo est sorti des flammes, comme on voit dans les films nigérians. Il était un peu étourdi, mais pas vraiment brûlé. Les détonations ont continué et le feu se répandait très vite. Il voulait rentrer dans boutique en feu, peut-être parce qu’il y avait de l’argent, mais les voisins l’ont maitrisé et l’ont conduit de l’autre côté de la route. Les pompiers sont arrivés et commencé à verser de l’eau partout. Ils ont réussi à empêcher que le feu se propage pour prendre la maison voisine, parce que la boutique et la maison ont complète brulé”.

APPRENTI-SORCIER
En fait de quincaillerie, c’était aussi un lieu de stockage et vente gaz domestique. Plus grave, le tenancier était un vrai apprenti-sorcier : ” C’est un Bamoun, raconte celui qui se présente comme un voisin. Il vendait du gaz et avait l’habitude de diminuer des bouteilles pleines pour mettre dans les bouteilles vides. Il le faisait surtout la nuit “.
Ce vendredi fatidique, il se livrait à son jeu dangereux, plein jour. Heureusement, peut-on dire, car on imagine ce qui advenu si d’aventure le drame survenait quand les habitants de la grande case étaient endormis. Des témoignages concordants affirment qu’il était en train de siphonner du gaz d’une bouteille de marque Tradez au profit d’une bouteille SCTM devenue rare et plus chère sur le marché, parce que très demandée”. Le feu est venu de la maison qui servait de lieu de stockage des bouteilles en raison de l’étroitesse de la boutique. ” Il y avait fuite de gaz qui se répandait dans la maison. C’est une petite fille qui craqué une buchette dans la cuisine pour allumer le feu et le drame s’est produit “. ” Il devait en avoir l’habitude, reconnait Jeannine Medefo. J’ai souvent acheté du gaz chez lui, et j’étais toujours étonnée que ça finisse très vite”, qui ajoute Laurenzo disposait du gaz même quand il y avait pénurie dans toute la ville. Abel Passion, technicien en bâtiment, raconte comment, du chantier qu’il conduit à Banengo à plusieurs centaines de mètres du Carrefour Le Maire, il a entendu des explosions suivies de la montée vers le ciel d’une immense couche de fumée noire. Il a fallu plusieurs heures aux soldats du feu pour éteindre le brasier, alimenté par ailleurs par le stock de bouteilles de gaz et du maïs dans le grenier de la grande case. Le crépissage du mur d’un grand bâtiment de R+4 a souffert des flammes sur environ 10 m dehauteur.
On avait pourtant cru qu’après les drames à répétition et la décision des pouvoirs publics interdisant la vente du gaz dans les points non agréés, ce genre d’accident n’arriverait plus. Mais, comme l’a relevé quelqu’un ” les mauvaises habitudes ont la peau dure là où la cupidité et l’envie du gain facile se mêlent à l’ignorance “. ” Il ne faut pas donner sa maison en location à ce genre de personne “, clame une dame qui vient de vider un seau d’eau sur les décombre, puis s’éloigne en s’exclamant. Dans la mêlée des secours, Laurenzo a disparu. ” Une femme bamoun est venue se proposer de l’amener à l’hôpital de Mbouo, dit quelqu’un.
On est allé là-bas le chercher après ; on nous a plutôt dit qu’on l’a amené à l’hôpital général de Yaoundé. Je crois qu’il doit être en train de se cacher en ce moment”.
Quant à la petite fille, unique occupante de la maison au moment de l’incendie, elle a été sauvée avec une brulure légère au bras. On signale n’était pas à la première alerte. La première fois, c’est nous avons réussi à maitriser le feu avec du sable et de la terre, dit un de ses voisins. Qui regrette, à défaut de ne lui avoir pas demandé d’arrêter de jouer avec le feu, de ne l’avoir pas dénoncé à ce moment-là.