Cameroun – honorable Fotso Fostine : « le chef bameka n’est pas un exemple pour la nation

Blessée dans son amour propre après le rejet par le chef Bameka du projet de formation gratuite des en informatique, la députée des Hauts-plateaux à l’Assemblée Nationale appelle à la conscience de ces leaders traditionnels égoïstes, qui ne pensent qu’à eux et jamais à la population. Entretien !
Vous venez d’être repoussée avec le projet de formation en informatique à Bameka par le chef du groupement. Alors qu’est ce qui s’est passé pour que l’on en arrive là ?
Après la session parlementaire du mois de Juin, je suis retournée dans ma circonscription comme d’habitude avec un projet en main. En fin de session de mars dernier, c’était l’ouverture du centre de formation gratuite en micro-informatique dans le groupement Bangou, et aujourd’hui, c’était le tour de Bameka.
Le chef Bameka avait mis à notre disposition, un local communautaire à l’entrée de sa chefferie. Il nous avait d’ailleurs demandé de refaire l’électricité générale dans ce local. Nous avons envoyé un électricien faire le devis et nous avons acheté les câbles et tout le matériel afin que le travail soit fait rapidement. L’électricien a d’ailleurs été payé. Nous nous sommes donc mis en route, la voiture chargée d’ordinateurs et tables pour le démarrage effectif de ce projet.

Mais quelques heures avant notre arrivée, le jeune chef du village Bameka, l’atypique chef du village Bameka, a fait un revirement de 180° et nous a repoussés violemment. Il a même envoyé sa garde rapprochée nous expulser. Quand on m’a appelé pour m’annoncer que le chef avait commencé à tergiverser, j’avais du mal à croire, parce que je ne pouvais pas imaginer qu’un chef traditionnel puisse connaître un tel déni de développement, parce que le rôle d’un chef du village, c’est d’encadrer sa population, c’est d’attirer les porteurs de projets dans sa contrée.

Je me suis donc rendue personnellement à la chefferie, en compagnie de quelques amis qui m’ont aidé avec leur pick-up blanche, notamment, le commissaire LOME, chargé des renseignements centraux. Une fois rendus à Bameka, le chef du village en personne, nous a retrouvés dans la salle du centre communautaire qui était d’ailleurs ouverte, et que nous étions persuadés qu’elle était ouverte pour nous accueillir, puisque nous avions échangé à ce sujet auparavant.

Certes qu’il avait dit qu’il souhaiterait que les grands travaux soient faits, une rénovation sur tout le bâtiment avant que les machines ne soient déposées. La salle n’avait aucun problème, en dehors du système électrique qu’il fallait refaire. Le chef traditionnel, toute honte bue, nous a demandé de ramasser tous ces ordinateurs (qui étaient déjà installés : Ndlr) et repartir avec et que quand il aura réfléchi, on pourra ramener le projet.

La population en place, notamment, ses enfants et les visiteurs, puisqu’il avait funérailles, ont tout fait pour qu’il laisse le projet. Le chef, avant qu’il ne sorte, les jeunes du village présents, manifestaient leur joie, la joie de se former gratuitement. Le chef n’a pas permis à l’élue du peuple que je suis de placer un seul mot. Après ce geste barbare, il ne nous a même plus permis de remettre l’enveloppe prévue pour la situation qu’il traversait et que nous avions penser participer. Puisqu’il faut le signaler, c’est ce matin qu’il nous a indiqué qu’il avait manifestation dans sa concession. Nous avons pris la peine de trouver quelques provisions.

Qu’est ce qui selon vous, peut expliquer une telle réaction et comment entendez-vous gérer le cas de Bameka ? Abandonner complètement ou revenir une autre fois ?
Le déni de développement existe dans tous les endroits où les gens n’aiment pas leur patrie, où les gens courent seulement après les intérêts égoïstes. Figurez-vous, si c’était un carton de whisky ou autre chose destinée à sa seule personne, je suis sûre que l’accueil aurait été différent. Je suis très surprise parce que, ce n’était pas une prescription médicale ce projet, moi je l’ai fait en droite ligne de la continuité du projet que j’ai démarré il ya quatre ans. J’ai démarré ce projet par Baham. Batié, Badenkop, Bamendjou, Bapa, Bangou ont suivi et aujourd’hui c’était le tour de Bameka.

Il faut le dire, je ne fais pas de bruits autour du projet parce que c’est un projet qui concerne l’éducation, la santé mentale, et il n’est pas recommandé de faire trop de bruits autour d’un tel projet. C’est des projets très difficiles à mettre sur pied parce que voyez-vous, il faut gérer les formateurs et tout ce que cela comporte, ce ne sont pas des machines que je viens remettre et retourner. Non ! Il ya des formateurs qui sont payés par mois pour encadrer ces populations. Alors pour mettre sur pied un projet pareil dans un groupement, il faut compter en moyen huit mois pour que le projet démarre correctement.

Je suis rentrée d’abord à mon cabinet parlementaire à Baham, j’ai déposé les machines, et j’ai eu tellement mal, je ne voyais pas comment je devais retourner chez les fournisseurs avec les machines. Et comme le projet de Bangam était en gestation pour la fin du mois de Juillet, j’ai donc appelé le président de l’Ojrdpc, responsable du foyer communautaire de Bangam aux environs de 18h30, donc après l’échec à Bameka. Il m’a presque supplié de venir, qu’ils ont soifs de ces projets.

Avec mon état major, nous nous sommes rendus à Bangam en dépit du climat qui était très morose. Nous y avons été très bien reçus, nous avons installé les machines dans la salle et les jeunes ont accouru. Je peux donc vous rassurer que le projet est bien lancé à Bangam et les cours ont démarré. Je suis revenue à Baham très contente, parce qu’il faut le reconnaitre, l’humiliation de Bameka était de taille. Imaginez un représentant du peuple accueilli à l’entrée d’une chefferie par les fusils. C’était vraiment très émouvant.

Les chefs traditionnels devraient comprendre qu’ils dépendent des Sous-préfets et que l’exécutif est un pouvoir à côté du législatif qui est un autre pouvoir. Quand je descends dans un groupement je représente le législatif qui est un pouvoir aussi important. Un chef traditionnel de 2e degré, bien qu’il soit chef, ne doit pas ignorer qu’il doit beaucoup de respect et de courtoisie à un élu du peuple. Nous sommes dans une République. Dernièrement le chef de l’Etat a décidé de l’octroi d’un salaire mensuel à ces chefs là. C’était pour moi un geste Républicain que j’ai particulièrement salué du fond du cœur. Mais des chefs comme ça ne sont pas des exemples pour la nation. Heureusement, la population Bameka est une population très dynamique.

Je reviens avec cette question. Comment entendez-vous gérer le cas Bameka actuellement après ce geste, honorable ?
Je vais revenir avec le même projet sur un autre site. A Bapa par exemple, le site est à l’Eglise Evangélique. Là où je sens l’hostilité je change de site. C’est un projet social, apolitique, qui peut se loger n’importe où. D’ici la fin de cette année Bameka aura son école de formation en microinformatique. A l’attention du chef du village Bameka qui me fait beaucoup de peines, c’est un petit frère, je prie le Dieu tout puissant de le bénir en abondance, et d’envoyer à ce chef son esprit de discernement, d’amour du prochain. Je réitère encore que le comportement de ce chef est très surprenant parce que, quand j’ai été élue, j’ai posé un geste qui ma foi était significatif. C’était le 8Mars 2014 à Bamendjou.

Je suis allée à Foumbot acheter des semences pour les quatre chefs de groupement de l’Arrondissement de Bamendjou dont Bameka. Chacune des représentantes de ces groupements avait ramené ces semences auprès de son chef, avant le démarrage de cet autre projet. Les semences régénèrent et ne disparaissent jamais, et d’année en année ça se multiplie. Donc, le chef Bameka a utilisé ces semences, a nourri sa famille et sa population avec ce maïs. Il n’aurait jamais dû s’opposer à un autre projet quelque soit les circonstances. On reçoit d’abord les projets, on dépose et on voit les contours après.

J’aurai appris qu’il a dit qu’ailleurs, notamment à Bafoussam les députés construisent des bâtiments avant de mettre les ordinateurs dedans. Non ! Il s’est trompé ! Le chef du village Bafoussam c’est un chef de 1er degré dynamique, qui a lui-même construit les bâtiments et a attiré l’IAI-Cameroun qui est venu lui faire des dons d’ordinateurs et mettre sur place une branche de l’IAI. C’est la même chose que j’ai voulu faire à Bameka. Il doit donc savoir que ni l’IAI, ni un député, n’a jamais construit un Bâtiment à Bafoussam.

Outre ce projet, vous êtes en même temps promotrice d’une association qui fait dans le social à Baham, l’Association flamme d’amour, de paix et de justice. Où en êtes-vous deux ans après ?
Je voudrai vous dire avec joie que l’Association a été finalement légalisée le mois passé, deux ans environs après sa création. Nous ne pouvions siéger en Assemblée constitutive sans avoir au sein du bureau des représentants des neuf groupements. Je puis vous rassurer que le siège a été bien construit, c’est vrai que nous n’avons pas terminé les travaux totalement, mais nous y siégeons, et l’économie sociale est en marche à Flamme d’amour, de justice et de paix.

Nous fonctionnons à peu près comme une micro finance sociale. A ce jour j’ai injecté plus de 2 millions de FCFA à la disposition des femmes qui empruntent à 1% de taux d’intérêts et qui ramènent deux mois après. Les retombés de ces 1% sont redistribués sous d’autres formes aux mêmes adhérents, sous forme de savons, de médicaments…
A nos jours nous comptons environ 40 membres qui ont bénéficié de l’aide maladie.

Quand un membre est malade et hospitalisé pendant 2 jours, il bénéficie de 10 000Fcfa non remboursables qui sortent de mes poches. C’est une réunion où il ya des jeunes, des vieux, des femmes, des membres de tous les partis politiques. Et je puis vous rassurer que nous ne parlons pas politique dans cette association. C’est une association apolitique. La BMW que j’ai achetée pour cette association est en route. Donc d’ici la fin d’année la petite ambulance pour soulager les populations sera là.
Je préside personnellement cette association tous les 3e dimanche du mois. Ça me permet de communier avec tous les membres des neufs groupements qui y sont représentés. Nous mangeons ensemble après la réunion, donc je finance pour la restauration tous les mois. Ce qui me permet de manger à table avec ma population une fois par mois. Nous venons de recevoir le nouveau Préfet des Hauts-plateaux, pour vous dire dans le même esprit, mon fan club qui, en réalité est un instrument de développement a animé avec brio l’installation du nouveau préfet des Hauts-plateaux.

Comme vous avez dû le constater, aucun groupe traditionnel n’a été représenté, mais la fanfare a su animer. C’est un autre outil que j’ai créé pour fondre dans ma population. J’ai même joué un peu au saxo pour faire plaisir au nouveau Préfet. J’ai profité de cette occasion pour dire au revoir au Préfet sortant qui a fait de son mieux, et souhaiter bon vent et surtout bon courage au Préfet entrant.