Cameroun: hommage à Eloi Messi Metogo par le professeur Vincent-Sosthène fouda

C’est l’un des plus grands historiens des religions en Afrique noire, un théologien de renom qui vient de nous quitter. Il a révolutionné notre approche du dialogue entre les religions traditionnelles et l’Islam qu’il considérait comme un dialogue de vie dans un article paru dans Concilium : Numéro qu’il coordonna lui-même en juin 2013 et intitulé Théologie postcoloniale. l’article cité porte sur le Dialogue avec les religions traditionnelles Et l’Islam en Afrique noire et pour ceux qui ne connaissent pas son oeuvre, je vous recommande le classique d’histoire et de théologie :Dieu peut-Il mourir en Afrique ? essai sur l’indifférence religieuse et l’incroyance en Afrique noire paru chez Karthala en 1997. Le Concile Vatican II était passé par là, initiant un dialogue interreligieux non comme quête de conversion mais comme une invite aux traditions religieuses à prendre conscience de leur responsabilité historique dans un monde divisé, à contribuer de toutes leurs ressources spirituelles à l’éducation de la paix, condition de la survie de l’humanité. Eloi Messi Metogo puisque c’est ainsi qu’il a toujours souhaité être appelé, est celui qui a ouvert le dialogue interreligieux aux religions traditionnelles et à l’Islam car le Concile Vatican II s’est surtout intéressé à ce qu’on appelle “les grandes religions du monde” ou encore “les religions majeures” (le judaïsme, l’hindouisme et le bouddhisme), en négligeant les religions traditionnelles d’Afrique et d’ailleurs. Voilà pourquoi Eloi Messi Metogo a élargi la focale et, appareil conceptuel à l’appui, a démonté les systèmes de représentation des religions pour placer l’Afrique au coeur du dialogue interreligieux.Je dirai simplement, devant vous, en reprenant la formule d’Auguste Comte selon laquelle il n’existe pas de grande intelligence sans une grande générosité, que le Frère Eloi Messi Metogo fut la démonstration parfaite de cette formule. Car en lui tout liait l’intelligence à la générosité. Il exprimait sa générosité par sa parole si chaude, par ses écrits si abondants, par la profusion de ses intuitions lumineuses, dans ses sentiments, dans tous les dons qu’il nous a faits comme historien, comme professeur, comme chercheur et surtout comme prêtre de Jésus Christ, ce qu’il a considéré jusqu’à la fin comme son seul mérite. Et il offrait à ses lecteurs, à ses auditeurs, à ses élèves, avec toute cette générosité, la plus belle, la plus grande intelligence du passé qu’on puisse souhaiter. Il se nommait lui-même « fils de la mort » parce qu’il avait perdu son père alors qu’il était jeune prêtre, jeune aussi dans le monde intellectuel et que le mystère du temps l’avait hanté depuis l’enfance. Il a consacré au passé, à la maîtrise de l’histoire, tout son esprit et toute sa vigueur. Et s’il aimait étudier le passé, c’était pour maîtriser l’avenir et pour nous aider, et d’une certaine façon, pour nous aimer, pour aimer ses semblables. Je vous demanderai de respecter une minute de silence en sa mémoire et en signe de notre affliction.

Je ne développerai pas davantage, mais on mesure l’importance de cette approche, aussi, quand on étudie en Afrique la rencontre entre nos religions traditionnelles et les religions venues d’ailleurs, nous n’aboutissons pas au syncrétisme mais à ce que le Frère Eloi Messi Metogo appelle la « spiritualité africaine » à la suite de son ami le philosophe Fabien Eboussi Boulaga.Il faut donc lire son œuvre qui m’a marqué comme elle a marqué nombre de ses collègues de ses confrères, et de ses élèves.

Durant sa vie la souffrance, la douleur, le drame ont été trop souvent au rendez-vous. Durant 8 ans il s’est battu stoïque contre la maladie – Dieu ne l’a point épargné ces dix dernières années. Le Frère Eloi est parti trop tôt. Trop tard aussi pour éviter les longues dernières épreuves.

© Correspondance : Prof. Vincent-Sosthène FOUDA