Cameroun – Golf: Ça se démocratise

Depuis plus de 60 ans, la discipline existe au Cameroun mais souffre encore d’une image stéréotypée dont elle veut se défaire.

Il se bat contre lui-même. Son regard veut comme percer le gazon. Silence…Issa Nlareb se concentre, ses pieds, dans des chaussures à pointe pour agripper le sol. Le mouvement nécessite de bons appuis. Il veut faire un gros coup. C’est le deuxième tour de l’Open international du Cameroun au parcours du golf club de Yaoundé. Vainqueur de l’Open de Libreville 2016, il est l’un de ces jeunes qui dominent le golf camerounais. Il est décrit comme une espèce de cheval fou. Un talent brut issu d’une famille modeste non loin du parcours de Yaoundé. Comme lui, des caddies (porteurs de sacs, support moral du joueur) d’hier viennent bousculer cette hiérarchie autrefois dominée par Désiré Ebela, lui aussi, caddy. Né à Mbankolo, à proximité du golf club de Yaoundé, il pratique le football, et la boxe, puis se sent une envie de prendre des cours dans ce club. Ses parents, modestes, ne lui accorderont aucun franc pour sa formation. Petit à petit, il prend des notes, devient caddy puis explose. C’est Tiger Woods, son surnom dans le milieu. « Ma méthode », livre de l’icône américaine, est à son chevet… Il veut faire comme lui, le champion. Quant au n°1 national, Nji Presley, il a laissé sa vie de cambouis. Il est maintenant membre des club-house. A 31 ans, cet ancien mécanicien à Tiko a trouvé sa voie. Pour les inconditionnels, le fils du Likomba golf club de Tiko est un génie. On était impatient de voir la bête entrer dans l’arène. Comme un symbole, il offre au Cameroun son tout premier titre de championnat de l’Open international de golf lors de la 7e édition organisée à Yaoundé en 2016. Le message est précis : le fils du Likomba club fait désormais partie de l’élite de la discipline. C’est sur le parcours du Mont Fébé, le plus ancien du Cameroun, qu’il passe son message. Au Cameroun, l’on compte près de 200 adhérents à Yaoundé, autour de 170 au Golf Practice de Douala et un peu moins au Likomba golf club de Tiko dans le Sud-Ouest. Les régions du Centre, du Littoral et du Sud- Ouest sont donc le creuset de la discipline. A Douala, à l’issue de la 6e nocturne du Golf Practice de la ville, le manager Nazaire Mbateng a enregistré 15 nouvelles inscriptions. Le mot est de Yves Martin Ahanda Assiga. « Le golf n’est pas un sport de riches ». Plus question de se contenter de regarder à distance le sac, le green voire se laisser intimider par l’apparence des équipements. Les pratiquants parlent de 100 000 F ou un peu moins, pour un kit complet (clubs, balles, gant, serviettes, sac à chaussures). Il n’est pas toujours question de luxe.

Par contre, ce que donne le golf aux pratiquants, ce sont les gains pécuniaires. Très rapidement, un bon golfeur va gagner beaucoup d’argent. Une victoire dans un tournoi du Tour américain ou européen peut rapporter jusqu’à 1 million d’euros (plus de 650 millions F) d’après nos sources. Il faut beaucoup de travail mais si on arrive à un niveau moyen donc rentré dans les 120 premiers, on peut aisément vivre de la pratique.