Cameroun – Forces de défense : A qui profite la nomination des nouveaux généraux ?

Promus le 13 Août dernier par un décret du Président de la République, Chef Suprême des Forces Armées, les nouveaux généraux ont reçu leurs attributs le 21 Août au cours d’une cérémonie présidée par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Philémon Yang.

On se souvient que la semaine ayant suivi ces nominations, la presse indépendante en avait fait grand écho et avait fait savoir que tous les promus étaient issus de l’Armée de terre sans toutefois relever de quel corps ils en étaient issus. Après enquête et alors que d’aucuns disaient que ce n’était qu’une juste récompense des e fforts fournis dans la guerre que le Cameroun mène contre la nébuleuse Boko Haram ; Aurore Plus est allé au-delà de cette affirmation pour découvrir que loin d’être favorable à tous les corps d’armée comme cela était de coutume, il s’est plutôt agi d’un acte en faveur d’un seul corps d’armée.

Le génie militaire à l’honneur
Si beaucoup d’observateurs ont vu en ces différentes nominations la reconnaissance du mérite de certains vaillants responsables militaires engagés dans la guerre contre la secte Boko Haram, c’était au regard des états de service des uns et des autres. Mais avec un peu recul, ces mêmes observateurs constatent que ce ne sont pas les plus méritants, qui, tous, ont été récompensés. Avec amertume, ils se rendent compte que c’est un seul corps d’armée qui a été glorifié alors que tous les corps sont engagés dans ce combat avec diverses fortunes. Le génie militaire voit ainsi plusieurs de ses gradés portés aux cimes des forces de défense comme si c’était la seule arme à avoir porté de sérieux coups à l’ennemi. En scrutant les précédentes nominations, l’on s’était rendu compte que dans un souci d’apaisement et en bon père de famille, le chef de famille qu’est le Président avait toujours joué à l’équilibriste en nommant des généraux dans tous les corps d’armée. Que s’est-il passé cette fois-ci pour ne penser qu’aux gradés du génie militaire ? S’est-il agi d’un rattrapage ou d’une volonté de satisfaire ce corps ? Pourtant, l’on se rappelle qu’au début de ses attaques, le corps qui avait le premier perdu ses gradés et son personnel, c’était la gendarmerie. Celle-ci avait d’ailleurs été le premier de ces corps à avoir des confrontations avec les miliciens de la nébuleuse et à lui infliger des revers. Comment le Chef de l’Etat n’a-t-il pas pensé aux gradés de ce corps ?
Où sont passés les autres corps de métiers?
Pourtant ce corps du génie militaire n’est pas le seul à être engagé au combat. Dans cette lutte asymétrique, ont eu à intervenir, tous les autres corps d’armée. Depuis le Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) jusqu’à la Marine Nationale en passant par l’Armée de l’Air, la Cavalerie et l’Infanterie. S’il fallait récompenser les forces de défense pour leur engagement dans le respect de l’intégrité nationale, pourquoi n’avoir donc pas pensé à tous ces corps d’armée ? L’on se rappelle également qu’il y a quelques jours, dans une correspondance adressée au Chef de l’Etat, des matelots avaient porté à sa connaissance qu’ils avaient passé plus de six (06) mois au front, une situation qui n’était pas conforme aux us et coutumes de l’Armée et à laquelle n’étaient pas astreints les autres corps. Pourquoi avoir sacrifié les marins et préservé les autres corps ? Ce rappel des habitudes de ces matelots n’a-t-il pas plu au Chef Suprême des Armées au point où il a sanctionné ce corps d’armée ? Faute d’y répondre par l’affirmative, l’observation des faits risque de nous donner raison. Et même s’il est difficile pour l’instant de répondre, à toutes ces interrogations ; tout se passe comme si quelqu’un voulait exacerber le sentiment de certains corps d’armée et les amener à la révolte contre leurs frères d’armes.
Qui a donc intérêt à le faire et dans quel but ? Est-ce pour nous détourner de l’ennemi commun et ainsi créer des failles dans les forces de défense qui profiteraient à Boko Haram pour perpétuer ses attaques contre le Cameroun et par ricochet nous détourner de l’objectif premier qui est l’atteinte de l’émergence à l’horizon 2035 ? Ou alors, estce dans le but de faire comprendre à certaines armes qu’elles sont au dessus des autres afin de favoriser l’émergence des brèches dans les forces de défense, elles qui doivent rester soudées dans le but de combattre l’ennemi ? Cette quête de la division dans les forces de défense est-elle gratuite ou a-t-elle pour objectif de fragiliser le pouvoir du Chef de l’Etat dans le but de servir des intérêts égoïstes qui ne profiteraient qu’à ceux qui lorgnent le pouvoir d’Etoudi ? Difficile d’y répondre de manière tranchée. Mais une chose est sûre, en faisant la promotion dans une seule arme des forces de défense, le Chef de l’Etat a servi les uns et desservi les autres. Par cet acte ou par ceux qui l’ont poussé à le poser, ils ont fait du ressentiment aux uns et de la joie aux autres. Dans une famille, cela ne sert pas une cause.
Cela peut conduire au déchirement des membres d’une même famille et quand on sait que tous les Camerounais doivent rester solidaires pour combattre Boko Haram, il est nécessaire que les différentes armes des forces de défense fassent corps et s’intègrent les unes dans les autres. Le Président Paul Biya saura-t-il rattraper cette erreur dans laquelle l’ont plongé ses principaux collaborateurs ? Voyons venir ! Et parmi les plus lésés de ces corps d’armée, l’on peut citer en première ligne les gendarmes. Eux qui étaient au front dès les premières attaques de Boko Haram. Mais cette injustice transparait davantage quand on se rappelle que ce corps des forces de défense a vu disparaitre en 2014 et 2015 les généraux de division Mambou Deffo, précédemment Inspecteur générale de la gendarmerie nationale au Secrétariat d’Etat à la Défense et le général de Brigade Mohamadou Hamadicko, ancien directeur général de l’Eiforces.
La nomination de nouveaux généraux à la gendarmerie aurait consacré le remplacement des défunts. Pis encore, alors que les différentes régions militaires interarmées sont dirigées par des généraux, certaines régions de gendarmerie sont encore aux mains des colonels. C’est le cas des régions du Littoral et des troisième et quatrième, respectivement logées à Garoua et Kousséri. Cette indifférence vis-à-vis de la gendarmerie serait-elle le fruit d’une rivalité entre la gendarmerie et les autres corps de défense alors que le 11 Mars 2011, date de la dernière nomination des généraux, sur les dix (10) promus, il y avait dix colonels et capitaines de vaisseau admis au grade de général de brigade et de contre-amiral ? Après l’affaire des médailles de vaillance attribuées uniquement aux éléments du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), voici une nouvelle affaire de favoritisme à certains corps d’armée. A qui profite le crime ? En attendant, le plus vite serait le mieux ; avant que le ressentiment n’atteigne son comble. Ce qui serait préjudiciable non seulement aux forces de défense mais aussi et surtout au pays tout entier et pourrait porter atteinte à l’intégrité territoriale du Cameroun. Ce qu’aucun d’entre nous ne souhaite du fond de son coeur! Pour les Camerounais de bon sens, le Cameroun doit rester un et indivisible !