Cameroun – Foncier: L’accès à la terre demeure un mythe

Plusieurs investisseurs font la triste expérience. Au sujet de l’accès au foncier, le problème d’Herakles Farms est encore  frais dans les mémoires.

C’est que cette entreprise américaine a planifié la création d’immenses palmeraies au Sud-Ouest du Cameroun. L’affaire fera grand bruit en 2012. Problème, il est reproché à  cette entreprise de s’être accaparée d’importants hectares de terre. Même si ce problème  en l’occurrence avait d’autres enjeux, «  il est vrai que nous visons une agriculture de seconde génération, mais  la question foncière est un problème qui tient mon département ministériel à cœur. Elle est délicate, bien qu’elle soit au centre d’une ambition comme celle que nous avons pour notre agriculture, beaucoup de patrons l’affrontent tout le temps. Mais il faut ajouter que ce problème ne concerne pas uniquement mon département ministériel », reconnaissait  Jacqueline Koung à Bessike, au cours d’un diner débat en 2012 au Groupement inter patronal du Cameroun, (Gicam). Le difficile accès à la terre ne va pas sans conséquences. « La population camerounaise a encore faim dans l’ensemble,  malgré l’ambition d’avoir une agriculture de seconde génération. Je ne fais pas de distinction. En attendant d’avoir les dernières données de 2015, en 2013 et même 2014, les déficits pour des aliments de première nécessité tels que le riz, le poisson, le maïs et le manioc se chiffrent à 303%, 188% et 17% de leur niveau de production nationale respectif. Pour ce dernier cas,  il y a le manque d’encadrement qu’il faut accuser », explique Dieudonné Kouam, ingénieur agronome.

Pourtant selon lui, le Cameroun dispose d’abondantes ressources foncières qui demeurent sous-exploitées ou pas du tout exploitées. A l’en croire,  sur une superficie totale de 47 millions d’hectares, environ 9,2 sont utilisables à des fins agricoles. Les terres arables s’étendent sur environ 7,2 millions d’hectares, auxquels, il faut ajouter près de 02 millions d’hectares de pâturages. « Seulement environ 1,8 million d’hectares sont effectivement cultivés, soit 26% de la surface cultivable. Des efforts restent à faire », ajoute Dieudonné Kouam. En plus, le potentiel des terres irrigables au Cameroun est estimé à environ 240 000 hectares et uniquement  17% de ce potentiel est mis en valeur, précise-t-on. « Notre agriculture a donc des retards qui doivent être rattrapés et ce, par une forte mécanisation, si l’on veut parler d’une agriculture de seconde génération. Autre chose, les routes. Il y a des routes à construire. L’accès à la terre est un vrai challenge, une grosse difficulté pour quiconque voudrait investir dans l’agriculture. Les terres à proximité de la ville sont quasi impossibles. Il faut donc aller dans l’arrière-pays. Or là-bas, les zones au sol riche pouvant même permettre pendant un temps une agriculture bio, sont généralement sans voies d’accès. Ce qui complique l’accès à la terre », se désole Kouam.

Inquiétudes du Repar
C’est depuis le 17 janvier 2011 au Comice agropastorale d’Ebolowa que le président de la République a décidé de donner une nouvelle impulsion à l’agriculture au Cameroun. Une ambition noble. Mais, constatera le Réseau des parlementaires pour la gestion durable des écosystèmes, des forêts denses et humides d’Afrique centrale (Repar),  au cours du séminaire tenu du 11 au 12 juin 2013 au Palais des Verres, « il faut d’abord régler l’épineux problème de l’accès au foncier, si on veut parler d’une agriculture de seconde génération. » Le Repar constatait une kyrielle de problèmes relatifs au foncier. Au plan économique, les parlementaires dénonçaient l’accaparement de grandes superficies à des fins spéculatives, l’insécurité juridique et des transactions foncières, etc. du fait des annulations intempestives des titres fonciers, les lenteurs dans l’accomplissement des transactions foncières, la faible productivité des terres du fait des dysfonctionnements en matière de planification. A ce jour, « toutes les recommandations qui avaient été émises restent invisibles  sur le terrain pour donner du poids à notre agriculture. Il faut vous rapprocher des cadres du ministère pour savoir où on en est aujourd’hui. Nous en régions suivons les directives de Yaoundé », avoue un agent de la délégation du Cadastre à Douala.