Cameroun – Filière brassicole : Le Dg des Impôts bloque 10 milliards d’épargne des barmen

En colère, plus de 30.000 exploitants de débits de boissons menacent de s’en prendre aux brasseries.  

C’est plus de 30.000 exploitants de débits de boissons, à travers le territoire national, qui fulminent de colère actuellement après le blocage, par le directeur général des Impôts, Modeste Mopa Fatoing, de leurs épargnes au niveau de la Société anonyme des Brasseries du Cameroun (Sabc). Ils auraient pris d’assaut, la semaine dernière, le centre de distribution des Brasseries du Cameroun, n’eût été l’intervention des autorités administratives et du bureau local du Syndicat national des exploitants des débits de boissons (Synedeboc). Un autre mouvement d’humeur a été évité de justesse à Bafoussam, lundi dernier. Pourquoi ces opérateurs prennent-ils pour cibles les locaux de cette société ? Le 18 janvier dernier, dans une circulaire, le Dg des Impôts appelle touts  les exploitants des débits de boissons exerçant à travers le pays, de s’inscrire sur le fichier des contribuables. Une enquête menée par ses services faisait état d’un certain règne de l’évasion fiscale dans le secteur. A Yaoundé, par exemple, il se dit que plus de 75% des bars esquivent les services des impôts, car ne possédant pas de cartes de contribuables.

Les services des impôts ont révélé, lors d’une rencontre tenue il y a quelques semaines avec les sociétés brassicoles et le Synedeboc, que plus de 80% des cartes de contribuables brandies par les propriétaires de bars étaient fausses. Le Dg des Impôts, sans doute dans le souci d’élargir l’assiette fiscale, a donc opté pour la saisie des épargnes de plus de 30.000 opérateurs (selon les chiffres du Synedeboc) au niveau des Brasseries du Cameroun. Le total de ces épargnes tourne autour de 10,5 milliards F Cfa environ. Selon Valéry Ntendie, coordonateur national du Synedeboc, il existe en effet une sorte  d’arrangement entre la Sabc et ses clients, lequel prévoit qu’à la source (aux brasseries), ceux-ci achètent, pour ce qui est des bières les moins chères, un casier à 6600 F Cfa, au lieu de 6400 F Cfa comme c’est le cas dans les dépôts privés. Ainsi, sur chaque casier acheté au niveau de ses centres de distribution, les Sabc conservent une épargne à hauteur de 250 F Cfa, qu’elles reversent au client tous les six mois, soit deux fois par an.
D’une part, le Synedeboc juge que la décision du Dg des impôts est à géométrie variable, car elle ne prend pas en compte les clients qui achètent dans les dépôts. A raison, puisque le fisc n’a pas trouvé un moyen efficace pour contraindre cette catégorie d’opérateurs à aller s’inscrire sur le fichier des contribuables et payer leurs impôts. D’autre part, compte tenu du contexte (des rentrées scolaires notamment), estime le syndicat, le Dg des impôts auraient du attendre encore. « Etant donné que les impôts se paient sur toute l’année, pourquoi ne pas attendre le semestre prochain ? » s’interroge son coordonnateur. Qui soutient que les parents exploitants des débits de boissons comptaient sur ces épargnes auprès des Sabc pour inscrire leurs enfants à l’école. Conséquence directe du gel de celles-ci : c’est plus de 100.000 élèves qui voient ainsi hypothéquées leurs rentrées scolaires. « Nous condamnons fermement le fait que la rétention de ces chèques intervienne de manière brutale, alors même que nous avons sollicité des impôts qu’ils procèdent à l’application de cette mesure de manière progressive, et ce après une vaste action de communication », explique, conciliant, le coordonateur du Synedeboc.