Cameroun – Fécafoot: Bilan d’un navire qui avance en eaux troubles

Hier, 28 septembre 2016, marque une année pleine du nouvel exécutif de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot). Une année ponctuée de hauts et de bas.

 

Avec un processus électoral achevé mais dont les prolongations se jouent encore devant les tribunaux. Une situation qui ne facilite pas la tâche à un successeur d’Iya Mohammed sous le joug de collaborateurs issus d’un consensus imposé par le politique. Pour des intérêts parfois divergents.  La rédaction dresse un bilan en abécédaire des 365 jours que Tombi à Roko et ses collaborateurs ont déjà passés à la tête de la Fécafoot. Dossier réalisé par Lindovi Ndjio, Yannick Kenné et Arthur Wandji

A comme Abdouraman

Il est la hantise personnalisée pour la maison Fécafoot. Depuis trois ans, l’ancien directeur de cabinet d’Iya Mohammed, chef du département communication, et ayant assumé quelques fois des fonctions au secrétariat général, empêche de tourner en rond, allant de tribunaux en tribunaux, tant au Cameroun qu’à l’extérieur. Hier pour contester la pertinence du travail du Comité de normalisation, aujourd’hui pour récuser la légitimité de Tombi à Roko. En démissionnant en 2011, l’homme qui jadis était une des pièces maîtresses du système Iya, voyait ses pouvoirs s’effriter à un rythme inquiétant. «Chassé» ainsi du ciel, l’ange s’est mué en démon pour ses anciens copains de la maison du football camerounais.

B comme Bidoung Mpkatt

Depuis qu’il a été ramené au ministère des Sports le 02 octobre 2015, Bidoung Mkpatt et Tombi ne se quittent presque plus. Le président de la Fécafoot était le premier à aller le féliciter pour sa nomination, et depuis, le patron des Sports est devenu son plus grand défenseur. La preuve, ce communiqué de presse qu’il signe le 18 novembre 2015 pour déclarer «nulle et de nul effet), la décision de la Chambre de conciliation et d’arbitrage du CNOSC qui, en date du 12 novembre 2015, annulait l’ensemble du processus électoral achevé le 28 septembre par le plébiscite de son «ami», Tombi A Roko. Un acte qui a révolté plus d’un, mais qui a permis à Tombi de garder son poste jusqu’à ce jour.

 C comme consensus

Tombi A Roko ne serait certainement pas président de la Fécafoot s’il n’avait pas accepté de faire quelques concessions avec ses anciens ennemis, au nom de ce qu’on a appelé à l’époque : le consensus. Cet accord passé au terme de plusieurs réunions organisées en secret dans les services du premier ministre, obligeant l’actuel patron du football camerounais a sacrifier certains de ses lieutenants comme Alim Konaté et Boubakari Bello, à constituer un bureau avec d’anciens opposants comme Alioum Alhadji à qui il a été contraint de donner la place de premier vice-président, David Mayébi et Essomba Eyenga de regrettées mémoires, et autre Francis Mveng.

D comme David Mayebi

Le Roi est mort, vive le roi. Son empire résiste au temps et le disciple sorti de son chapeau tient le sceptre. Tombi A Roko Sidiki lui vouait une reconnaissance indéfectible et avait reconnu le 25 septembre 2015 lors de la livraison de sa profession de foi qu’il a été moulé au football par le Roi David. Même mort, le président de la Fécafoot peine à organiser sa succession au sein du comité exécutif de la fédération.

E comme Essomba Eyenga

Ce vieux renard du football, tombé comme un cheveu dans la soupe du Consensus décidé par le Premier ministre, n’est plus de ce monde. Lui qui, malgré le fait que sa qualité dans le groupe était sujette à questionnements, était pourtant un support e poids pour Tombi à Roko. Le juge du Tribunal arbitral du sport avait de l’entregent pour mener des missions secrètes pour le compte du patron qu’il a longtemps pourfendu, avant de rejoindre son bateau. La mort en a décidé autrement. Mais l’ancien président du Tonnerre kalara club de Yaoundé, a eu le temps de jouer sa partition pour réduire au strict minimum les bruits près de la maison.

F comme Fifa

La première année de mandat de Tombi A Roko n’a jamais souffert de l’absence de soutien de la Fifa. A chaque fois que l’instance était appelée à trancher, que ce soit après une lettre de contestation d’Abdouraman ou d’une interpellation du Tribunal arbitral du sport (Tas), elle n’a pas hésité une seule fois à confirmer que Tombi est bel et bien le président élu de la Fécafoot. Au point de le désigner Rapporteur général de son 66e Congrès.

 G comme Goal (III)

On l’a sorti des tiroirs et un matin du 7 avril 2016, la Fécafoot avec l’onction de la Fifa, a procédé à la cérémonie de pose de la première du projet Goal III au Centre technique de la Fécafoot à Odza. Il consiste en l’extension de ce centre par la construction d’une aire de jeu en gazon naturel et d’une plate-forme devant recevoir un terrain de Beach soccer et de futsal. Le projet de 460 millions Fcfa (dont 150 millions supportés par la Fecafoot) venait tordre le cou à une rumeur qui présumait que son financement avait été détourné par Tombi. Sauf que, passé le flonflon du 7 avril, le projet s’est arrêté à la seule phase de terrassement, et six mois après, rien n’avance alors que la moitié du délai d’exécution de 12 mois est déjà consommée.

 H comme Hayatou

L’homme aura pesé de tout son poids pour «imposer» la paix à la fédération de son pays. Président de la Confédération africaine de football et vice-président de la Fifa, Issa Hayatou a joué dans l’ombre pour sauver la tradition d’une maison qu’il a dirigée avant de rejoindre la Caf. Après l’interpellation d’Iya Mohammed, Issa Hayatou est désormais le principal parapluie de l’exécutif de Tsinga. Un devoir pour le seul Africain à avoir assumé les fonctions de président (par intérim) de la Fifa, très écouté par les milieux politiques à Yaoundé.

I comme institutions

En un an, Tombi à Roko a tenu sa parole d’effacer l’image de bad boy qui a toujours collé à la Fécafoot depuis près de deux décennies. Collaborant avec les institutions, notamment le ministère en charge des sports, l’ancien secrétaire général de la Fécafoot ne tarit pas d’éloge pour les autorités politico-administratives du pays, citant à toutes ses interventions le chef de l’Etat. Pour mieux matérialiser cette promesse qui, si elle est respectée, influencera énormément le regard de l’opinion sur la Fécafoot.

J comme Justice

Le glaive de la justice reste suspendu au-dessus de la tête de Tombi, et même si le Tribunal de première instance–centre administratif de Yaoundé ne s’est pas prononcé dans la plainte d’Abdouraman et Cie au motif d’«usurpation de titre» par Tombi A Roko, ce dernier n’a pas le sommeil tranquille. Surtout que le Tpi ne lui a pas facilité les choses à l’entame de ce magistère en rejetant le 27 mai dernier sa requête au sujet des comptes bloqués de la Fécafoot à United Bank for Africa (Uba) et Ecobank.

 K comme Kalkaba

Depuis quelques mois, le Comité national olympique que dirige Kalkaba Malboum, est calme. Il ne pouvait en être autrement, puisque les dossiers ont désormais traversé cette instance, notamment sa Chambre de conciliation et d’arbitrage qui, installée depuis 2008, s’est comme réveillée en sursaut devant la Fécafoot. Pour lui infliger quelques cinglants revers. Depuis la Normalisation. Mais le sort de la Fécafoot dépend du TAS qui en suit le dossier à lui transmis par Abdouraman. Entre temps, Kalkaba Malboum a fait ami-ami avec «l’ennemi» d’hier, au nom du consensus et de la paix sociale. Sauf que le mal était déjà fait.

L comme Lions indomptables

Depuis l’avènement de Tombi à la tête de la Fécafoot, le management des sélections nationales tire vers plus de professionnalisme. Des entraîneurs ont été nommés ou reconduits dans toutes les catégories, et il se dégage un air de sérieux et d’envie: les sélections vont régulièrement en stage hors du pays, avec à la clé de nombreux matchs amicaux internationaux contre des équipes de renommée établie (Ghana, Burkina Faso, France, Gabon, Brésil, etc). Autant de matchs qui permettent à nos sélections de rehausser leur niveau et de se qualifier pour des compétitions d’envergure.

M comme Mbida

Ce nom est symbolique de la fidélité au clan. Faustin Mbida est le directeur de cabinet de Tombi à Roko. Surnommé Dcc (directeur du cabinet civil), l’ancien secrétaire général fait partie d’un groupuscule de personnes qui gravitent autour de Tombi à Roko et qui constituent le «shadow-cabinet» du système Iya reconstitué. Dans un contexte où les appétits des anciens belligérants pour le contrôle de la Fécafoot grandissent, devenant parfois voraces.

N comme Normalisation

Après son élection le 28 septembre 2015, Tombi A Roko a grappillé deux jours dans le bail du comité de normalisation conduit par Joseph Owona, avant son installation le 30 septembre. En effet, le président de la Fécafoot a cheminé avec le comité depuis 2013 avec sa casquette de secrétaire général de la fédération, et c’est au crépuscule du bail dudit comité qu’il a affiché son intention de briguer la Fécafoot. Ce qui fait dire à certains observateurs que Joseph Owona et ses pairs avaient tout planifié pour garantir le fauteuil à Tombi A Roko au détriment des autres potentiels candidats.

O comme otage

Si Tombi à Roko a connu une année agitée, c’est que même en interne, l’homme n’a pas toujours eu les coudées franches. Après la pluie, le beau temps, dit-on souvent. Et les lutteurs d’hier ont chacun un argument à lui présenter pour prétendre à un morceau du gâteau de la victoire. Y compris les soutiens gouvernementaux qui ont géré l’aspect politique du combat. Du coup, l’homme se trouve être l’otage des siens. Il faut sortir du joug des preneurs d’otage pour avancer.

P comme partenariats

Tombi A Roko ne s’est pas fait prier pour ouvrir les portes de la Fécafoot à des relations gagnant-gagnant. En un an de mandature, il a signé de nombreux accords intéressants, notamment avec l’Ecole nationale de magistrature (Enam), chargée d’éduquer les joueurs et joueuses des différentes sélections, sur les notions de patriotisme, et du respect des valeurs éthiques, républicaines et olympiques. A côté de ça, il y a eu signature de contrats de partenariat avec deux nouveaux sponsors officiels, notamment Ôpur et Mahou. Des accords qui ont permis à la Fécafoot de récolter plusieurs centaines de millions.

Q comme Quotes-parts

Depuis que la maison du football de Tsinga a connu une certaine accalmie, ‘est comme une ruée vers l’or. Chacun voulant être servi. A la mangeoire, le patron du nouvel exécutif, devant s’assurer que nul n’est frustré. La redistribution du trésor de guerre commandant une certaine minutie. A la fin, on risque d’oublier l’essentiel.

R comme Rétributions

En dépit des difficultés financières de la fédération, l’ancien secrétaire général de la Fécafoot a pris des initiatives pour mettre ses collaborateurs à l’aise. Sous Tombi, les membres du comité exécutif jouissent désormais d’un salaire. Exit les simples indemnités de session payées aux seules réunions de l’exécutif. Des innovations dont les largesses touchent désormais aux portefeuilles des secrétaires généraux des ligues régionales et départementales qui sont eux aussi rémunérés par l’instance faîtière.

S comme stades

Tombi A Roko n’aura pas ses stades à gazon synthétique en octobre prochain. C’est une promesse qu’il ne peut pas tenir dans les délais, au vu de la situation actuelle. Sur les chantiers, les travaux sont à l’arrêt depuis des mois. Le patron de la Fécafoot et le directeur de l’entreprise chargée desdits travaux se regardent en chiens de faïence. Chacun accusant l’autre de n’avoir pas tenu ses engagements. Le contrat est sur le point d’être rompu. C’est le plus gros échec de Tombi A Roko qui avait pourtant réussi à se faire beaucoup de supporters, lorsqu’il annonçait ces stades. Ils seront déçus.

T comme TAS

En un an, le Tribunal arbitral du sport (Tas) n’a toujours pas donné son verdict sur l’affaire de l’élection contestée de Tombi A Roko, à la Fécafoot. Une institution qui avait obligé le Comité de normalisation de Joseph Owona à réorganiser ce scrutin une fois en son temps. Cette fois, l’instance de Lausanne maintient le suspense, au grand dam d’un Abdouraman qui a hâte d’en découdre avec Tombi qui reste lui-aussi sous pression, car ne sachant ce qu’il pourrait advenir de lui.

V comme Volte-face

«Je suis un républicain. Quelle que soit la décision de la Cca, je la respecterais (…) Toutes les décisions seront respectées. Nous ne ferons pas de commentaire car on ne commente pas une décision, on l’exécute». Dans un entretien accordé le 1er octobre 2015 à Cameroon Tribune, quelques jours après son élection, Tombi A Roko affichait son intention de respecter la décision de la Chambre de conciliation et d’arbitrage (Cca) du Comité national olympique et sportif du Cameroun (Cnosc) du 12 novembre 2015 sur l’invalidation de son élection. Par la suite, Tombi s’est dédit et en dépit de l’annulation de l’ensemble du processus électoral, l’ancien secrétaire général de la fédé est resté en poste, conforté en cela par un gouvernement finalement dépassé par les événements.

Y comme Yang Philémon

Tombi A Roko doit presque tout à Philémon Yang. C’est grâce au premier ministre que les négociations avec ses anciens ennemis à abouti au consensus et donc, à son élection le 28 septembre 2015. Le chef du gouvernement lui a même adressé une lettre de félicitation au lendemain de son élection. Comme pour dire qu’il a la «bénédiction» du gouvernement camerounais.

Commentaire

L’indécis et biscornu magistère de Tombi

Ce 28 septembre 2016 aurait sans doute échappé aux férus de notre sport-roi et même à l’opinion camerounaise. Mais cette date ne pouvait dribbler notre attention, tant elle marque le premier anniversaire du magistère de Tombi A Roko Sidki à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot). Le temps passe si vite et le décompte s’est fait à une vitesse «grand» V qu’on ne s’en est pas aperçus, car on est restés engluer dans une bataille postélectorale à variables multiples et à l’issue toujours incertaine. Avec comme trame de fond la question de la légitimité et/ou de la légalité de l’actuel président en poste à la Fécafoot, adoubé d’une part par les groupies d’un système politico-footballistique qui règne à la tête de cette institution depuis deux décennies sous le sceau des pro-Iya, du nom de l’ancien président Iya Mohammed, embastillé à la prison centrale de Kondengui. Et d’autre part, vertement contesté par une autre frange d’anciens affidés du clan, conduite par l’insubmersible Abdouraman Hamadou Babba, qui se sont débinés de la maffia et tentent de faire entendre raison sous prétexte qu’ils ont ouvert les yeux sur la supercherie qui régente la vie du football camerounais à la Tour de Tsinga depuis des lustres.

Cette deuxième faction à laquelle appartient également Joseph Antoine Bell, ancien Lion indomptable, a la rancune tenace. Elle ne lâche pas le morceau encastré dans la gueule de Tombi A Roko qui n’entend pas céder le lest. Ce dernier, traité d’«imposteur» par ses adversaires du fait de l’annulation de son élection par une décision de la Chambre d’Arbitrage et de Conciliation du Comité national olympique et sportif du Cameroun (Cnosc) le 12 novembre 2015, a joué d’espiègles acrobaties pour obtenir vaille que vaille l’onction des autorités camerounaises. Celles-ci l’ont légitimé par l’entregent du ministre des Sports et de l’Education physique (Minsep), qui par un communiqué radio-presse, a foulé au pied la décision du Cnosc. Cet acte conjugué aux félicitations du Premier ministre chef du gouvernement, non sans compter le soutien indéfectible du président de la Confédération africaine de football (Caf), l’ont davantage conforté. De quoi provoquer l’ire des «réformistes» qui ont juré d’avoir sa tête à tous les prix et de perturber son mandat.

En contribuant au gel des avoirs de la Fécafoot à United Bank for Africa (Uba) et Ecobank, Abdouraman et Cie ont ensablé la machine de Tombi, et l’institution qu’il dirige aux forceps souffre aujourd’hui du blocage de ses comptes. Le président de la Fécafoot, a beau relativisé en se couvrant du manteau des autorités, le mal est toujours profond, surtout que toutes les tentatives pour obtenir le déverrouillage des comptes se sont avérées infructueuses et Tombi garde une dent dure contre ses détracteurs. Le patron du football camerounais vit avec la peur au ventre, la peur d’un éventuel désaveu du Tribunal Arbitral du Sport (Tas), saisi par le président de l’Etoile Filante de Garoua pour désigner l’exécutif appelé à présider aux destinées de la Fécafoot, la plus haute juridiction sportive ayant déjà constaté la vacance à la tête de l’institution au travers d’une décision préalablement rendue par la Cca le 12 novembre 2015 et qui requiert désormais l’autorité de la chose jugée. Pour l’heure, il règne un calme apparent, Tombi avance malgré les épines jetées sur son chemin. Seulement, réussira-t-il à esquiver les guet-apens de ses pourfendeurs dont certains se recrutent même déjà dans son entourage le plus proche ?