Cameroun : Extrême-Nord , les déplacés aux petits soins

Avec l’appui de ses partenaires, l’Etat veille sur ces couches sociales vulnérables victimes du conflit contre Boko Haram.

Si parmi les déplacés, victimes du conflit contre la secte Boko Haram, le désir de retourner dans les localités abandonnées il y a quelques années est brûlant, il y en a des milliers qui hésitent encore. Zara, 32 ans, est mère de quatre enfants. Elle vient d’Afadé, dans le département du Logone et Chari. Il y a deux ans, elle a quitté son village, situé à une cinquantaine de km de Fotokol, fuyant les affres de Boko Haram. Dans sa fuite, elle a perdu son mari et se retrouve presque abandonnée à elle-même. « Ce sont les dons du couple présidentiel et des ONG qui nous permettent de vivre», témoigne la jeune mère. Par ailleurs, Zara fait du petit commerce pour joindre les deux bouts.

Comme Zara, ils sont 223 642 déplacés internes enregistrés en juin dernier dans la région de l’Extrême-Nord. Parmi les départements d’accueil, le Logone-et-Chari vient en tête avec plus de 50% de ces déplacés. Partis de leurs villages sans rien prendre, ils sont à la merci des besoins les plus vitaux. Il s’agit là des personnes nécessiteuses qui ont besoin d’appuis multiformes. Depuis quatre ans, les dons divers apportés par le couple présidentiel, le gouvernement et ses partenaires humanitaires sans oublier les populations hôtes leur permettent de joindre les deux bouts. « Pour le compte de l’année en cours, nous sommes déjà à deux phases de distribution des dons du chef de l’Etat aux populations déplacées. Car pour le gouvernement, l’encadrement des personnes déplacées internes reste une brûlante préoccupation. C’est à cause de leur vulnérabilité qu’il y a cette forte mobilisation de l’appareil étatique », laisse entendre Mamoudou, sous-préfet de l’arrondissement de Fotokol.

La contribution des partenaires

Coiffé par le Haut-commissariat aux réfugiés dans le cadre de la gestion de la crise causée par la guerre contre Boko Haram, les agences onusiennes, depuis 2014, accompagnent l’Etat du Cameroun à travers des appuis multiformes dans la prise en charge des déplacés. Pour Zephirin Emini, assistant au représentant résidant du PNUD, l’apport des Nations unies vient aider les déplacés et les populations hôtes à voir leur souffrance réduite. Même son de cloche du côté du Comité international de la Croix-rouge (CICR). Dans le Logone-et-Chari, l’organisme a choisi d’assister les déplacés dans la santé, la nutrition et le développement de l’agriculture. A titre d’exemple, pour le mois de juillet en cours, plus de 1107 tonnes de denrées alimentaires ont déjà été distribuées à environ 4500 ménages dans les arrondissements de Fotokol, Kousseri, Logone Birni et Makary, nous informe Alfa Mamadu Djalo, chef de la sous délégation CICR Kousseri. Des centres de santé ont été réhabilités, des stocks de médicaments leur ont été distribués, des points d’eau ont été construits là où le besoin se faisait sentir. A ce jour, plusieurs ménages bénéficient de soutiens à la production agricole.

Réactions

Yakouba: « Nous accompagnons l’Etat »

Field opérator au CICR.

« Les distributions de denrées alimentaires que nous faisons sont inscrites dans le cadre de l’assistance en urgence. Il s’agit des populations victimes du conflit, donc vulnérables. Elles ont besoin de quoi se nourrir pour subsister. Mais toutefois, notre but n’est pas de les maintenir dans l’éternelle assistance, c’est pourquoi après les programmes de distribution des denrées alimentaires, le CICR a pensé accompagner les déplacés qui décident de s’installer définitivement là où ils sont actuellement, en appuyant les initiatives de projets que ceux-ci auront commencé. Pour ceux qui vont retourner dans leurs villages au regard de l’accalmie, nous les aiderons à se réinstaller en appuyant leurs activités agropastorales à travers les sectorielles ministérielles étatiques, car nous voulons que les projets que nous soutenons s’inscrivent dans la durée ».

Kembelo: « Nous vivons de ces dons »

Déplacé à Maltam.

« A vrai dire, nous sommes aux petits soins. Non seulement le gouvernement nous apporte à manger, mais les humanitaires nous viennent en aide parce que nous n’avons rien. Je suis parti d’Afadé, aujourd’hui je suis à Maltam loin de ces mauvaises gens. Ils ont détruit tous nos biens. Maintenant, même s’il faut que nous rentrions, ce sera un peu difficile d’aller reprendre une nouvelle vie. J’ai retrouvé ici mon petit frère qui m’a donné une maison où je vis avec mes six enfants et mon épouse. Pour le moment, on se vit des dons, en attendant de voir comment s’intégrer dans ce nouvel environnement.»

Adjara: « L’aide améliore nos conditions de vie »

Déplacée à Fotokol.

« Je suis partie de Tildé pour Fotokol parce que je fuyais la guerre. Les dons que je viens de recevoir du CICR me permettront de gérer la période de soudure qui s’annonce pour les mois prochains. Ces denrées alimentaires me seront très utiles, car j’ai à ma charge mes deux petits-fils qui ont perdu leur mère lors d’une explosion dans notre village, c’est même ce qui m’a fait fuir. Je veux bien rentrer, mais je n’ai plus rien à faire à Tildé. Je préfère rester ici. »

Falmata Abatcha: « C’est une assistance très importante »

Déplacée à Makary.

« Nous recevons avec beaucoup de joie les dons que nous apportent les humanitaires. C’est une assistance très importante dans la mesure où elle nous permet de résoudre les problèmes que nous rencontrons au quotidien. Mais nous souhaitons que cet appui augmente en termes de quantité. C’est insuffisant. Mais, comme c’est un don, nous prenons en attendant que nous regagnions nos villages quand le calme sera complètement revenu.»