Cameroun : Exposition , « Empreintes » sur le cœur

Avec une série de 16 photos en noir et blanc, Pérez livre son carnet de route à l’Institut français à Yaoundé

Dans cette atmosphère trempée de noir et blanc, la nostalgie trouve une place aux premières loges. Le photographe camerounais Prospèr Mekem, plus connu sous le nom de Pérez, ouvre le couloir de la petite enfance. Une innocence amplifiée par l’artiste dans une série de 16 photos exposées à l’Institut français du Cameroun à Yaoundé, sous l’intitulé « Empreintes ». Une incursion dans l’insouciance de la jeunesse, entre scènes de jeu, complicité sincère et promesses d’amitié émouvantes. Cette dernière sensation transparaît sur plusieurs clichés. Avec « Aspiration », Pérez encadre deux garçons coiffés de chapeaux faits de feuilles et de plumes. Songeurs et rivés sur l’objectif, ils invitent par leur regard perçant, mais pourtant inoffensif, à rêver de leur futur et ce qu’il leur réserve.
Révélateur peut-être, la majorité des 16 images de Pérez marque l’opposition générationnelle, aussi bien qu’il saisit avec énergie l’instant fougueux de la tendre enfance. Des personnages plus âgés aux cheveux gris, se positionnent de l’autre côté du miroir, comme une projection des choses à venir. Enfant un jour, vieillard demain. Cette maturité assumée se révèle comme un gage de force et d’inspiration. Il est difficile, presque impossible de pénétrer cette bulle de pureté infantile, sans le détour, regrettable cela dit, imposé par ces tortionnaires qui font de l’enfance un calvaire. « Impasse » est un cri d’engagement, un poing frappé sur la table, pour rappeler que le spectre de l’exploitation n’est jamais bien loin. Gros plan sur un pied et une main, prisonniers de chaînes.
Subtile ou non, Pérez dévoile des photos d’enfants dans l’effort constant, le travail, la souffrance. Comme pour éveiller les consciences sur ces drames qui se déroulent devant les yeux du monde, sans que personne n’y fasse plus vraiment attention. Les symboles des cérémonies traditionnelles dans l’aire culturelle des Grassfields restent un des éléments majeurs du travail de Pérez. Et pour « Empreintes », le photographe n’esquive pas cette  attirance pour les attributs royaux de la région de l’Ouest. Le visiteur est plongé dans la solennité de ces coutumes qui suscitent toujours autant de mystère que de curiosité. La prise des images est le sport favori de Pérez qui autorise avec « Empreintes », un coup d’œil dans l’album de son carnet de route. Les 16 photos exposées sont tirées de son premier livre photo publié en novembre 2016. L’expo court jusqu’au 30 juin prochain.