Cameroun – Essos – Lycée Bilingue – Titi Garage: l’axe du mal

La prolifération des boîtes de nuit y a dressé un joli lit à la prostitution. Dans le «business», hommes et femmes s’y adonnent bonnement.

Moins d?une semaine après l’ouverture en grande pompe d?un nouveau «truc» au lieu?dit Titi Garage à Essos, un quinquagénaire a été pris en flagrant délit d’homosexualité. L?homme, tenancier d’une autre boîte de nuit à Mvog?Atangana Mballa, s?est fait piéger le 12 janvier 2016, lors d?un testing
organisé par les services de renseignements. Ironie: le coupable n?est autre que le représentant départemental d’une ONG de lutte contre les pratiques homosexuelles au Cameroun. Bien plus, il se targuait d’avoir été à l’origine d’une charte déontologique pour les exploitants de discothèques et dancings. Ainsi, à Yaoundé, la nuit est pleine de possibilités capables de satisfaire les noctambules les plus difficiles: des terrasses à l?ambiance
détendue où vous pouvez contempler la palette magique du ciel à la tombée de la nuit, danser dans des discothèques avec de la musique électronique très moderne, rencontrer des artistes dans un espace pur style yaoundéen.

«Axe du

plaisir»
La nuit à certains endroits d’Essos à Yaoundé est simple, sensuelle et originale, mais aussi polyvalente et variée. A l?abri des portes capitonnées, à la faveur de l?obscurité, les discours s?évaporent et les cravates tombent. Soirées tantôt publiques pour communiquer sur la facette «cool» de telle ou telle personnalité, tantôt privées dans l?entre?soi des noctambules. Essos, quartier qui regorge des bars à hôtesses et de clubs de jeu, où beaucoup recherchaient une nuit de plaisir et des bras où se perdre. Le Carrefour Camp Sonel, Chapelle Essos et Titi Garage sont désormais devenus des lieux nocturnes très animés de la capitale. Converties depuis peu en un espace pluridisciplinaire où se trouvent, entre autres, des librairies érotiques, des magasins de lingerie sexy, dancefloor clignotants, des titres «indéprogrammables», des chambres louées à l?heure par les prostituées et toute une variété de lieux insolites et originaux, les boîtes de nuit de ce secteur sont sans doute les points de rencontre favoris pour prendre un premier verre. «C?est une véritable ville dans la ville», conclut Médard Boniface Honla, commissaire de police à la retraite. «Même si chaque nuit, ces endroits passent pour des catalyseurs des tendances les plus avant?gardistes et des sons les plus alternatifs, ils fêtent en même temps leur « fierté gay », en ouvrant différents endroits dédiés à ce public, une communauté qui joue un rôle important dans le monde artistique et professionnel à Yaoundé», poursuit?il. Ce 14 janvier 2016, le décor parle de lui?même. Plus d’une centaine de grosses cylindrées s’entassent devant ces «complexes nocturnes» qui rameutent à plus de deux kilomètres à la ronde.

Encadrement
Quatre whiskies?Coca dans le nez, collés?serrés sur des poufs violets, à l’écart des spots pour des étreintes en tout genre, boire au milieu de la rue, en profitant des températures agréables (néanmoins, même s?il fait froid, ce rituel est respecté avec la même précision mathématique et une furieuse envie d’aller jusqu’au bout de la nuit…) Voilà qui attire ici. Vu la qualité de la clientèle, il n’est pas évident de mettre à la porte des homosexuels surtout qu’ils dépensent des centaines de milliers de francs par soirée. Par ailleurs, des agents de sécurité défaillants s’exposent à des plaintes en justice de clients fortunés. Les patrons se contentent ainsi de signaler poliment de rester calmes, quand ils ne donnent pas tout bonnement leur bénédiction. On comprend qu’interfaces entre communautés, les filles aient dû développer un mode de communication compréhensible par le plus grand nombre. Pour ce faire, elles utilisent un idiome argotique spécifique à l’univers prostitutionnel. Elles l’ont aménagé pour le rendre utile à leur «business». Souvent grossier et sexuellement connoté, cet idiome est un mélange de différentes langues locales et de mots français déformés. Au Québec, certaines expressions utilisées par les filles ont subi, selon Mathieu Ndoé qui les rapporte, des transformations intéressantes.

«Triangle d’or»
Ici, un monde parallèle refermé sur lui?même s’est formé, avec sa langue et ses codes vestimentaires. Beaucoup de jeunes vivent dans ce «triangle d’or» de la prostitution. A Essos, les réseaux se partagent l’espace public et les heures de la nuit. Ainsi, au sud de la rue du lieu?dit Québec, on retrouve des prostituées plus habituées, plus voyantes et plus entreprenantes alors qu’au nord (en provenance du quartier Omnisports), elles sont plus jeunes, souvent assises à quelques mètres de la route. Passé une certaine heure, le «business» est plus relax: il y a un groupe de filles tous les cinquante mètres et des voitures stationnées sur la chaussée, dans les rues adjacentes et les parkings.
Ces parkings sont situés dans des angles morts et cachés de la route, ils ne sont pas éclairés mais ils sont surveillés de près par les «souteneurs», certains surveillant leurs trafics grâce à des jumelles équipées pour la vision nocturne. Ils gèrent aussi les petits problèmes de sécurité, comme les clients agressifs… ou les journalistes trop curieux.