Cameroun – Don des ordinateurs: Robert Wafo du SDF dénonce un mensonge d’État et un détournement de deniers publics

Le Porte-parole du Social Démocratic Front estime qu’une information judiciaire devrait être ouverte dans les parquets de la République sur cette affaire.

Le Ministre du shadow cabinet du SDF (Social Democratic Front) chargé de l’information et des médias pense que le Gouvernement n’a pas délivré la vraie information autour de l’opération d’acquisition de 500 000 ordinateurs chinois destinés aux étudiants camerounais. Il estime, comme bien d’autres camerounais, que  les 75 milliards de Francs CFA dépensés pour l’acquisition de ces appareils sont énormes par rapport à la quantité annoncée. «Sur le prix, il m’est revenu qu’un ordinateur sorti magasin en Chine coûte à peine 40.000 FCFA, prix catalogue. Acheter 500.000 ordinateurs à 75 milliards de FCFA dans ce pays relève par conséquent d’un détournement de deniers publics en bande organisée. Cela fait tout de même un gap de plus de 55 milliards qui a été détourné et qui sera malheureusement supporté par le contribuable camerounais», regrette-t-il.

Les étudiants camerounais ont, selon Wafo d’autres besoins plus importants que les ordinateurs remis par le Chef de l’État à grand renfort de publicité. Il appelle par ailleurs les parquets de la République à ouvrir une information judiciaire sur «cette scabreuse affaire».

Intégralité de la Réaction  de Jean Robert Wafo

REACTION À PROPOS DU « DON » DE 500.000 ORDINATEURS DU CHEF DE L’ÉTAT AUX ÉTUDIANTS:

« MENSONGE D’ÉTAT SUR LE LIBELLÉ ET LE PRIX DE L’ACQUISITION »

En plus de ce que ces ordinateurs n’auront pas d’impact à moyen ou long terme sur les étudiants qui ont d’autres priorités, il convient de préciser qu’il y a un mensonge d’État sur l’intitulé et le prix de l’acquisition.

Sur l’intitulé, le communiqué du ministre

de l’Enseignement supérieur fait état d’un don du Chef de l’Etat alors qu’il s’agit en réalité d’un prêt contracté auprès de Eximbank of China. Les futurs bénéficiaires ainsi que leurs progénitures devront rembourser un prêt qui a été décidé sans leur consentement.

Sur le prix, il m’est revenu qu’un ordinateur sorti magasin en Chine coûte à peine 40.000 FCFA, prix catalogue. Acheter 500.000 ordinateurs à 75 milliards de FCFA dans ce pays relève par conséquent d’un détournement de deniers publics en bande organisée. Cela fait tout de même un gap de plus de 55 milliards qui a été détourné et qui sera malheureusement supporté par le contribuable camerounais. Le devoir de transparence dans la gouvernance publique impose aux différentes institutions de contrôle de la dépense publique et de l’investigation financière d’enquêter sur cette rapine. Les parquets de la République devraient également ouvrir une information judiciaire sur cette scabreuse affaire. Tout ponce pilatisme du régime de Yaoundé équivaudrait à de la complicité active.

Sur le plan économique, il est absurde qu’on en soit encore à importer du matériel fini et prêt à être utilisé à un montant aussi élevé. Dans un partenariat gagnant-gagnant, l’État du Cameroun aurait dû exiger que des usines de montage et d’assemblage d’ordinateurs soient créées ici sur place avec tout ce que cela comporte comme valeur ajoutée en termes d’emplois et de nouvelles recettes fiscales. Un expert camerounais, en l’occurrence Tony Smith a relevé qu’avec ce montant, il est en capacité de créer une usine de montage d’ordinateurs qui emploiera au minimum 15.000 jeunes. La Chine l’a fait avec l’Union européenne dans le cadre de l’acquisition des Airbus. Malheureusement les pouvoirs publics ont opté pour autre chose du fait des retro commissions érigées en croyance au sein de notre haute administration.

Sur un tout autre plan, on ne saurait prescrire le déblocage de plus de 100 milliards au titre du programme d’urgence jeunes et endetter par la suite la jeunesse moins de six mois après l’annonce. Ce mode de fonctionnement participe manifestement de la gestion à la petite semaine. Avec ces 75 milliards de FCFA, on aurait pu aider les jeunes en général. Une approche judicieuse aurait consisté à choisir entre faire construire par le génie militaire 15.000 salles de classe pour désengorger le sureffectif des élèves au primaire et au secondaire, équiper 7.500 laboratoires dans les collèges et lycées d’enseignement technique à hauteur de 10 millions chacun ou 750 laboratoires à hauteur de 100 millions chacun dans les universités, les grandes écoles ainsi que dans les instituts privés d’enseignement  supérieur au titre des subventions. On aurait pu également  construire des cités universitaires dans les huit universités d’État pour parer au problème crucial de logement universitaire tout en décrétant une année de suspension des droits universitaires et en supportant à hauteur de 50 000 FCFA ces droits dans le privé.

Le comble est que certains illuminés ont poussé assez loin le ridicule en transportant dans des camions des étudiants et des badauds pour une marche clairsemée contre 1.500fcfa ou 2.000fcfa. Ces étudiants manipulés ignorent qu’ils seront confrontés aux problèmes de distribution sélective et à tête chercheuse de ces ordinateurs, de maintenance de ces appareils qui ont une durée de vie limitée ainsi qu’aux délestages permanents de l’énergie électrique qui n’existe pas dans certains coins du pays. C’est une vision de court terme que de jubiler après cette annonce. Que fera-t-on des futurs bacheliers? Faudra – t-il toujours débloquer 75 milliards de FCFA pour 500.000 laptops? Cela fera combien de FCFA en 10 ou 20 ans? Pour quel résultat visible et pérenne? Le Cameroun deviendra la plus grande brocante de laptops d’Afrique. Que faire par ailleurs en termes de contrôle de ceux qui, ayant abandonné l’université depuis longtemps, viendront payer leurs droits universitaires juste pour obtenir un ordinateur portable? Une fois de plus, on ne saurait gérer un pays à la petite semaine.

Fort heureusement l’Addec a fermement dénoncé cette instrumentalisation pitoyable qui trahit en fait la fébrilité qui a envahi tous les acteurs tapis dans l’ombre de cette opération mafieuse sur fond d’enfumage.

Jean Robert WAFO

Ministre du shadow cabinet SDF chargé de l’information et des médias.