CAMEROUN :: DÉSORDRE URBAIN : LES CONSTATS QUI ANNONCENT LES PROCHAINES CATASTROPHES

CAMEROUN :: DÉSORDRE URBAIN : LES CONSTATS QUI ANNONCENT LES PROCHAINES CATASTROPHES

Bafoussam pleure ses morts mais Yaoundé, Douala et les autres localités du Cameroun ne sont pas à l’abri. Entre marécages et flancs de collines, des habitations poussent. Mais nul ne sait ni le jour et ni l’heure de la survenue des drames à venir.

Il est évalué aujourd’hui à 46, le nombre de personnes qui sont allées au lit le soir du 28 octobre et qui n’ont plus vu le lever du soleil au petit matin du 29 octobre 2019. Elles ont été fauchées dans leur sommeil par une abondante coulée de boue qui a englouti leurs habitations pendant la nuit. Les scènes de secours filmés sur le site, et postées sur les réseaux sociaux, présentent des scènes insoutenables. Des témoignages donnent froid dans le dos. Parmi les dizaines de morts enregistrés, on dénombre 26 enfants. Un couple a péri dans le drame avec ses 6 enfants. Du coup, Bafoussam et le Cameroun portent le deuil et pleurent leurs enfants.

Dans le périmètre du sinistre, un cordon de sécurité est déjà installé. Les pouvoirs publics dont le président de la République en personne a déjà dégagé une enveloppe financière pour l’assistance aux victimes. Mais au moment où le Cameroun est en deuil, on peut déjà, en guise du « Nsili Awou », s’interroger sur les causes d’un tel drame. Qui l’a causé ? Etait-il prévisible ? Qui en est le responsable ? Et comme par le passé, les langues se délient. Le maire de la commune de Bafoussam III dit clairement avoir sommé les populations de partir de cette zone dangereuse.

Il aurait même réussi à faire venir les autorités administratives de la région pour constater le danger, mais après personne n’a bougé jusqu’au 28 octobre 2019 quand des dizaines de fils et filles du Cameroun ont payé de leur vie, cette incompréhension, ce laxisme et la complaisance des preneurs de décision qui n’ont pas toujours le bon timing. Le drame de Bafoussam, en l’état actuel de l’aménagement du territoire peut être répliqué à n’importe quel endroit du pays et particulièrement en zone urbaine. Le phénomène de désordre urbain caractérisé par des constructions anarchiques dans les périphéries sans plan d’urbanisation, sans services sociaux de base, sans eau ni électricité, offre un terrain favorable aux catastrophes. Hier à Bafoussam c’était un éboulement, demain ailleurs ce sera une électrocution à la haute tension ou une inondation.

Une cinquantaine de morts qu’on aurait pu éviter. Mais au gré des circonstances et des opportunités, il y a d’abord l’entêtement des populations à s’installer dans les zones à risque, interdites de construction. Le portail des camerounais de Belgique. Il y a ensuite la mollesse des autorités à faire respecter la réglementation, et enfin le jeu trouble des politiciens qui créent des groupes de pression pour organiser la résistance aux déguerpissements des populations pour résister au chantage électoral dont ils sont victimes. Résultat : des morts qui s’entassent et les autorités sont interpellées au premier chef pour avoir laissé les populations s’installer sur ces zones.

La construction sur les flancs de collines et les bas-fonds marécageux sont interdites au Cameroun, mais cette réglementation est régulièrement violée dans notre pays. Dans les grandes villes comme dans les villes secondaires, des quartiers dit « Elobie» ou marécage existent et portent fièrement leurs noms : « Mokolo Elobie », « Tsinga Elobie ». Dans la ville de Yaoundé, les populations défient le Mont Mbankolo en creusant ses flancs de part en part pour trouver des plateformes afin d’ériger leurs habitations. Le flanc du Mont Febe subit le même traitement. Plus bas, des habitations spontanées se succèdent et des disputes entre voisins sont monnaie courante. En creusant pour trouver sa plateforme, on tutoie souvent la fondation du voisin avec une grave menace sur la stabilité de sa maison. Un cercle vicieux.