Cameroun – Dérives: Le transport clandestin fait perdre 14,5 milliards par an à l’Etat

Les explications fournies par le Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT) font état d’un détournement des marchandises en transit du port de Douala vers le port de Lagos devenu compétitif en raison de la chute du naira.

Réunis en conférence de presse mardi 24 juillet, les leaders syndicaux, avec en tête le Syndicat national des transporteurs routiers (SNTRC), l’Organisation patronale des syndicats des transporteurs et auxiliaires du Cameroun(OPSTAC), la Confédération générale des syndicats de transports du Cameroun (C.G.S.T.C) et, entre autres, le Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT), coordonné par El Hadj Oumarou, ont calculé le manque à gagner pour l’Etat du fait de l’activité illégale de transporteur routier.

Dans sa publication du 26 juillet 2017, Le Quotidien de l’Economie informe que le volume annuel de trafic des camions sur nos routes est établi à 2,7 milliards de tonnes/kilomètres, ce qui se traduit par un chiffre d’affaires annuel de près de 176 milliards de FCFA. Or, ont-ils estimé, le transport clandestin ou à compte propre représente 45% du trafic routier national des marchandises. Ce qui équivaut, apprend-on,  à un chiffre d’affaires pour cette activité jugée illégale de 75 milliard l’an. Si les pouvoirs publics avaient procédé au prélèvement de la TVA sur le transport clandestin, ils auraient recouvré 14,5 milliards de FCFA, soit 1,2 milliards chaque mois.

Le plaidoyer des syndicalistes du transport pour un retour de la légalité dans leur secteur fait écho. Ils s’insurgent contre les industriels ou marketeurs qui procèdent au transport à leurs propres comptes, alors que les dispositions de la loi du 23 juillet 2001 régissant les professions de transporteur routier et d’auxiliaire de transports routiers interdisent le mélange des genres. Selon cette loi, l’accès à la profession de transport est soumis à un ensemble de conditions. Ainsi, l’article 13 indique que : « Est considéré comme infraction à la présente loi et aux textes pris pour son application l’exercice de la profession de transporteur routier ou d’auxiliaire des transports routiers sans licence ou autorisation préalables; l’exploitation d’une licence ou d’une autorisation louée, prêtée, cédée ou transférée; l’utilisation d’un véhicule à usage personnel pour le transport public de personnes et/ou de marchandises à usage commercial; le transport interurbain ou international de marchandises ou de personnel sans la lettre de voiture ou le bordereau de route requis ».

Dangote Cement a déjà fait l’objet des plaintes des syndicats des transporteurs, qui fustigent le choix de ce cimentier d’acquérir des camions pour procéder, lui-même, au transport de ses sacs de ciment. Aujourd’hui, des marketeurs comme Bocom sont mis à l’index. « C’est un transport hors coordination, qui échappe à toute réglementation et s’effectue sans compensation aucune pour l’Etat», s’énerve le Bureau de gestion du fret terrestre. «Cette activité, secondaire pour l’entreprise externalisatrice, constitue par contre l’activité principale du prestataire désigné, c’est-à-dire le transporteur professionnel », rebondit un membre de la plateforme syndicale.

Les explications fournies par le BGFT font état d’un détournement des marchandises en transit du port de Douala vers le port de Lagos devenu compétitif en raison de la chute du naira. Les importateurs tchadiens et centrafricains préfèrent éviter le corridor traditionnel Douala-N’Djamena ou Douala-Bangui, entrainant une importante baisse d’activités chez les transporteurs camerounais au bénéfice de ceux du Nigeria. Ceux-ci supportent mal de vivre, en plus d’une concurrence exogène, une rivalité interne a fortiori illégale. Le ministère des Transports n’a pas encore réagi à cette sortie des syndicats des transporteurs.