Cameroun – Délivrance du certificat médical: Le personnel de santé défie l’ordre des médecins

En dépit des interpellations du secrétaire général de ladite association, la délivrance fantaisiste de ce document persiste dans les centres hospitaliers.

Junior Ebodé, est stupéfait ce jeudi matin. Le jeune bachelier qui s’est rendu à l’hôpital Central de Yaoundé pour se faire établir un certificat médical, document sollicité pour compléter son dossier de candidature pour un concours, vient de l’obtenir à moins de deux minutes. « On a pris ma carte nationale d’identité, puis reporté mon nom sur l’imprimé et enfin, des cachets ont été apposés sur le document avant de me le remettre », informe le jeune homme. Pourtant sur la pièce médicale, le médecin certifie avoir bel et bien examiné le concerné.  Je certifie « avoir examiné ce jour le nommé Junior Ebodé qui ne souffre d’aucune affection médicale », peut-on lire. Sans doute un acte de prestidigitation ! De l’avis des personnes avisées, la délivrance de ce document se fait généralement sans une consultation préalable. Bien qu’il s’agisse d’une atteinte grave à l’éthique médicale, la pratique est devenue monnaie courante dans les centres hospitaliers d’Etat et même dans les cliniques agrées. Visiblement, d’après Bidzogo Atangana, qui a de nombreuses occasions a sensibilisé ses pairs, la pratique peu orthodoxe à la peau dure. Pour le Secrétaire général de l’Ordre national des médecins du Cameroun, « pour de l’argent, certains professionnels de la corporation vont jusqu’à présenter l’état de santé voulu par le patient. Pourtant le certificat médical est une attestation officielle écrite d’un médecin assurant l’exactitude d’un fait ».

En effet, le document officiel d’ordre sanitaire qui renseigne sur l’état de santé propice du citoyen pour toute sollicitation ne devrait pas s’établir avec légèreté, apprend-on. « La rédaction d’un certificat médical exige la réunion de 3 conditions préalables : la présence du patient, l’examen médical proportionné et la rédaction du document écrit », explique un médecin. Une démarche généralement bafouée. Les usages professionnels renseignent par ailleurs, que pour l’obtenir, l’intéressé doit se rendre dans un centre hospitalier muni de sa carte d’identité ou autres pièces d’identification officielles, prévoir entre 1000 et 2000 F CFA représentant les frais de l’imprimé, ensuite rencontrer le médecin indiqué pour une consultation générale ou spéciale, selon l’objet de la demande du certificat médical. Passé les trois étapes, l’usager bénéficie d’une consultation effective. Toute chose qui pousse le secrétaire général de l’ordre des médecins à rappeler aux membres de la corporation qui ne respectent pas cela, qu’ils « peuvent être convoqués en justice pour avoir livré un certificat médical établi sans constat, ni examen du patient ».