Cameroun – Crises à l’EPC/Claude Abé (Sociologue): «L’église Presbytérienne du Cameroun a cela de particulier que la compétition est ouverte au niveau des postes de direction, de pouvoir»

Depuis plusieurs mois déjà, la ville d’Ebolowa dans la Région du Sud est témoin des affrontements des fidèles de l’Eglise Presbytérienne du Cameroun qui dernièrement en sont venus aux mains. Le sociologue, dans un entretien avec notre confrère Mutations, pointe du doigt le déficit de centralisation de l’église. Par ailleurs il parle aussi de la corruption au sein de la congrégation.

On se rappelle encore que juste deux jours après la décision de Félix Nguélé Nguélé, le Gouverneur de la Région du Sud, les fidèles de la paroisse Philadelphie de l’Eglise Présbytérienne du Cameroun (EPC) s’étaient empoignés au sein du temple. Quelque temps après, le conseil général de l’EPC avait pris la décision de suspendre le Secrétaire Général de l’EPC avec le motif qu’en adressant au Gouverneur la demande de rouvrir les portes du temple, celui-ci avait non seulement induit le patron du Sud en erreur, mais aussi outrepassé les décisions de l’assemblée générale de l’église. Interrogé sur ce fait qui paraît inhabituel dans le cadre religieux, le Pr Claude Abé pointe du doigt le déficit de centralisation et la corruption.

À la question de savoir ce qui peut pousser à de tels débordements au sein de l’EPC, le sociologue répond: «il faut déjà faire une mise en contexte. La première chose est qu’on est face à l’église presbytérienne, et l’EPC a cela de particulier que la compétition est ouverte au niveau des postes de direction, au niveau des postes de gouvernance, au niveau des positions des pouvoirs. Et à ce titre, c’est tout à fait normal qu’on observe un certain nombre de conduites qui vont dans le sens de ces convictions.

Deuxième chose, étant une institution qui n’est pas centralisée et qu’il y a  un certain nombre de pôles de coordination – la plupart de ces églises ont une autonomie certaine qui génère un certain nombre d’avoir sur le plan économique -. Il va sans dire que dans le contexte où la crise socio-économique touche à tous les secteurs de la société, l’église n’en est pas épargnée et qu’il est tout à fait normal que dans ce champ on trouve des entrepreneurs qui en fait cherchent moins que le salut des âmes mais davantage à arrondir leur quotidien».

Sur l’impact que les faits ci-haut décris peuvent avoir sur la communauté religieuse, le Pr Claude Abé déclare qu’«il va sans dire que comme la foi des individus n’est pas toujours inébranlable et qui est fondée parfois sur l’attrait d’une personnalité, l’attrait d’un certain nombre de modèles et que les gens suivent dans une situation de crise et de confidentialité, il y a fort à parier que la communauté n’est plus communauté dans la mesure où il y a des scissions et des ruptures à l’intérieur et que des camps se forment»

Sur l’origine de cette crise, le sociologue pense que «la nature des congrégations des églises protestantes explique qu’il y a un degré d’autonomie dans l’ensemble des églises, et même des chrétiens. Ce qui fait que tout le monde par le cheminement qu’il a dans la foi et dans l’église se voit dans une posture éventuelle d’être l’un des dirigeants».