Cameroun: Comment l’administration publique camerounaise réussit à échouer

Dans le même ordre d’idées, il sera essentiel de continuer à veiller à la qualité de la dépense publique…. Ainsi parlait le Président de la République le 12 octobre 2015 devant son gouvernement.

500 Millions, 1 milliard on ne sait pas ce que l’Etat camerounais verse chaque mois aux fonctionnaires fictifs. Un préjudice financier monstrueux pour la nation dont on s’accommode  volontiers. Il valait bien la peine de créer des tribunaux spéciaux pour atteinte aux deniers publics. De porter sur un pic quelques têtes de la baronnie à la résidence carcérale qui ne fait plus peur à personne (Kondengui).
Nous fabriquons des procès ubuesques à la Robespierre pour faire grand plaisir au peuple qui demande du pain de l’eau claire non jaunie de la lumière à la place des ténèbres. Grands magistrats et ténors du barreau disent la loi avec la ferveur d’un enfant érudit d’une école coranique égrenant des sourates en transe. Dire qu’après tout ce spectacle notre justice est la risée d’autres justices du monde. Elle ne plie pas un Titus Edjoa. On peut sortir vivant et debout des condamnations dantesques relevant parfois des méthodes moyenâgeuses proches de l’inquisition. Quelques têtes de nobles présentées à la vindicte chez nous on les appellent anciens grands commis de l’Etat inconséquents, qui sont intellectuellement décapitées et tête roulée dans la corbeille de souillure et du déshonneur.

Mais est-ce que cela suffit pour faire justice ? Nous avons créé la machine judiciaire ostentatoire qui sait condamner et punir les voleurs de boeufs. Qu’en est-il pour les dizaines de milliers de voleurs d’oeufs dont les peccadilles additionnées représentent un préjudice aussi grave et important pour les comptes de la nation. Quand est-ce que l’on commencera à crier Haro sur le baudet pour le fonctionnaire fictif ? L’armée de l’ombre finira par avoir raison sur les fondations de la république si on n’y prête pas une attention soutenue. On pense trop vite quand il s’agit de fonctionnaires fictifs que la colonne de termites est uniquement composée de factotums, de bons à lape et autres maîtres Jacques qui ne fréquentent pas les espaces administratifs ou ils devraient échanger leur travail contre salaire. On apprend souvent que ceux qui sont le plus souvent incapables de contrôler ceux qui sont à leur charge de conduite ce sont les responsables.

Absents au travail les premiers producteurs d’un exemple dévastateur par leur conduite. Que dire des escrocs et pirates  informaticiens engagés dans les recrutements mis en place pour l’assainissement du fichier solde de l’Etat. Pour quelques uns pris et redressés voir sommés à payer des sommes indûment perçues combien de resquilleurs au long cours. Au coeur du système intégré de gestion informatique du personnel de l’Etat et de la solde (SIGIPES) des petites frappes mais aussi des délinquants à col blanc car c’est du système informatique que s’opère le traitement qui ruine la nation. L’administration publique camerounaise porte à elle seule les aspirations d’ascension sociale de la population car le diplôme de formation initiale est plus que jamais le déterminant majeur de la carrière professionnelle. L’importance du chômage des jeunes et la précarité à l’entrée dans le marché du travail provoque parfois un sentiment de fatalité.
On pleure pour obtenir le travail du «ngomna» , dès qu’on l’obtient on s’acharne aussitôt à le faire le plus mal possible qu’on peut. Pour certains salariés de l’Etat, que dire, de la funeste chasse aux 10 000 faux agents de l’Etat. Quelle entreprise pourrait survivre en versant des salaires à 10 000 salariés qui ne produisent rien en retour. Cette réalité est la nôtre. Et l’on ne sait jamais très bien à qui attribuer ce mal visible. Le modèle d’intégration et « d’élitisme républicain » peine à atteindre ses objectifs au Cameroun. Les agents publics à travers leurs compétences, leurs actions sont pourtant l’entité indispensable à la bonne marche de l’organisation qui ne produit de richesse que par le bon travail accompli par ces membres. Pourtant ce sont les agents de l’administration qui entraînent malheureusement leur organisation dans la chute lorsqu’ils sont défaillants dans leur investissement. Demandez aux agents public se qu’ils pensent de leur administration vous entendrez dire sans leur soutirer les verres du nez que l’APC est une organisation caractérisée par le favoritisme le laxisme la corruption.
Il existe un lien indéniable entre la représentation sociale que les agents de l’Etat ont de l’APC et leur faible implication organisationnelle. De l’agent contractuel au chef de département ministériel nommé par décret présidentiel. Comment en finir avec l’échec du gouvernement a produire les résultats de la politique pour laquelle il a été élu plusieurs fois ? Les exhortations du Président de la République à son équipe gouvernementale attestent de son inquiétude face aux résultats mitigés qui n’arrivent pas rapidement alors que l’attente du peuple est démesurée. Une équipe gouvernementale est comme une équipe sportive dirigée par un sélectionneur.. On n’aligne pas pour des matchs décisifs des joueurs qui ne sont pas en mesure de produire les résultats qu’on attend. Un tel pari est risqué. On met aux postes clés les plus affûtés pour espérer faire la différence et remporter le match.
Si, saison après saison, match perdus après match perdus, on maintient les mêmes aux mêmes postes alors qu’ils ne produisent pas les résultats attendus. On risque d’affronter la déception et parfois même la violente colère des supporteurs qui en veulent plus au coach qu’aux joueurs qui n’ont pas mouillé le maillot alors qu’il appartenait aux joueurs et non à leur sélectionneur de faire le résultat sur le terrain. Les politiques pensent pouvoir se dédouaner de ce constat imagé dans cet exemple et pourtant cruellement réel. L’opinion publique portée par l’attente du peuple pour l’amélioration de ses conditions de vie fonctionne sur le même ressort. L’amour et la portée en triomphe en cas de succès, le désamour et la haine en cas d’échecs renouvelés. On ne risque pas de remporter les matchs de la gestion économique rentable d’une nation avec des managers ministériels qui n’ont même pas l’expérience de la gestion rentable et efficiente d’une échoppe de quartier. On a que trop plaisanté avec cette réalité.
Un homme politique n’est pas un chef d’entreprise. Un décret ne transforme pas vos diplômes en expérience de manager d’un  département de plusieurs dizaines de milliers de salariés. A qui viendrait l’idée d’aligner à un sprint olympique une personne qui n’a jamais couru auparavant ? De laisser piloter un avion à un non pilote. Qui donnerait les clés de sa voiture à celui qui n’a jamais conduit. Mais on n’hésite pas à jouer au pure hasard pour certains en leur confiant sans aucune expérience les rennes d’un département ministériel. Les résultats ne peuvent pas être au rendez-vous d’un tel choix à l’aveugle. On ne peut pas faire le pari du transfert permanent des compétences d’une fonction à l’autre et attendre de l’innovation et de l’ingéniosité, du management et de l’expertise à la fois.