Cameroun – Climat social/Parlant de Paul Biya, Achille Mbembe (universitaire camerounais) affirme: «Au soir de sa vie, le pays dont il a hérité est au bord de l’éclatement»

Dans une tribune libre publiée ce 8 février 2019, l’universitaire camerounais Achille Mbembe, fustige le climat social au Cameroun marqué par la montée du tribalisme et les persécutions contre certains opposants.

 

Egal à lui-même ! Achille Mbembe garde intacte son aversion vis-à-vis du régime de Yaoundé. L’universitaire camerounais le démontre une fois de plus, dans une tribune libre publiée ce 8 février 2019 sur internet. «Antisémitisme et pulsions génocidaires», c’est le titre de ce texte dans lequel le philosophe dénonce la montée du tribalisme et les persécutions contre certains opposants dans son pays d’origine.

«Dans les deux jours qui viennent, je publierai un texte dans AOC (média français en ligne spécialisé dans les analyses, opinions et idées) sur la situation qui prévaut dans ce pays au lendemain de l’arrestation et de la détention de près de 200 militants du parti d’opposition que dirige le Professeur Maurice KAMTO», annonce M. Mbembe qui affirme que «ce dernier (Maurice Kamto) est, lui-même, entre les mains de la police locale depuis plus d’une semaine. En début de semaine, le Ministre délégué à la Justice, Jean de Dieu Momo a défraye la chronique. Sur les antennes de la télévision officielle, il a sciemment relayé la fiction antisémite selon laquelle les Juifs auraient attiré sur eux la funeste tragédie de l’Holocauste, enjoignant, au passage, ses congénères de l’ethnie bamiléké de ne pas commettre la même erreur dans le Cameroun d’aujourd’hui».

Tout en pointant la politique de la France en Afrique, il note que «La Chine a effacé, en catimini, une partie (seulement) de la dette camerounaise. En contrepartie de quoi, nul ne le sait. De tous les pays africains, le Cameroun est l’un des trois qui lui doivent le plus d’argent. Les Etats-Unis, quant-à-eux, viennent de mettre fin à une (petite) partie de l’assistance militaire qu’ils apportaient au régime».

L’ancien étudiant au département d’histoire de l’Université de Yaoundé s’attaque ensuite à Paul Biya. «Pendant 36 ans, entre deux séjours en Suisse ou il aura dilapidé des centaines de millions de dollars de ses pauvres concitoyens en jouissances privées de toutes sortes, le satrape aura brutalisé les siens à huis-clos».

«Au soir de sa vie, conclut Achille Mbembe, le pays dont il a hérité est au bord de l’éclatement. Le clan de sa jeune épouse, épaule par toutes sortes de sicaires recrutés à l’avenant, souffle sur les braises dans l’espoir de tirer les marrons du feu. Mais l’ère de l’ensauvagement à huis-clos est maintenant terminée».

Ci-après, l’intégralité de son message:

ANTISEMITISME ET PULSIONS GENOCIDAIRES

Dans les deux jours qui viennent, je publierai un texte dans AOC sur la situation qui prévaut dans ce pays au lendemain de l’arrestation et de la détention de près de 200 militants du parti d’opposition que dirige le Professeur Maurice KAMTO.

Ce dernier est, lui-même, entre les mains de la police locale depuis plus d’une semaine. En début de semaine, le Ministre délégué à la Justice, Jean de Dieu Momo a défraye la chronique. Sur les antennes de la télévision officielle, il a sciemment relayé la fiction antisémite selon laquelle les Juifs auraient attiré sur eux la funeste tragédie de l’Holocauste, enjoignant, au passage, ses congénères de l’ethnie bamiléké de ne pas commettre la même erreur dans le Cameroun d’aujourd’hui.

Sous Emmanuel Macron, la politique française d’appui inconditionnel aux satrapies de l’Afrique centrale a été reconduite. On gesticule et on se fend en déclarations aussi maladroites que sanctimonieuses lorsqu’il s’agit des élections en République Démocratique du Congo. On élève le ton lorsqu’il s’agit du Venezuela – cela ne coute rien. Mais motus et bouche cousue lorsque, dans sa basse-cour, la police tire à bout portant sur des civils non-armés.

En réalité, on va plus loin. Avec des avions Rafale postés au Tchad, on fait frapper des colonnes rebelles dans le but de protéger le régime prédateur d’Idriss Deby qui a mis à sac et vendu à l’encan, les richesses minérales de son pays. De son côté, la Chine a effacé, en catimini, une partie (seulement) de la dette camerounaise.

En contrepartie de quoi, nul ne le sait. De tous les pays africains, le Cameroun est l’un des trois qui lui doivent le plus d’argent. Les Etats-Unis, quant-à-eux, viennent de mettre fin à une (petite) partie de l’assistance militaire qu’ils apportaient au régime.

Signe de choses plus graves et à venir? Pendant 36 ans, entre deux séjours en Suisse ou il aura dilapidé des centaines de millions de dollars de ses pauvres concitoyens en jouissances privées de toutes sortes, le satrape aura brutalisé les siens à huis-clos.

Au soir de sa vie, le pays dont il a hérité est au bord de l’éclatement. Le clan de sa jeune épouse, épaule par toutes sortes de sicaires recrutés à l’avenant, souffle sur les braises dans l’espoir de tirer les marrons du feu. Mais l’ère de l’ensauvagement à huis-clos est maintenant terminée.

Fred BIHINA