CAMEROUN :: CASSE-TÊTE CHINOIS À AKWA

Des commerçants camerounais accusent des ressortissants de «l’Empire du milieu» de concurrence déloyale.

Au lieudit « Marché chinois » à Douala, des véhicules et des mototaxis se dirigent à pas de tortue vers la rue qui relie «La douche municipale» au «Carrefour soudanaise». La circulation est paralysée le jeudi, 07 mars dernier créant un bouchon à Akwa. Un bouchon occasionné par des vendeurs à la criée et des éléments de la police municipale. L’embouteillage qui s’est formé sur cet axe, oblige les piétons à passer devant des galeries et à jeter un coup d’oeil sans même le vouloir, dans les magasins chinois installés le long de cette rue. Toutefois, la distance à parcourir évaluée à un kilomètre et demi, n’est pas aisée. Puisque des articles exposés à même le sol obstruent également le passage.

Selon des témoignages, les galeries ont été envahies à la suite d’un déguerpissement de la Communauté urbaine de Douala (Cud), il y a plus d’un mois. Au cours de cette opération, plusieurs commerçants installés sur les emprises de la voie publique, ont été contraints de les libérer. Mais, leur recasement n’a pas suivi. «Le délégué du gouvernement a demandé au bureau du marché de voir dans quelle mesure on pouvait trouver un espace pour les recaser. La Cud s’était proposée d’aménager ledit espace pour caser les commerçants déguerpis», fait savoir le vice-président de l’Association des commerçants détaillants des produits chinois (Ascodec), Maxime Nzoupet.

Selon les responsables du marché, près de 800 commerçants exercent au quotidien dans cet espace marchand. Les produits fabriqués à base du caoutchouc sont les plus commercialisés. L’histoire de ce marché qui au fil du temps, est devenu une référence dans la vente des chaussures, meubles et ustensiles de cuisines importés de Chine, est cependant méconnue du grand public. D’après Maxime Nzoupet, les activités commerciales ont démarré dans cette rue dans les années 2004. « Le marché en réalité a lancé ses activités dans les années 2004-2005 avec la présence des Chinois dans le secteur. A cette période, on avait un seul centre commercial. C’était au Cinéma Rex. C’est là où beaucoup de Chinois venaient se regrouper pour mener leurs activités. Progressivement, les Chinois ont été intéressés par l’avenue. Des Camerounais venaient acheter des marchandises pour revendre sur place, sans la moindre intention d’ouvrir des boutiques », relate-t-il.

Notre interlocuteur ajoute: « A cette époque, la route n’était pas bitumée. Il y avait des arbres partout. Le marché s’est ouvert avec les Camerounais qui venaient faire de la débrouillardise et des Chinois. Bien après, une première vague a été dispersée lorsque la Cud a voulu effectuer des travaux. Certains se sont repliés au marché Mboppi, d’autres ont définitivement arrêté l’activité et plusieurs ont fait d’énormes efforts pour avoir des magasins ». L’espace quant à lui a été rebaptisé « Marché chinois », par des habitants de la capitale économique du fait de l’affluence des citoyens de ce pays à cet endroit. L’autre raison étant le repérage du site. « Les gens ont rebaptisé cet espace ‘Marché chinois’ parce qu’il y a des Chinois qui exercent dans l’avenue. Et parfois c’est plus facilite de repérer le site. L’appellation était plutôt le ‘Marché de la douche’ », renseigne Maxime Nzoupet. Mais d’après l’adressage de la Cud, la rue a été dénommée « Avenue du 27 août ». Reste que cette dénomination est encore méconnue du grand public.

Vente en détail

Après quinze années d’existence, les commerçants camerounais et leurs homologues chinois, (estimés à une centaine) se regardent encore en chien de faïence. Le noeud du problème étant la « concurrence déloyale », qu’entretiendraient les marchands chinois qui occupent les trois quarts des magasins de cette avenue. Outre les incompréhensions très souvent enregistrées, les Camerounais se plaignent du fait qu’en plus des importations, les commerçants chinois font également dans la vente des produits en détail. «Nous voulons que la vente de demi-gros et de détail doit désormais être faite par les nationaux», implore Alexis Wabo, un commerçant installé dans cet espace marchand. « Actuellement, il y a d’autres Chinois qui ont instauré une règle. L’info claire et nette. Lorsqu’ils importent les marchandises, si leurs compatriotes ne sont pas encore servis, ils ne vendent pas aux commerçants. Ça nous dérange. Nous pensons que nous sommes là pour la même activité. Et que l’un est égal à l’autre », regrette un autre commerçant. Cette pratique a déjà été à l’origine d’un soulèvement des commerçants locaux en 2017. Nos tentatives d’entrer en contact avec les marchands chinois incriminés, ont été vaines. D’après des sources, le responsable de cette communauté et une bonne partie de commerçants, seraient rentrés en Chine pour prendre part à la célébration du nouvel an. Toutefois, Maxime Nzoupet affirme avoir saisi sa hiérarchie et dit désormais attendre l’arbitrage de la Cud. En attendant l’intervention des autorités, le désaccord continue à planer dans ce marché.