Cameroun Boko Haram : Gambarou reconquise, Fotokol respire

L’armée nigériane est entrée dans la ville le 31 août 2015.

«D’ici, nous n’avons pas entendu des tirs, donc pas de combats. Par contre, l’armée nigériane a effectué des bombardements dans les environs de la ville, les jours précédents. La ville était abandonnée à elle-même depuis le retrait des Tchadiens et elle est plus ou moins vide. Ce jour (Ndlr : 2 septembre 2015), nous n’avons établi un contact avec l’armée nigériane sur le pont El Beid». Le militaire camerounais qui s’exprime ainsi sur le poste avancé situé sur le fleuve El Beid qui sépare la ville camerounaise de Fotokol de Gambarou, est soulagé.

A Fotokol, tout le monde s’accorde à dire que les militaires nigérians ont pénétré dans les faubourgs de la ville, au soir du 31 août 2015. Et s’en réjouissent. Sans plus. «Au moins les tirs de roquettes qui venaient de l’autre côté et qui terrorisaient nos femmes et enfants vont cesser. Mais ici, ce qui fait le plus peur, ce sont les attentats, car la secte a encore les moyens de semer la terreur », affirme Hissène Bangoura, tenancier d’une échoppe au marché de Fotokol.

C’est au lycée de la ville, où des réfugiés nigérians en provenance de Gambarou et ses environs ont pris leurs quartiers, qu’un certain enthousiasme se dégage des discours. «Dès que la situation se stabilise, bien sûr que nous allons retourner aussitôt à Gambarou. J’ai appris que notre armée ratisse encore la ville pour notre propre sécurité et que dans quelques jours, on nous laissera rentrer chez nous.

Nous sommes heureux que ces terroristes aient été chassés de notre ville», se réjouit Aladji Baba, refugié au Cameroun depuis quelques mois. «Il faut évaluer les dégâts, et que notre gouvernement nous aide à reprendre une vie normale. Ils ont pillé tous mes biens, comment vais-je faire une fois retourné  ?», souffle son voisin.

Ce n’est pas la première fois  que Boko Haram est chassée de cette localité qu’elle a conquise le 25 août 2014, après une offensive éclair. Déjà le 30 janvier 2015, l’armée tchadienne avait enfoncé leurs lignes de défense à partir de Fotokol et pris le contrôle de la ville au terme de violents combats qui s’étaient soldés par la mort de 4 militaires tchadiens et de 123 combattants de Boko Haram. Puis, à la demande du gouvernement nigérian, les Tchadiens se sont retirés le 12 mars 2015 pour se redéployer au Cameroun, sans toutefois que l’armée nigériane n’occupe le terrain. C’est dans ce contexte que Boko Haram a repris pied, même si l’armée tchadienne s’autorisait de temps à autre des opérations coup de poings dans cette ville à partir de ses positions de Fotokol…

Aussi, pour nombre d’observateurs, la reprise de Gambarou par l’armée nigériane n’a-t-elle pas désorganisé le dispositif de Boko Haram qui, depuis la perte de Dikwa, avait fait le deuil de la ville pour concentrer ses forces à Sigal, Woulgo, Tchoukou-Goudo, Garal, Krenoa, Malawachi, Wirgué, Monguno, Baga… «La secte s’est redéployée en direction du lac Tchad où elle mène une activité meurtrière sans précédent, n’hésitant même plus à recourir aux chevaux pour terroriser la population.

Ce sera là-bas, la mère de toutes les batailles contre Boko Haram», confie une source militaire camerounaise. Toutefois, pour les armées camerounaise et tchadienne déployées dans la zone de Fotokol, la présence de l’armée nigériane de l’autre côté de la frontière va immanquablement impacter sur leur dispositif qui pourrait être considérablement allégé au profit des zones sensibles du lac Tchad, où pas une journée ne passe sans que la secte ne commette des exactions.

En dehors de l’aspect sécuritaire, la reprise de Gambarou fait d’autres heureux : les commerçants et les hommes d’affaires. L’axe économique Maïduguri- Mafa-Dikwa-Ngala-Gambarou pourrait rouvrir très prochainement et donner un bol d’air à l’économie de la région de l’Extrême-Nord, et même du Tchad, par lequel transitaient par le passé, une quantité de ses biens importés. Un optimisme qui n’est cependant pas partagé par tous. «Le retour à la sécurité va prendre beaucoup de temps. A moins d’organiser des convois de marchandises, cet axe pourrait bien ressembler à la nationale n°1 au Cameroun, entre Mora et Maltam, où les transporteurs payent un lourd tribut du fait des exactions de Boko Haram. Les armées doivent poursuivre leurs efforts pour en finir avec cette secte, véritable poison pour tous les secteurs de la vie humaine. Il faut l’éradiquer », explique ce commerçant installé à Kousseri et dont les camions de marchandises avaient été brûlés par Boko Haram à Gambarou, quelques heures après la prise de la ville par la secte.