Cameroun – Bernard Fokou: Un amour pour la ferraille

Parfois victime de tracasseries administratives, l’homme d’affaires originaire de Bansoa dans la Menoua, a étendu son business au-delà des frontières nationales.

Ceux qui ont connu la première quincaillerie Fokou, au quartier Mini-ferme, à Yaoundé, dans les années 80-90, savent que l’homme n’était pas milliardaire mais un commerçant déjà attrayant. Devant le modeste R+1 d’alors, il y avait toujours une file de clients. Et il avait dû utiliser le plein air à côté de l’église catholique de Djong Melen, pour stocker des matériaux, très sollicités par les adeptes de l’immobilier. 237online.com Assez curieusement, le boom de ses affaires est allé de pair avec la crise économique. Alors que l’argent était devenu rare, des magasins tentaculaires sont nés et son activité s’est diversifiée. Ceux qui croyaient y comprendre quelque chose expliquaient alors que dans une situation de rareté de l’argent, il avait accumulé des dettes de plusieurs milliards envers l’Etat, qu’un célèbre ministre des finances avait débloqué, moyennant la pratique des … 30%. D’autres ajoutaient que Bernard Fokou Foberd, n’était que le

prête-nom des pontes du régime, dont un général de gendarmerie originaire de l’Ouest et sédentarisé à la direction centrale de la coordination. N’empêche, la croissance de son chiffre d’affaires n’a pas eu besoin de démonstrations savantes. Vu de sa résidence de Bansoa-Mbri, cet homme discret, presque secret, a accumulé de l’argent. Ses premiers pas dans les affaires remontent au début des années 80. Selon des sources dignes de foi, il obtient l’exclusivité de la fourniture des restaurants universitaires en vivres frais. Les étudiants de l’Université de Yaoundé se souviennent certainement encore de « Ben le boucher », l’estampille de ces fourgonnettes qui venaient livrer les cuisses de dindon au « Resto U ». Il devient derechef un important fournisseur de l’Etat camerounais et dans les conditions de l’époque, un créancier patient. Selon le magazine Jeune Afrique, il parvient à faire transformer sa dette en Obligations du Trésor à coupon zéro, qu’il place ensuite auprès des banques. La somme récupérée serait très importante et facilitera la mise sur pied de cet empire spécialisé dans l’agro-
alimentaire et la construction.

Ben le boucher
Bernard Fokou est aujourd’hui propriétaire de plus d’une dizaine de sociétés spécialisées dans divers secteurs (agroalimentaire, métaux, construction…), notamment dans les segments de la fabrication et de la distribution. A titre illustratif, Foberd fait dans les Btp, Sofamac dans la plasturgie, Smalto dans la fabrication des peintures, Bocam la gestion des déchets,Oac dans le courtage, Sotrascam dans le transit, New Foods pour l’agroalimentaire, la Sctb dans la transformation du bois, Sofavinc et Emif dans la fabrication des boissons et spiritueux. Le groupe Fokou, patrimoine du milliardaire Bernard Fokou, est implanté dans de nombreux pays africains. Notamment l’Angola, le Gabon, la République Centrafricaine et le Tchad. Outre New Foods et Sofavinc, le groupe possède d’autres entreprises à l’instar de Codeco (Cosmétique et détergent du Congo), Sogem (Société générale des minerais), Sofapral (Société congolaise de fabrication de produits alimentaires) ainsi que Sfpal, une unité de production des matériaux de construction. Après l’expérience des Acieries du Cameroun, cet homme aux multiples casquettes envisageait il y a peu de mobiliser 30 milliards Fcfa pour le lancement prochain au Cameroun, d’une usine de transformation du fer à Kribi au sud du pays. La nouvelle société sera spécialisée dans la fabrication du fer à béton et d’autres produits dérivés du minerai. Une combinaison qui fera de lui un pilier sur le marché métallurgique africain. Si Joseph Kadji Defosso a éloigné ses fils Gilbert et Patrice de certaines affaires et qu’Yves Michel Fotso est en prison, Bernard Fokou compte sur sa progéniture pour assurer la relève. Ses enfants Trésor et Anicet gèrent d’importantes entreprises de son portefeuille. Il y a peu, le magazine panafricain Jeune Afrique faisait savoir que le groupe ne publie pas ses chiffres. Mais des chiffres indiquaient une récente augmentation
du capital social de certaines entités, de l’ordre de 1,396 milliard. L’acte notarié publié dans Cameroon Tribune il y a un an par Me Colette Tibagna Nyaabia indiquait que le capital des Aciéries passait de 2 à 2,5 milliards Fcfa, soit une hausse de 500 millions de Fcfa. Ceux de l’agroalimentaire New Foods et Sofavinc, spécialisée dans les bois et spiritueux, ont sons respectivement été portés de 9 à 655 millions Fcfa, soit une hausse de 646 millions et de 750 millions à 1 milliard Fcfa, soit 250 millions Fcfa. Plus important, les propriétaires ont procédé au changement du « montant du nominal de la part sociale pour le porter de 10 000 Fcfa à 100 000 Fcfa ». Un réinvestissement qui devait permettre à New Foods, Sofavinc et les Aciéries du Cameroun de conquérir davantage les marchés de la sous-région. Il n’y a pas meilleure preuve que les affaires marchent.