Cameroun, Bassesse : Voici la saison des motions de soutien

Le récent réaménagement du gouvernement est venu réveiller une curieuse manière de faire la politique chez nous.Pourquoi la Sopecam qui publie souvent des tomes de « L’appel du peuple » ne publierait pas « Le remerciement du peuple». Elle a une intarissable matière en ce moment.

Pas un seul jour sans qu’on entende cette litanie dans les médias publics. Cameroon tribune, journal gouvernemental, réceptacle privilégié de cette littérature surannée considère ces motions de soutien comme de l’information politique, en témoigne la rubrique dans laquelle, elles sont logées. Si depuis quelques temps, les rédacteurs de ces textes étaient en panne d’inspiration, Paul Biya vient de leur donner le prétexte, en réaménageant le gouvernement le 2 octobre 2015.

Comme une chanson, une partie entonne et tout le monde reprend et le pays tout entier chante en choeur les louanges d’un homme. Le chef de l’Etat gagnerait donc beaucoup à lire ces documents riches en informations. Il saura son bilan qui s’y est souvent dressé. S’il avait par exemple lu la motion des « forces vives des Bamboutos », il saura qu’il a déjà résorbé le chômage avec ses projets structurants. Il apprendra aussi des « élites de Ngoumou » que ses « grandes réalisations » se sont transformées depuis en « grandes concrétisations » et qu’il a engrangé des « succès diplomatiques », importants ces temps derniers, même s’il n’était pas à la dernière assemblée générale de l’Onu où le discours du Cameroun n’avait pas té lu, par ce que Moukoko Mbonjo qui devait le faire a été limogé deux heures avant. S’il veut savoir ce que pense le peuple de la lutte qu’il mène contre Boko Haram, il doit lire la même motion de soutien pour se rendre compte qu’il le fait avec « maestria ».

Bien plus lors du dernier réaménagement gouvernemental, il a fait preuve de « doigté ». Sur le même sujet, « les élites intérieures et extérieures, ressortissants de l’Ouest », y voient non pas de doigté, mais d’une « sagesse, mêlée à une haute vision politique ». La section Rdpc du Mayo-Danay Est lui apporte une information capitale. Cette partie du Cameroun jure « faire du Cameroun un pays convoité de tous » au lendemain de la nomination de Mounouna Foutsouo.

Mais en lisant ces motions, Paul Biya doit faire preuve d’indulgence surtout que les élites de Mefou et Akono constate qu’il a un esprit « paternel». Si non, il va se rendre compte que Loe Claude Melone signe deux fois dans la motion rédigée par les chefs supérieurs du canton Bakoko-Bassa et que ses camarades de Mefou et Akono lui ont rappelé par deux fois qu’il a nommé François Xavier Etoa comme recteur de l’université de Douala.

Considérant l’espoir du bitumage du tronçon Folap-Foyett… Aussi faut-il savoir que les signataires des motions de soutien n’attendent pas seulement des grands moments comme la nomination des ministres.

La parfaite illustration vient du village Foyett dans le Noun. « Considérant l’arrêté de monsieur le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation portant création d’un centre d’Etat civil à Foyett, considérant les dispositions prises en vue de l’organisation imminente d’un concours spécial visant le recrutement des élèves de la toute première promotion du Collège d’enseignement secondaire de Foyett, considérant la promesse tenue du bitumage de l’axe-Foumban et l’espoir du bitumage du tronçon Folap-Foyett ». Vous avez dit inspiration.

Les hommes de Dieu sont rentrés aussi dans la danse. Récemment, le Conseil des imams et dignitaires musulmans du Cameroun signe une motion de soutien de remerciement pour les mesures prises par Paul Biya après la bousculade de Mina. Avant eu, il y a eu la Jeunesse d’action protestante et évangélique, qui après la tenue de son 6éme congrès a rédigé une motion de soutien adressée à la même personne. Un détail, pas de moindre. Toutes ces motions s’achèvent par des prières à l’intention de Paul Biya, sa femme et ses enfants. Tous invoquent Dieu et Allah (c’est quoi la différence ?) à leur donner santé, sagesse et prospérité. Amen !