Cameroun: Aucune stratégie visible pour les routes

La tenue régulière du CONAROUTE ne change rien aux impérities d’un système fatigué.

D’année en année que le Conseil national de la Route réunit ses fonctionnaires et bureaucrates dans des sessions aussi démonstratives que celle-ci, tenue il y a trois semaines à Yaoundé auprès de Philémon Yang, pour étaler les mêmes constats d’impuissance et d’échec. 237online.com Dans le chœur central : un gouvernement passé maître dans la politique de l’autruche, qui multiplie les constats souvent dramatiques, sans oser faire l’aggiornamento sur ce qu’il fait, ce qu’il vaut, le contenu et le sens de ses pratiques et les dysfonctionnement qu’il lui revient à lui – et à personne d’autre – de devoir corriger. Et ce n’est pas Paul BIYA lui-même, qui soit le dernier à se scandaliser du résultat de cette mal-gouvernance systématique, lui qui fustigea pourtant avec rare virulence, dans un discours resté célèbre, prononcé le 31 décembre 2013, les nombreuses impérities de sa propre équipe de gouvernement. Un discours qui a

été suivi d’une terrible impuissance à en tirer des conséquences, un peu comme si, entre le corps du président et ses mots, s’était désormais établi un cloisonnement important qui donne à chacune des entités une autonomie propre, dénuée de tout sens dialectique et opérationnel. Dans le cas du Conseil national de la Route, une institution dont on se demande clairement à quoi elle sert, lorsque le Premier ministre en personne en constate, à chaque fois, la quasi inutilité. Cela, du fait notamment de son incapacité à agir pour corriger les nombreux dysfonctionnements et incohérences de la chaîne d’intervention sur le périmètre routier, au centre de laquelle le paiement des prestataires est progressivement devenu, un point central. Tous les intervenants de la filière le disent en effet : l’Etat ne paie pas ou paie très mal les opérateurs du secteur. Il les paie au compte-goutte, les paie après les avoir torturés d’humiliations bureaucratiques de toutes sortes, les paie après les avoir abusés en actes de corruption de toutes sortes, les paie à l’issue d’un cheminement de violence morale et de tortures, où l’arbitraire est la règle absolue de tout et de tous. Conséquence, aucune confiance entre les différents intervenants. Les banques ne sont aucunement disposées à accompagner lesdites entreprises, qui se remuent dont dans la boue de leur impuissance et se meurent en silence, sans jamais soulever l’émoi de personne. 237online.com Une question que tout le monde sait, mais autour de laquelle les responsables publics tendent de se dérober, se satisfaisant de bonnes intentions et de propos portés vers le vide. Ainsi, depuis le changement du monde de gouvernance du Fonds routier, le secteur du BTP est entré, au pays, dans une crise dont il ne sera pas en mesure de sortir avant longtemps. Fait significatif : une entreprise de la trempe de Ketch, pendant longtemps premier opérateur camerounais du BTP, s’est effondrée avec des impayés de l’Etat de l’ordre de 16 milliards F. CFA. Sans que cela ne gêne la moindre personne. Depuis sa prise de fonctions en octobre dernier en effet, Emmanuel NGANOU, le ministre institutionnellement en charge de la problématique routière, a multiplié les tournées sur le terrain, évidemment, sans résultats. Un peu comme si, dans ce grand cirque collectif, tout le monde avait subrepticement décidé de baisser les bras, et de laisser l’ensemble de l’architecture aller à la dérive.