Cameroun – Artisanat: Un secteur peu connu et sous exploité

Pourtant, il participe à environ 30% à l’économie du Cameroun.

Au Cameroun, l’artisanat est un secteur d’activité assez répandu. Pourtant, plusieurs personnes se déploient dans le secteur sans véritablement se reconnaitre comme étant artisan, le plus souvent par ignorance. Cette ambigüité s’observe également dans la perception que les populations ont de cette activité. En effet, pour bon nombre de citoyens, l’artisan est celui-là qui fabrique des chaises en rotin, qui tisse des paniers avec des feuilles de raphia ou qui fabrique des objets de décoration. L’activité de l’artisanat est très présente dans l’économie camerounaise.
La loi n° 2007/004 du 3 juillet 2007 régissant l’artisanat au Cameroun dispose en son article 1er que l’artisanat est constitué de l’ensemble des activités d’extraction, de production, de transformation, d’entretien, de réparation ou de prestations de service essentiellement manuelles et exercées à titre principal. S’agissant de ces métiers, la loi les regroupe en trois catégories : les métiers du secteur de l’artisanat d’art se caractérisant par la fabrication et la commercialisation d’objets ayant essentiellement une valeur esthétique et culturelle, et relevant une bonne utilisation des ressources naturelles ; les métiers de l’artisanat de production qui concerne la fabrication des biens d’usage courant, mais sans un recours à la standardisation industrielle ; les métiers de l’artisanat de service relevant de la distribution à une petite échelle de biens de nécessité courante, ainsi que la fourniture de petits services nécessaires à la vie ordinaire. Ces différents segments du secteur de l’artisanat se retrouvent dans diverses filières, notamment les filières images, édition et imprimerie, les filières bois, métaux, cuir et peau, pierre et roche, la filière construction de bâtiments et des travaux publics, etc. En bref, le ministère des PME a répertorié environ 200 filières de l’artisanat au Cameroun. Et le CNAC recense près de 40 000 artisans dans les 10 régions du Cameroun, répartis dans 300 groupes et associations.
PIB
D’après son rapport sur la « pauvreté et marché du travail au Cameroun en 2001 » l’Institut National de la statistique estime que l’artisanat emploie environ 25,4% d’actifs occupés au Cameroun, soit un peu plus de 70% des emplois du secteur privé non agricole. Sa contribution à la richesse nationale en 2004 est évaluée à un peu plus de 13% du PIB estimé à 7 583 milliards de FCFA, soit environ 18% du PIB du secteur privé non agricole, soutient-on à la Confédération nationale des artisans du Cameroun (CNAC). Selon Laurent Serges Etoundi Ngoa, il existait en 2013 environ 500 entreprises artisanales structurées au Cameroun. Celles-ci à en croire le ministre des PME ont généré 1,5 million d’emplois, contribuant ainsi de 20 à 40% dans le PIB national. Ces chiffres illustrent l’importance qu’occupe l’artisanat dans l’économie camerounaise.
Pourtant, certains experts font savoir que ces chiffres auraient pu être plus reluisants si ce secteur d’activité était mieux structuré. Selon les responsables du CNAC, malgré le déploiement du ministère en charge des PME, de la Chambre de commerce, ainsi qu’une centaine de structures d’appui sur le terrain, le secteur de l’artisanat au Cameroun demeure peu structuré et mal organisé. Il est même stigmatisé par certains observateurs comme étant un secteur fantôme eut égard au caractère précaire des entreprises qui le composent. Raison pour laquelle, malgré les chiffres révélés plus haut, les acteurs de ce secteur affirment qu’il est difficile de déterminer avec exactitude le nombre d’artisans qui exercent cette activité au Cameroun, à cause du flou qui entoure ce secteur.

Textes
Par ailleurs, la méconnaissance des textes organisant l’artisanat au Cameroun contribue à entretenir ce flou. Pourtant, comme l’affirme Dora Hortense Beondo Ngabela, déléguée départementale pour le Wouri du ministère des PME, l’économie camerounaise est essentiellement basée sur les métiers de l’artisanat. Un secteur qui malheureusement, reste dans l’informel. Pour le sortir de l’informel, la déléguée départementale du Wouri pour le Minpmeesa affirme que l’Etat a entrepris d’identifier les artisans qui exercent au Cameroun. Et, avec la décentralisation, les mairies sont chargées de faire ce travail. Une tâche qui, d’après les mairies n’est pas du tout facile à cause du manque de volonté des artisans à se mettre en accord avec la loi, à se conformer à une certaine règlementation. « Généralement, ces artisans sont réfractaires au paiement des taxes et tout autre frais, alors, ils préfèrent rester dans l’ombre », soutient un Conseiller municipal à la mairie de Douala 2. « Nous voulons actualiser la cartographie des artisans pour faciliter la communication entre les mairies territorialement compétentes et les artisans. Et ainsi, les aider à devenir professionnels, afin qu’ils migrent vers le formel et contribuent de manière efficace à la croissance de l’économie du pays », soutient Dora Hortense Beondo Ngabela.
Les experts sont unanimes à reconnaitre qu’au vu du potentiel énorme dont regorge le pays, ce secteur d’activité jouerait un rôle plus considérable dans l’économie, s’il était mieux organisé et si les artisans bénéficiaient d’un meilleur encadrement. Selon la Chambre de commerce, il n’y a pas encore une nomenclature codifiée pour avoir avec exactitude les chiffres dans ce secteur d’activité, notamment leur contribution exacte dans l’économie, et les exportations.

Exportations
Si l’artisanat peine à émerger au Cameroun, il y a cependant quelques artisans qui parviennent à tirer leur épingle du jeu. Ceux-ci explorent d’autres pays et vendent leurs produits à l’échèle mondiale.
C’est le cas de Roline Ndoube, la présidente d’African Women Arts, qui profite des opportunités offertes par l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) pour exporter vers les USA. Depuis 2003, cette dernière exporte des objets d’arts vers le pays de l’« Oncle Sam » et s’en sort plutôt bien. Toutefois, l’on apprend à la Ccima que très peu de produits de l’artisanat sont exportés à cause des différentes pesanteurs qui étranglent le secteur au Cameroun.