Cameroun : Après l’unité nationale Cap sur l’intégration

Le 4 février 1984, le passage de la « République Unie du Cameroun » à la « République du Cameroun » donne un coup d’accélérateur au processus du vivre-ensemble.

Le président Paul Biya, qui remplace Ahmadou Ahidjo, le premier président du Cameroun indépendant, accède au pouvoir le 6 novembre 1982. La Constitution du 20 mai 1972 établissant un Etat unitaire est alors en vigueur. C’est cette Loi fondamentale qui met fin à la République fédérale du Cameroun instaurée en 1961 suite à l’unification du Cameroun français et du Cameroun britannique.

La Constitution du 20 juin 1972 a été massivement approuvée par référendum et a marqué la fin du fédéralisme. La République fédérale du Cameroun est donc devenue la République Unie du Cameroun. Le régime est désormais fondé sur un système présidentiel de développement.

Deux ans après l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême, la dénomination du pays change de nouveau. En effet, le samedi 4 février 1984, Paul Biya signe et publie plusieurs actes importants. Le premier promulgue la loi portant modification de la Constitution. Aux termes de la loi promulguée, plusieurs articles de la Constitution du 20 mai 1972 sont modifiés.

Cette modification consacre le changement de l’expression « République Unie du Cameroun » qui devient, à compter de ce jour du 4 février 1984, « République du Cameroun ». Précisons que l’acte présidentiel changeant la dénomination du pays fait suite à une révision de la Constitution adoptée par l’Assemblée nationale.

C’est la deuxième fois que le pays prend ce nom, parce que la partie francophone avait déjà porté cette dénomination entre le 1er janvier 1960 et le 1er octobre 1961, date à laquelle il avait pris le nom de « République fédérale du Cameroun », suite à la réunification des deux Cameroun (anglophone et francophone).

Un changement de dénomination qui, cependant, n’aura pas une grande incidence sur le fonctionnement des institutions étatiques, d’après les politologues.

Cependant, soulignent-ils, il y a, audelà de l’aspect juridique de ce changement, une dimension politique importante. Le professeur des universités, Manassé Aboya Endong, affirme : « Il s’agissait pour le pouvoir du président Biya de marquer une rupture avec le régime précédent qui, jusquelà, avait fait de l’unité nationale son credo ».

En 1984, poursuit-il, « Paul Biya veut amorcer le chantier de l’intégration nationale, l’unité du pays ayant déjà été acquise à travers la réunification des deux parties du territoire.

L’étape vers l’intégration nationale signifie à partir de ce moment que chaque Camerounais doit se sentir chez lui là où il se trouve à l’intérieur du triangle national ». Le chantier de l’intégration nationale, pour le nouveau pouvoir, permet, selon le Pr Manassé Aboya Endong, d’effacer les barrières dressées par l’administration coloniale et d’articuler les ponts entre les différentes composantes sociologiques du Cameroun.

Un processus devant à terme déboucher sur la création d’une nation camerounaise constituée de populations plus soudées.