Cameroun : Alioune Tine «l’etat ne doit pas faire comme boko haram»

«Le dialogue que nous avons voulu avec les autorités camerounaises est franc. Amnesty International utilise un langage de dénonciation et si on venait à abandonner ce langage, on n’aura plus d’identité. C’est comme ça qu’il faut nous accepter. Ce n’est pas le langage diplomatique. Nous avons intitulé notre rapport «Bonne cause, mauvais moyens», c’est-à-dire une enquête de contestation de l’Etat.
Evidemment, l’Etat a l’obligation fondamentale de protéger les personnes ; de garantir l’existence de l’état de droit, les libertés fondamentales aux personnes ; et de ne pas faire comme Boko Haram. L’Etat le fait. Mais avec quels moyens ? Ce sont justement les moyens qui nous permettent de voir ce qui va et ce qui ne va pas. L’objectif de Boko Haram, c’est de détruire l’état de droit. Ses défis, c’est de détruire la société, les libertés fondamentales, de semer la confusion entre les gens, de dresser les uns contre les autres. Nous ne disons pas que l’Etat ne doit pas combattre.

Mais il faut le faire en respectant les conventions internationales, dans le respect de l’état de droit. Mais ce que nous avons constaté de façon globale, c’est que l’Etat instaure des situations ou des zones de non-droit. D’abord, le non-respect de la procédure judiciaire du début à la fin. Les arrestations se font de manière arbitraire.

Il y a des descentes dans les villages, où on arrête des gens, on les emmène, et leurs conditions de détention sont inhumaines. L’alimentation et l’eau dans les prisons posent problème. Le jour où Amnesty International va se rendre qu’il y a des progrès dans le respect des droits humains, nous saurons communiquer pour le signaler. Notre rôle fondamental est de rappeler que l’Etat a des obligations internationales et ne peut pas faire d’une partie du pays une situation d’exception, de non-droit».