Cameroun – Abdoul Karim: « Je vis de la mendicité depuis 33 ans »

Agé de 67 ans, il est lépreux depuis 43 ans et vit grâce à la générosité des Yaoundéens. Son nom est Abdoul Karim et son entourage l’appelle « kary ».

Il a 67 ans et est de nationalité malienne. Abdoul Karim est infirme et lépreux depuis 43 ans. De père lépreux, il a contracté la maladie à l’âge de 24 ans. Son entourage l’a amené consulter divers marabouts pour le délivrer de ce qu’il considère comme une malédiction lancée par un proche parent. C’est ce périple qui l’a conduit au Cameroun il y a 37ans. Mais, les marabouts n’ont pas pu le guérir. Et, la maladie petit à petit a continué à le ronger au propre comme au figuré. Aujourd’hui, Abdoul Karim n’a plus de doigts ni d’orteils. Il est mal voyant. Ses pieds frêles ne peuvent plus le porter. Sa famille l’a donc abandonné à son sort. Cette situation l’a conduit inexorablement dans la rue où il mendie. Abdoul Karim arrive à son « poste de travail » dès 6heure du matin et en repart à 23heures environs.

Il s’est installé au carrefour de la Poste centrale près de la trésorerie. Cette activité, il la mène depuis 33 ans déjà. Les passants lui donnent essentiellement les pièces de 50 et 100 frs Cfa. « Les plus généreux me donnent 2.000 frs Cf. » nous confie Abdoul Karim. « Le montant de la collecte varie selon les jours, mais dans l’ensemble, cet argent me permet de me nourrir et me loger. » Pour ce qui est de la santé, la charité ne lui permet pas de se soigner à chaque fois qu’il tombe malade. « Cela arrive très rarement », assure-t-il. Seulement, c’est le cas ce matin du 25 juillet. Le mendiant parle avec peine, se tord de douleur, vomit de temps en temps dans une rigole située près de lui. Il se plaint de coliques. Cette situation afflige son entourage qui se dit impuissant. Djouleyatou sa parente résidente au quartier Briqueterie à Yaoundé explique : « mon cousin souffre beaucoup. Nous n’avons pas de moyens pour le prendre en charge. C’est pourquoi il mendie. » Cette activité comporte des risques. « Nous sommes exposés à des intempéries, nous nous faisons raquetter pour les droits de places, et parfois, les agresseurs tentent de nous dépouiller. » Pour palier à ce phénomène, les mendiants ont près d’eux des « gros bras » qui restent discrets. Si l’occasion et les moyens lui étaient donnés, explique notre interlocuteur, il quittera sans regrets la rue.