Cameroun – 29 ans après Nyos : la vie renait après la tragédie

Une explosion de gaz carbonique du lac de la localité de Nyos fit environ 1750 morts  le 21 août 1986. Evocations d’une  catastrophe qui a suscité des débats  scientifiques.

Les populations qui se sentent rassurées reviennent progressivement s’installer dans le village Nyos qui a connu l’une des plus grandes catastrophes naturelles du Cameroun. Village dont le lac Lwi dégagea du gaz carbonique à travers  une puissante explosion dont l’effet s’était étendu sur un rayon de 10 km. En effet,  les populations  reviennent progressivement s’installer dans le village grâce à l’opération de dégazage. Pour éloigner le risque d’une nouvelle explosion, le gouvernement et ses partenaires se sont engagés dans des projets de sécurisation et de viabilisation des alentours du lac Nyos.  Les travaux de sécurisation et de viabilisation sont soutenus par des partenaires dont l’Union européenne (Ue). Des travaux concernent aussi le renforcement du barrage naturel qui retient les eaux du lac, afin  d’éliminer les  risques liés à sa rupture.

Soutien des missionnaires et solidarité  internationale
Par rapport aux risques d’écoulement du barrage, il est prévu la construction d’un

déversoir.  Avec ses partenaires, le gouvernement œuvre aussi à la construction des écoles, des salles de classe, des points d’eau potable,  à l’installation des moulins à écraser. Mais également  à la création  des champs  communautaires  et à l’aménagement  de la voie d’accès au site et à l’accompagnement à la réinstallation des populations. Pendant près de trois heures, le gaz mortel  décima dans la nuit du  21 août 1986, à partir  de 21h30 mn tous les êtres vivants excepté les plantes. Le gaz carbonique s’était  élévé jusqu’à une altitude de 120 mètres au-dessus du niveau de l’eau du lac, avant de s’abattre sur les villageois et leurs animaux. Ce gaz carbonique  causa la mort d’environ 1750 personnes et de 4 000 têtes de bétail,  selon plusieurs sources.
Parmi les victimes, des fonctionnaires en vacance et leurs enfants. Un commissaire de police en service à Bonanjo, à Douala, à l’époque y avait péri avec trois de ses enfants et sa belle-mère. Nyos et trois autres villages voisins avec leurs habitants avaient été directement touchés par la tragédie.  4434 survivants avaient été recensés et évacués loin de la zone sinistrée. La plupart des survivants étaient des enfants. Les survivants avaient bénéficié des premiers secours et d’un soutien inestimable des missionnaires catholiques du département  de Wum. C’est grâce à ces missionnaires que l’information a rapidement circulé au pays et à l’étranger. Ce qui avait permis de mobiliser l’aide de la communauté nationale et internationale. Des messages de condoléances fusaient de partout.

Thèse limnique contre éruption volcanique
Ainsi que des aides et de secours comprenant des tonnes de médicaments, des milliers de couvertures, des centaines de lits de camps, de tentes, d’équipements divers, de l’argent et  des vivres. Mais aussi des ressources humaines : des experts, des médecins et  des infirmiers.  Un comité national de réception et de gestion des secours d’urgence avait été créé et installé. Les rescapés avaient été recasés dans des camps construits à Buabua, Ipalim, Yem Ngeh, Esu, Ukpwah Waindo, Kimbi I, Kimbi II, Kumfutu I, Kumfutu II. Dans un premier temps, 432 maisons furent bâties pour accueillir dans les neuf sites 1870 personnes déplacées. Sous l’égide de l’Unesco, une conférence internationale scientifique  se tint  à Yaoundé du 16 au 21 mars 1987. Il ya eu la bataille intellectuelle opposant  les partisans  de l’éruption volcanique à ceux de la thèse  limnique.
La thèse vulcanologique défendue par le célèbre vulcanologue français Haroum Tazieff avait été battue en brèche par son confrère camerounais, le Pr. Félix Tchoua. Expliquant le facteur déclencheur de l’explosion,  le Pr. Félix Tchoua  avait fait remarquer  que l’explosion survenue au lac Nyos provenait de la saturation des eaux en gaz carbonique : « Aucun indice de terrain ne permettait de penser qu’il s’agissait d’une éruption volcanique. Une force mécanique externe aurait perturbé l’équilibre physico-chimique des eaux du lac. Nous pensons à des ébouliments des berges du cratère qui, pénètrant dans le lac, ont créé des zones de dépression, zones de moindre résistance… », avait  ajouté  le Pr. Félix Tchoua. Toujours sur les  causes de l’explosion de gaz,  Gregory Tanyileke de l‘Institut de recherches géologiques et minières avait donné  une explication similaire dans un  entretien accordé à Rfi il y a une
dizaine d’années.

Zone à risque …
Gregory Tanyileke  avait souligné que  « c’est le gaz carbonique qui est à l’origine de la catastrophe, mais on n’arrive pas à comprendre le mécanisme qui a provoqué l’explosion de ce gaz qui est stocké au fond du lac et c’est là où il y a un problème. Mais il y a plusieurs paramètres comme les tremblements de terre, les glissements de terrain, les phénomènes climatiques qui sont susceptibles de déclencher ce type de phénomène. Avant la catastrophe, on n’avait aucune donnée scientifique sur le lac », avait noté cet expert de l‘Institut de recherches géologiques et minières : « On ne peut pas parler de zone sécurisée pour le moment tant que le gaz est entier dans le lac. Mais,  ce qu’on a mis en place comme mesure de sécurité nous rassure. Pour le moment si on continue les opérations de dégazage à long terme les gens pourront revenir ici », avait déclaré le géologue à Rfi.