Brimée, La veuve d’un Français s’en remet a François Hollande

Florence Ngo Ngambi veuve Robert Billard. Le refus de visa l’a empêchée de se rendre au chevet de son époux malade, de s’incliner sur la tombe lorsqu’il a succombé à la maladie et aujourd’hui, toujours bloquée au Cameroun, de défendre ses droits devant la justice française.

Cinq ans après le décès de son époux, Florence Ngo Ngambi veuve Robert Billard ne peut toujours pas s’incliner sur sa tombe de son défunt mari à Vouziers, dans le Nord de la France. Le long combat qu’elle mène pour le faire l’a épuisée, écrasée, éreintée mais elle s’accroche, résolue à ne pas laisser le plaisir de l’abandon à ceux qui l’ont brutalement coupée de son défunt mari.

La dernière fois que cette Camerounaise a vu Robert Billard c’était en 2007, alors que celuici s’envolait pour la France, deux semaines après leur mariage devant un officier d’état civil à la mairie de Yaoundé IV.

Une séparation difficile mais nécessaire.

Tous les deux étaient impatients de se retrouver en France une fois achevées les formalités administratives indispensables, notamment, la transcription du mariage sur les registres de l’état civil français, l’union ayant été célébrée au Cameroun.

Cet au revoir va cependant brutalement se transformer en séparation définitive. Le rêve d’une idylle va virer au cauchemar. Huit longues années après cette séparation à l’aéroport, après ce jour où le destin de Florence va basculer, les images défilent encore dans sa tête. Le visage de Florence Billard aux traits dévastés par l’épuisement porte encore les marques de l’incompréhension.

« Pourquoi cette méchanceté ? » souffle-t-elle, sans la moindre illusion d’obtenir une réponse qu’elle n’attend d’ailleurs plus. Convaincue d’être victime d’une abominable machination qui l’a tenue deux ans loin de son mari cloué par la maladie sur un lit d’hôpital à Vouziers en France. Et qui l’empêche aujourd’hui encore de s’incliner sur sa sépulture pour un hommage à l’homme qu’elle a aimé, dont elle a partagé la vie.

Florence Ngo Ngambi est une camerounaise qui a choisi l’immigration en Europe. Où elle arrive puis s’installe en France. Son chemin croise celui de Robert Billard, un Français dont elle tombe amoureuse. Au bout d’une histoire finalement ordinaire, les deux décident de partager l’appartement du Français à Vouziers.

En novembre 2006, décision conjointe est prise, pour un Pacte civil de solidarité (Pacs). Une attestation leur est délivrée en bonne et due forme le 28 novembre 2006 par le Tribunal d’instance de Vouziers.

Le Français a alors 63 ans et la Camerounaise 36 ans. Rappelons que dans le droit français, le Pacs est un contrat conclu entre deux personnes, qui a pour objet d’organiser leur vie commune.

Pacte civil de solidarité

Ce contrat signé, le couple ne s’en satisfait pas vraiment. 11 mois plus tard, le 27 octobre 2007, Florence Ngo Ngambi et Robert Billard décident de célébrer leur mariage au Cameroun. Leur choix se porte sur la mairie de Yaoundé IV où Albert Marc Ebanda, 2ème adjoint au maire et officier d’état civil unit légalement les mariés. Robert Billard peut donc retourner en France attendre sa nouvelle épouse. Celle-ci ne le rejoindra jamais. Et tout s’emballe.

Quelques mois après son retour en France, au mois de juin 2008, le nouveau marié tombe gravement malade, un accident vasculaire cérébral,selon nos informations. La pire des choses qui pouvait arriver à la Camerounaise. Les formalités de transcription étant encore en cours, son retour en France se
complique.

La précipitation des évènements fait qu’elle est obligée d’initier une première demande de visa en décembre 2008 qui est sanctionné d’un refus. Impuissante, elle se contente d’un soutien téléphonique au rythme de deux fois par semaine, qui permet à son époux de s’accrocher à la vie et de participer activement à sa rééducation, atteste l’assistante sociale, Gina Laplace, pour essayer de faire fléchir les autorités consulaires françaises à Yaoundé. Celle-ci insiste d’ailleurs sur le fait que M. Billard a besoin de son épouse : « Il est très clair sur le fait qu’il réclame sa femme à ses côtés. Il a besoin d’elle tant sur le plan psychologique (ce qui est très important pour la poursuite de son rétablissement) que sur le plan matériel.

En effet, il est hébergé dans un établissement pour personnes âgées dépendantes dans la mesure où aucun retour à son domicile ne peut être envisagé sans la présence de son épouse à ses côtés puisqu’il ne peut assumer seul certains actes essentiels de la vie », implore l’assistante sociale dans une attestation signée à Reims, le 1er juin 2009. L’imploration de la spécialiste de l’action sociale spécialisée n’émouvra pas les services consulaires.

Un an plus tard, le 4 juin 2010, Robert billard qui n’obtiendra finalement pas à son chevet la présence de son épouse décède.

Sous le choc, Florence Ngo Ngambi apprend la terrible nouvelle. Elle est à quelques heures seulement de la France, mais ne peut pas bouger, faute de visa.

Le 25 août 2010, Florence Ngo Ngambi désormais veuve Robert Billard revient à la charge. Elle dépose auprès des services compétents de l’ambassade de France à Yaoundé, un nouveau dossier de demande de visa. Elle veut se rendre à Vouziers, pour sacrifier à un rituel, s’incliner sur la tombe de son défunt mari. Nouveau refus.

Elle adresse alors un courrier de protestation à l’ambassadeur de France. Le 8 avril 2011, Bruno Gain lui répond :« Par courrier du 24 février 2011, écrit l’ex-ambassadeur, vous avez bien voulu attirer mon attention sur les refus de visas qui vous ont été opposés à plusieurs reprises. Je vous précise que toute demande de visa long séjour est soumise à la décision de la Sous direction des visas du ministère des Affaire étrangères et européennes auquel ont été transmis l’intégralité des éléments constitutifs de votre dossier et qui connait parfaitement votre situation. Eu égard à ces antécédents, et dans l’hypothèse où vous souhaiteriez néanmoins déposer une nouvelle demande de visa, notre administration centrale devra obligatoirement être consultée en vue de statuer sur cette requête», prévient le diplomate.

Une source au ministère français des Affaires étrangères nous confiait déjà (voir Le Jour du 14 juillet 2010) que «c’est la sous-direction des Visas au ministère français des Affaires étrangères qui a demandé le refus de visa à Florence Ngo Ngambi ». Cette source précisait que « c’est le prototype du dossier pourri. Elle veut utiliser l’absence de faculté de son époux pour entrer en France», confiait-elle.

Certificat de capacité à mariage

Pourtant, le consulat général de France à Yaoundé a bien délivré à Robert billard, le 25 octobre 2007, deux jours avant le mariage célébré à Yaoundé, un « certificat de capacité à mariage d’un Français ». Il est précisé dans ce document classique qui porte en référence : Pub Yaoundé 2007 00191 « qu’il n’existe, à notre connaissance, aucun empêchement légal à l’union projetée », précise le certificat de capacité qui remet du coup en cause l’idée de l’absence de faculté.

La transcription du mariage sur les registres de l’état civil français a été faite depuis le 5 août 2008 et copie de l’acte a été délivrée le 22 juin 2010 à Nantes en France, selon procédé informatisé.Une pièce dont Mme Billard est détentrice désormais, grâce aux bons soins de son avocat constitué en France.

Le refus de visa est doublement pénalisant, hurle-t-elle depuis le décès de son époux. Car l’autre problème qu’elle doit affronter, à distance, est ce procès qui l’oppose en France aux enfants de son défunt mari, au tribunal de grande instance de Charleville Mézières. Robert Billard a deux enfants issus d’un premier mariage.

L’un a assuré la tutelle mise en place par ordonnance du juge des tutelles de Sédan, suite à l’accident vasculaire cérébral de M. Billard. Il en a profité pour lancer une procédure d’annulation du mariage de son père, pendant sa maladie, classée sans suite le 02 mars 2009. Il refuse de faire parvenir à la Camerounaise le dossier de tutelle de son époux et retient des papiers administratifs relatifs à son mariage qu’il s’est fait transmettre en tant qu’administrateur légal sous contrôle judiciaire.

Raison pour laquelle elle a dû solliciter l’ouverture judiciaire de la succession de son époux, elle mentionne des immeubles, notamment une maison à Vouziers, des avoirs numéraires sur comptes bancaires et livrets A et des titres pour un montant de plusieurs centaines de milliers d’euros. Elle admet d’ailleurs son incapacité à déterminer avec précision ce patrimoine, n’ayant pu avoir accès au compte de gestion de la tutelle et demeurant, malgré elle, hors de France.

Nous avons tenté en vain de joindre au téléphone le fils de Robert Billard avec message laissé dans sa boîte vocale. Mais d’après nos informations, à la requête d’ouverture judiciaire de la succession initiée par l’avocat de la Camerounaise, le fils de Robert Billard a déclaré devant le juge que le mariage de Florence Ngo Ngambi avec son père est blanc et donc nul, « le couple n’ayant notamment jamais eu de communauté de vie et le mariage ayant été célébré en secret, loin de toute la famille. » Il a ajouté que Florence Ngo Ngambi n’a eu dans cette union qu’un « intérêt matériel »

Mais le jugement rendu le 7 juin 2013 par la première chambre civile du tribunal de grande instance de Charleville Mézières, affaire n° 11/00082 tranche que la nullité du mariage invoquée n’est pas prouvée et que « Madame Ngo Ngambi peut prétendre à la qualité d’héritier de Monsieur Robert Billard en sa qualité de conjoint survivant. » Le tribunal a ordonné l’ouverture des opérations de compte, liquidation et partage de la succession et a désigné un notaire pour le faire.

Un expert a été désigné pour déterminer la liste des biens mobiliers et immobiliers dépendant de la succession. Du rapport de cet expert dont Le Jour a pu se procurer copie, transparait la disparition d’une partie de ce patrimoine. Ce qu’elle redoutait.

Ses démarches judiciaires se poursuivent avec notamment cette ordonnance du juge de la mise en l’état du tribunal de grande instance de Charleville Mézières rendue le 10 avril dernier qui se déclare incompétent pour ramener dans la masse successorale des biens ayant fait l’objet de donation partage aux enfants de M. Billard alors que celui-ci était déjà malade.

Le feuilleton judiciaire se poursuit, tandis que la Camerounaise est dans l’incapacité d’aller en France pour défendre ses intérêts menacés.

Enorme préjudice

En fait, Florence Ngo Ngambi, sans papiers, ne pouvait retourner sur le territoire français après son mariage, sans la transcription de celui-ci. Ce qui a été fait le 05 août 2008. Ce papier administratif clé est l’un de ceux que l’administrateur légal, le fils de M. Billard, s’est fait transmettre et qu’il a délibérément retenus, coupant ainsi toute possibilité à la femme de son père de pouvoir retourner en France.

Nous avons joint hier au téléphone, à Reims, l’assistante sociale, Gina Laplace, par ailleurs nièce de Robert Billard. Elle est constante dans ses propos : « Florence Ngo Ngambi a vécu avec mon oncle qui l’aimait beaucoup. Un jour elle a été contrôlée dans un train avant de se faire expulser. Mon oncle qui l’aimait beaucoup et qui jouissait, je confirme, de toutes ses facultés mentales, l’a suivie au Cameroun pour l’épouser afin de la faire revenir en France. 
Après son séjour au Cameroun, il est rentré joyeux montrant fièrement les photos du mariage à ses proches. C’est dommage, tant que mon oncle vivait, il n’y avait aucun problème entre ses enfants et sa femme. Les rapports se sont dégradés quand il est tombé malade avec une escalade quand il est mort. »

La veuve Billard ne nie pas vouloir profiter du passage de François Hollande au Cameroun pour tenter d’attirer l’attention sur ses déboires : « Malgré les lettres d’invitation de la sœur de mon mari, l’attestation sur l’honneur que l’assistante sociale a envoyée, la lettre de la fille de mon mari pour que j’aille à son chevet, le consulat n’a pas bougé d’un pouce. Ils m’ont torturée pendant deux ans alors que tous les papiers étaient là [NDLR la transcription du mariage dans le registre de l’état civil français depuis le 5 août 2008 tandis que M. Billard malade réclamait son épouse].

Mon mari m’a attendue pendant deux ans avant de mourir. Je n’ai pas vendu de la drogue, ni posé une bombe.Je lance un appel fort au président français, parce que la France c’est une référence en matière des droits de l’homme, pour que justice soit faite et que je puisse avoir un visa pour assister aux audiences
du procès qui m’oppose aux enfants de mon mari. J’ai subi un énorme préjudice.»