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Boko Haram: la traite des otages?

Boko Haram: la traite des otages?

Samedi le 11 octobre dernier, 27 otages chinois et camerounais ont été libérés, proprement, sans effusion de sang ni raid des forces armées camerounaises. Cette prouesse mériterait un prix Nobel de la Paix si le trafic des otages dans le Nord du Cameroun n’était à ce point devenu une activité économique saisonnière.

Le 16 mai et le 27 juillet, des Chinois dans un premier temps, et des Camerounais (femmes,enfants, autorités traditionnelles) plus tard ont été kidnappés dans une folie meurtrière qui n’a pas fait de quartier des civils et des militaires camerounais. Ces enlèvements se sont faits dans le feu, le sang et la barbarie la plus insupportable.

Aujourd’hui les libérations se font de manière concertée, tranquille, presque pacifique, sans que le paiement d’une rançon ne soit annoncé auprès d’une agence de presse, sans que non plus, au préalable, aucune publicité des spectaculaires enlèvements n’ait été revendiquée dans les réseaux sociaux.

Dans son « discours de réception » des ex-otages, le président camerounais, un brin triomphaliste et fort de ses succès commerciaux avec Boko Haram, s’est senti pousser des ailes au point de promettre l' »éradication » de cette organisation islamiste.

La presse privée camerounaise est plutôt unanime sur le probable versement d’une forte contrepartie financière évaluée à 4.000.000 (quatre millions) de dollars. Après les enlèvements suivis de libération de la famille Moulin-Fournier, ceux du père Vandenbeusch, ou ceux des deux prêtres italiens et de la religieuse canadienne, il s’est établi une sorte de tradition du dialogue, avec des codes parfaitement maîtrisés entre les preneurs d’otage nigérians et les payeurs de rançon camerounais, au point de donner le sentiment que le Cameroun fait la guerre en négociant. Le Cameroun a l’air d’un allié objectif de Boko Haram. A supposer que les enlèvements soient bien le fait exclusif de Boko Haram.

Ces « libérations » sont parfois présentées comme des succès militaires camerounais, ainsi en est-il allé de la libération des religieux italiens et canadienne. Et cette aisance des autorités camerounaises à négocier la liberté des otages est, à vue d’œil, une bombe à retardement qui ne manquera pas dans les années à venir de nous livrer son gros lot de scandales.

Ici, la justice, l’armée ou les négociateurs ne s’autorisent jamais un droit de hot pursuit; les soldats morts lors des différents kidnappings n’ont jamais droit à aucun hommage. Yaoundé doit clarifier, pour tous, les termes de ce commerce honteux avec des ravisseurs qui se gobergent sur le dos du contribuable camerounais.

 

 

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