Bilinguisme, répartition des universités d’Etat, redevance audiovisuelle … : Le gouvernement répond aux députés

Ces sujets et d’autres étaient au centre de la séance de questions orales vendredi dernier à l’Assemblée nationale.

Sur le bilinguisme dans le système éducatif camerounais 

Ils étaient trois membres du gouvernement à répondre aux interrogations du député SDF, Cyprian Awudu Mbaya, du Donga Mantung Centre. Youssouf Hadidja Alim de l’Education de base, Louis Bapès Bapès des Enseignements secondaires, et Jacques Fame Ndongo de l’Enseignement supérieur. Les deux derniers ont alternativement répondu dans les deux langues officielles du Cameroun. Louis Bapès Bapès a fait savoir que la promotion du bilinguisme est faite par le biais des inspecteurs de pédagogie chargés de la promotion du bilinguisme. Il a ainsi indiqué que son département ministériel œuvre au quotidien à la promotion du bilinguisme par un ensemble de mesures, dont l’institution du programme éducatif bilingue par une circulaire prise en 2008. L’institution d’une journée du bilinguisme ; l’institution du bilinguisme lors des différentes rencontres organisées par son département ministériel ; l’institution d’un programme radiophonique en français et en anglais, de même que le « Secondaire magazine » publié par le ministère des Enseignements secondaires l’est dans les deux langues officielles du pays. Tous les communiqués publiés par son département le sont en français et en anglais.

Quant au Pr. Jacques Fame Ndongo de l’Enseignement supérieur (Minesup), il a souligné que son département ministériel a toujours fonctionné en respectant le caractère biculturel du Cameroun : « Je fais tout ce qui est possible pour assurer que mon département ministériel pratique et protège la Constitution du Cameroun en son article 1, notamment dans le caractère bilingue de notre pays ». Ceci est fait également dans les nominations qui concernent ce département ministériel, a relevé le ministre de l’Enseignement supérieur. Jacques Fame Ndongo a souligné que les autres documents rendus publics par son département ministériel le sont dans les deux langues officielles du Cameroun.

Quant à Youssouf Hadidja Alim, elle a indiqué que la promotion du bilinguisme constitue, en effet, l’une des missions assignées à son département ministériel. « Cette mission est conforme aux dispositions de la loi fondamentale de 1996 et de la loi d’orientation de l’éducation du Cameroun de 1998 ». Pour mener à bien cette mission, le ministre a indiqué que son département ministériel a élaboré une stratégie de promotion du bilinguisme qui repose sur l’introduction de celui-ci dans les programmes scolaires et son « insertion parmi les disciplines inscrites aux examens du CEP et du First School Living Certificate, la formation initiale et continue du français en zone anglophone et de l’anglais en zone francophone ». Ce à quoi il faut ajouter la célébration de la journée du bilinguisme chaque année, la distribution gratuite des manuels de français et d’anglais dans les écoles. « Des mesures sont régulièrement prises pour que tous les documents et actes de mon département ministériel soient régulièrement disponibles dans les deux langues… ».

La gestion des ressources humaines au Minesec.

Répondant au député RDPC Paul Danata de la Kadey à ce sujet, Louis Bapès Bapès a indiqué que « des prérogatives ont été transférées aux  gouverneurs de région qui sont compétents pour veiller à la répartition équitable des personnels dans leurs circonscriptions, ceci en collaboration avec nos délégués régionaux ». Un principe de déconcentration, qui n’empêche pas un droit de regard de l’administration centrale qui veille au principe de l’équité en matière d’éducation.

Sur l’abandon des postes de travail par les enseignants à l’Est.

A la préoccupation du député Paul Danata qui s’inquiétait de la montée de ce phénomène dans les zones de conflit à l’Est, et qui serait favorisé par les délégués régionaux de l’Education de base, Mme Youssouf Hadidja Alim a indiqué que : « la région de l’Est qui est une zone d’éducation prioritaire à l’instar de celles de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua, a toujours bénéficié de la sollicitude du gouvernement dans tous les domaines et en particulier dans le sous-secteur de l’éducation de base ». Ainsi, lors du premier programme de contractualisation des instituteurs, « la région de l’Est a reçu 2 737 enseignants au regard de l’importance de sa carte scolaire ». En 2010-2011, « la région de l’Est comptait 244 écoles maternelles pour 16 889 élèves. Soit un ratio d’un enseignant pour 29 élèves. Au niveau de l’enseignement primaire, on dénombrait 877 écoles pour 213 000 élèves. Soit un ratio d’un enseignant pour 59 élèves. » De façon globale, on dénombre 407 établissements dans l’enseignement maternel pour 20 724 pour un ratio d’un enseignant pour 22 élèves alors que dans le primaire, l’on compte 1001 établissements pour 251 059 élèves. Ce qui donne un enseignant pour 60 élèves. Les enseignants sont mis à la disposition des délégations régionales par l’administration centrale. « Ces derniers mois, avec les problèmes d’insécurité qu’ont connus certaines régions, dont l’Est, nous avions observé des déplacements du personnel enseignant. Ce qui est une situation très difficile pour notre département ministériel », a fait savoir le ministre de l’Education de base. Youssouf Hadidja Alim a néanmoins relevé que des équipes sillonnent cette région pour veiller à la stabilisation du personnel pour lutter contre l’absentéisme. Des mesures ont, par ailleurs, été prises pour leur faciliter la tâche, avec notamment l’assignation des salaires des enseignants aux postes comptables les plus proches de leur lieu de travail et l’automatisation des avancements.

Sur l’importance du livret médical pour l’élève et l’usage fait des recettes issues de la vente de celui-ci.

Louis Bapès Bapès, répondant aux préoccupations du député RDPC Pierre Mgbatou du Mbam-et-Kim, a indiqué que le livret médical « est un outil important et incontournable pour le suivi médical des élèves. Il permet à l’équipe éducative d’avoir des réactions efficaces en cas de problème ».

« Face à la recrudescence des phénomènes de transe en milieu scolaire et les décès d’élèves survenant lors des épreuves d’EPS, pour éviter des troubles à l’ordre public, la présidence de la République m’a instruit de trouver, de concert avec mon collègue de la Santé publique, les voies et moyens pour juguler ces phénomènes. Des différentes concertations, il est apparu que l’organisation des visites médicales systématiques et régulières au bénéfice des élèves était la solution idéale à ce problème. Dès lors, l’instrument approprié pour la collecte des informations médicales fiables et propres à chaque élève s’est avéré être le livret médical ».

Sur sa gestion, « il coûte 1 000 F répartis comme suit : 300 F pour l’équipe médicale, 100 F pour le chef d’établissement, 50 F pour le délégué régional des Enseignements secondaires, 50 F pour le délégué départemental pour le colisage, la coordination et la supervision des visites médicales. Les 500 F restants reviennent au promoteur agréé pour amortir les charges liées à la production et le transport des documents en direction des délégations régionales. Les 1 000 F du livret sont budgétisés lors de la présentation du budget de l’établissement » a,  fait savoir Louis Bapès Bapès.

Sur l’absence d’université d’Etat dans la région de l’Est.

Interpellé par le député Paul Danata sur la question, le ministre de l’Enseignement supérieur, le Pr. Jacques Fame Ndongo, a souligné que « l’Est ne saurait être perçue comme une région à part. C’est une région à part entière au regard de l’intérêt constant et soutenu que le chef de l’Etat, S.E. Paul Biya, lui accorde depuis son accession à la magistrature suprême ».  S’agissant de l’enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo a relevé que le chef de l’Etat « est en train de prendre des dispositions appropriées pour la création par décret présidentiel de l’université de Bertoua, en tant que de besoin ». Ceci devrait également se faire pour les régions du Sud et du Nord, qui ne sont pas encore dotées de ces structures. Toutefois, le Minesup a annoncé que « dès le 15 septembre 2015, et ce conformément à une résolution du Conseil d’administration de l’université de Yaoundé II-Soa en sa session du 10 avril 2015, la ville de Bertoua abritera un campus annexe de la faculté des Sciences juridiques et politiques de l’université de Yaoundé II Soa, afin de déconcentrer ladite faculté qui compte en 2015-2016, 26 875 étudiants, parmi lesquels près de 1 000 viennent des établissements secondaires implantés dans la région de l’Est ». Il en sera de même à Ebolowa dans le Sud. Les locaux sont déjà disponibles, grâce à la diligence du ministre des Enseignements secondaires. « Il en sera de même pour Garoua qui bénéficiera aussi d’un campus annexe de l’université de Ngaoundéré dont la faculté de sciences juridiques et politiques compte déjà plus de 7 000 étudiants ». Il a, par ailleurs, fait savoir qu’une formation en capacité en droit est assurée à Garoua et à Bertoua, sous l’autorité de l’université de Ngaoundéré.

Sur la sécurité alimentaire 

Répondant aux préoccupations du député SDF Mbanya Bolevie Petnga de Kumba Centre urbain, sur la distribution des semences, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), Essimi Menye, a relevé que son département ministériel a amélioré l’offre en semences de maïs et de riz, « ce qui a induit une augmentation de la production en céréales sur l’ensemble du territoire national. On est passé, pour le cas du maïs, dans la région du Sud-Ouest, de 34 tonnes de semences en 2013 à 200 tonnes à ce jour. Dans les trois régions septentrionales, et pour la même période, on est passé de 36 tonnes à 2 000 tonnes ». L’heure est aujourd’hui à la recherche des financements pour la construction des magasins de stockage de ces semences, a indiqué le Minader. Essimi Menye a rassuré le député Paul Danata sur sa présence prochaine dans la région de l’Est où il compte encore procéder à la distribution de semences et autres effets de travail.

Sur la contribution au CFC, au FNE, la redevance CRTV 

Interpellé par le député RDPC Barnabé Eloundou de la Lékié-Ouest, sur le montant global recouvré et reversé au Crédit foncier, au Fonds national de l’Emploi et la redevance en faveur de la CRTV, le ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey, s’est voulu clair : « Pour la période de 2000 à 2015, la situation des recouvrements fait état d’un montant de 94 milliards pour la CRTV, 34 milliards pour le FNE et 106 milliards pour le Crédit foncier du Cameroun ». Il a rappelé que la loi N°77/10 du 13 juillet 1977 a institué des taxes appelées contributions au Crédit foncier du Cameroun, dont l’objet est d’apporter un concours financier à la réalisation des projets de promotion de  l’habitat. Sur les fonds reversés à chaque organisme, Alamine Ousmane Mey a fait savoir que le FNE, de par la loi N°77/10 du 13 juillet 1977, « bénéficie également d’une contribution destinée à la promotion de l’emploi dont le montant total pour la période 2000-2015 est de 34 milliards avec mise à disposition d’à peu près 32 milliards. Parlant de la CRTV, l’ordonnance N°89/004 du 12 décembre 1989 institue une taxe dénommée redevance audiovisuelle. Celle-ci est destinée au financement de cet office. Sur les 15 dernières années, 94 milliards ont été recouvrés avec environ 76 milliards mis à disposition ».