BERT NKILI, LE RASPOUTINE QUI S’EST TROMPÉ DE MÉTIER

Robert Nkili est aujourd’hui confiné à un rôle qui lui va plutôt bien. Alors qu’il aurait dû se taire sur la question des avions chinois, il va ouvrir la boîte interdite du secret-défense.

Qui a eu la bonne idée de doter la compagnie nationale de transport aérien de deux avions chinois ? La décision n’est ni celle de la direction générale, ni celle de ministre des transports, mais bien celle de Paul Biya. Les chefs d’Etat se surprennent souvent à jouer les VRP, (vendeur, représentant, placeur), le chef de l’Etat camerounais joue à faire des emplettes pour les entreprises d’Etat. Robert Nkili, se croit aujourd’hui obligé d’expliquer l’inexplicable. Pourquoi des avions chinois ? La réponse du ministre est claire : à l’heure de la mondialisation, les avions n’ont pas de nationalité. Boeing n’est donc pas américain, airbus n’est pas européen, Bombardier n’est pas canadien, et les Ma-60 ne sont pas chinois.

La preuve qu’ils ne le sont pas, ils sont motorisés par les américains. Lesquels ? Le Professeur ne sait  pas. On savait jusqu’ici que pour fabriquer des réacteurs pour des Boeing 747, on s’en remettait à trois fabricants, Rolls Royce, General Electric ou Pratt and Whitney. Ils ne sont plus que deux, depuis que ce dernier a été absorbé par le géant General Electric. Pour le ministre, les Mercedes Benz ne seraient donc pas allemands because la Mondialisation… le professeur voudrait nous faire croire que les chinois, qui savent envoyer des fusées sur la lune, ne savent pas fabriquer des réacteurs pour avions… or, ce sont les mêmes chinois qui nous ont construit la ligne de tgv la plus longue au monde.

Une belle trouvaille. Et d’avoir trouvé ça, Robert Nkili en est à se bomber la poitrine. Il est très fort. Mais il n’est pas très fort lorsqu’il s’agit de parler du prix de ces avions. Il faut passer le voir à ses bureaux pour qu’il ne dise pas n’importe quoi. Mais un député, bien présent ce jour-là à l’hémicycle, ne s’est pas empêché de donner les bons chiffres. Un avion chinois mondialisé de type Ma-60 ne coûte au pire des cas que 4,5 milliards. Le député Osih du Sdf devrait apprendre à se la boucler un peu. Il ne va pas tourner un ministre de la République en bourrique parce qu’il a lui son expérience dans l’aéronautique qui tient à faire valoir à toutes les sauces. Pourquoi le Cameroun a-t-il payé 34 milliards là ou 9 auraient largement suffi ? Entre le député Sdf et Monsieur le ministre, quelqu’un ne dit pas la vérité. Mais on n’aura pas besoin d’ouvrir une enquête pour débusquer l’imposteur. On n’a qu’à sonner nos amis congolais, qui nous diront le fin mot de l’affaire.

Armant un profil bas inattendu, pour donner raison au député Sdf, Robert Nkili se lance dans des explications tellement absconses qu’il s’y perd lui-même. Il faut former des pilotes ou des équipages ? On a largement eu le temps. On apprend ainsi que les négociations pour l’acquisition de ces avions « chinois mondialisés » ont commencé en 2012. il ne faut pas un an pour apprendre à piloter un avion. Pour les deux avions, on aura besoin d’au moins cinq équipages complets, pilotes, copilotes, mécanicien navigant.

La longue couleuvre des ateliers

Pour expliquer pourquoi le Cameroun est en   dépassement de 25 milliards pour les deux avions, Robert Nkili explique que les chinois vont installer des ateliers pour la maintenance et pour la grande visite des avions en question. C’est un peu l’histoire du bonhomme qui aménage chez lui un garage entier pour veiller sur les petits bobos de ces Mercos alors qu’il n’en a que deux. Et on a dû débourser 25 milliards, pour la formation des pilotes, l’entrainement des mécaniciens, et un petit stock de pièces détachées. Cette fois, la couleuvre devient un peu grosse.

La formation d’un pilote pour une qualification su Boeing dure deux ans et ne coûte que 30 ou cinquante millions ? Pour un avion chinois mondialisé… qu’on livre tout nu, à charge pour l’acquéreur d’aller chercher ailleurs des sièges et des tapisseries intérieures. De plus, si les moteurs ont été fabriqués aux Etats-Unis, on devrait pouvoir trouver parmi les techniciens ici des ingénieurs qualifiés pour leur entretien. Avec un tel montant en pièces détachées, les deux avions ne pourront pas les transporter. C’est un peu le remake du scandale du Port de Douala où un certain nana isaïe sous tchouta Moussa avait livré tellement de pièces détachés pour bateaux que, selon une évaluation d’expert, si on les chargeait dans les quatre navires de l’onPc, tous les bateaux coulaient à pic.

Ce que le Professeur Nkili ne dit pas, les avions livrés par les chinois et offerts à la Camair-co étaient en réalité destinés à l’armée camerounaise. Laquelle armée camerounaise a servi de cobaye. L’essai est plutôt concluant, à en croire le retour avisé des experts. Plus de 2000 heures de vol au compteur sans incident majeur. On aura donc eu peur pour rien. Ces avions sont fiables, parole du professeur. Ils sont d’autant plus fiables qu’ils ont déjà servi à transporter des soldats du BiR. Très bon, pour un galop d’essai. Mais aucun journaliste ne se risquera à aller prendre l’information chez monsieur le ministre qui, au sortir de l’enquête instruite par Paul Biya lui-même, doit connaître tous les détails de dessous de l’affaire. Les avions arborent des numéros de l’armée camerounaise, le journaliste qui s’aventurera à publier les chiffres des rétro-commissions et autres dessous de table sera très vite pris pour violation de secret défense. C’est un dossier de l’armée, circulez, il n’y a rien à voir. Seul Robert Nkili, qui joue au conseiller du tsar d’Etoudi, peut encore s’amuser à ne pas savoir par où sont passées les rétro-commissions. Il s’est décidément trompé de métier. Il aurait dû se taire et plaider le secret défense.

Malheureusement, il a ouvert la boîte de pandore et les langues ont commencé à se délier et les secrets sont dehors. Comment des avions de l’armée peuvent-ils se retrouver dans la flotte d’une compagnie civile ?