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Belles-lettres: Augustin Fouda «livre» toutes les tranches de vie d’André Fouda

Belles-lettres: Augustin Fouda «livre» toutes les tranches de vie d’André Fouda

Dans un ouvrage de 140 pages intitulé « André Fouda» et sous-titré «Premier maire noir de la ville de Yaoundé, figure emblématique du cinquantenaire », l’auteur, Joseph Augustin Fouda Onambele Mbazoa, parle d’André Fouda, la difficile et longue marche, la vie traditionnelle, politique, religieuse et surtout, de sa participation à la création de l’Etat du Cameroun.

Il y a d’abord cette photo parlante en page 5. Elle accroche le lecteur d’entrée de jeu. On y dévisage: Félix Sabal Leco, Salomon Tandeng Muna, Ahmadou Ahidjo, Paul Biya, Sadou Daoudou et André Fouda. Figures historiques, grandes légendes de l’œuvre de construction nationale du Cameroun, ce n’est pas le fait du hasard si ces architectes occupent une place de choix dans l’ouvrage. Le livre comporte : une dédicace, un sommaire, la note de l’éditeur, une préface, huit chapitres, une postface et une bibliographie. Très accrocheur, le sujet, en guise de thématique central du livre, retrace l’histoire d’André Fouda dans sa composante pluridimensionnelle. D’entrée de jeu, l’œuvre qui n’est autre que la narration de la vie publique d’André Fouda, pourrait être jugée complaisante. « L’impartialité de l’auteur d’une biographie apparaît en effet comme l’une des exigences minimales qui conditionnent l’intérêt de l’œuvre. Elle est très souvent mise en doute lorsque le fils écrit sur son père. Au Cameroun, Augustin Fouda n’échappera certainement pas au procès de la partialité » souligne l’enseignant d’université et préfacier, Bouopda Pierre Kamé. Ces présomptions de partialité sont rapidement évacuées par l’originalité du récit.

« Augustin Fouda a en effet un avantage comparatif déterminant dans notre environnement où, l’impéritie administrative détruit quotidiennement sous nos yeux notre mémoire collective. Il a hérité des archives que son père a méthodiquement constituées » écrit le préfacier. Bénéficiant de l’onction de crédibilité et d’une expertise avérée qui se fondent sur sa qualité de témoin vivant de la vie privée D’André Fouda, Joseph Augustin Fouda Onambele Mbazoa, éclaire la plupart des actes publics posés par André Fouda. De la première à la dernière page, défilent, les différents visages et les tranches de vie du premier magistrat municipal noir de la ville de Yaoundé, sa participation comme acteur dans la construction de la nation camerounaise… Le travail de Joseph Augustin Fouda Onambele Mbazoa, se distingue par un pointillisme, perceptible à travers la qualité et la pertinence des documents, les clichés et références historiques ; les anecdotes révélatrices, et surtout les photographies inédites… Loin d’utiliser une certaine esthétique langagière pour maquiller certains faits, l’auteur qu’on a du plaisir à découvrir, s’emploie avec audace, à utiliser les expressions dans leur réalité première, pour décrire les racines familiales : l’enfance, la scolarité et la vie professionnelle d’André Fouda : d’Ebom à Djoungolo, le destin tragique du fils aîné de Nengue Tsogo, l’installation d’Omgba Nsi à Djongolo, l’enfance et la formation d’André Fouda, le fonctionnaire des postes télégraphe et téléphone, les débuts de l’engagement politique, sa trajectoire au titre de combattant de la 2ème Guerre mondiale…

L’imperium politique

L’épisode du magistrat municipal, ses stratégies et méthodes déployées pour la conquête de la mairie de Yaoundé, au point d’en devenir, le premier maire élu, son emprise sur la municipalité et sur ses adversaires, sa bataille à l’effet de trouver un statut et un paradigme d’urbanisation de la ville de Yaoundé, dévoilent le dynamisme et la cadence son engagement. L’auteur, en « cliquant » dans le chapitre 3 sur l’engagement politique d’André Fouda, montre comment ce dernier a réussi à déjouer certains échecs politiques. Dans la foulée, l’auteur mentionne le degré d’intelligence d’un politicien futé, qui ne s’est pas laissé totalement prendre au piège des procédés et techniques néocolonialistes, ni même aux stratégies de diversion internationale. La conquête des mandats politiques, son implication avec Louis Paul Aujoulat dans la création et la dislocation du Bloc démocratique camerounais, son rôle dans la rivalité politique entre Mbida et Ahidjo ; son soutien à Ahmadou Ahidjo et l’adhésion à l’Union camerounaise, n’échappent pas à l’auteur. S’agissant des chapitres sur : « l’impérium politique d’André Fouda dans le centre-sud », « André Fouda, le patriarche béti », « André Fouda et les grands de ce monde », s’il se ressent une nécessaire envie de trancher le nœud gordien de la domination, l’on découvre dans toute sa splendeur l’engagement socio-traditionnel et religieux, les grandes batailles d’André Fouda, mieux, ses rapports avec les autres acteurs de la vie politique du Cameroun.

«L’œuvre œcuménique et inter religieuse d’André Fouda» est illustrée par des photographies et par le nombre de chapelles construites. On observe une volonté de l’auteur à tordre le cou au déficit civique, à la fracture morale d’un peuple qui veut exister sans son passé. Le livre tranche contre l’ingratitude du pays vis-à-vis des symboles et grandes figures historiques qui ont bâti le Cameroun. Dans un pays qui, au lieu de respecter les morts et leurs œuvres, écrit son histoire avec la gomme, à l’observation d’une nation où, l’on assiste perpétuellement à la profanation, au sacrilège, au délit d’avoir existé, à l’embargo sur la mémoire de certains repères, le livre de Joseph Augustin Fouda Onambele Mbazoa, au-delà de la qualité de l’écriture et de la pertinence de la thématique, en appelle à un devoir de conscience intergénérationnelle.

Souley ONOHIOLO

Joseph Augustin Fouda Onambele Mbazoa, « André Fouda, Premier maire noir de la ville de Yaoundé, figure emblématique du cinquantenaire », Essai, Editions Presse Monde, 2014, 140 pages.

 

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