Barrage de Memve’ele : Ouvriers et employeurs a couteaux tirés

Les premiers réclament l’application de la Convention collective et les meilleures conditions de travail.

Le torchon brûle à Nyabizan, dans la région du Sud. Entre les responsables de l’entreprise chinoise Sinihydro, chargée de construire le barrage hydroélectrique de Memve’ele, et les ouvriers camerounais, règne un conflit ouvert. Une frange de ces employés membres de la Confédération camerounaise du travail (Cct), a adressé en date du 7 juin 2015, un préavis de grève à leur employeur. Les employés syndiqués réclament l’application de la Convention collective en vigueur au Cameroun, le respect du Code du travail et les meilleures conditions de travail. Faute de quoi, ils entrent en grève dès le 5 juillet prochain. Dans l’optique de l’apaisement du climat social ainsi tendu, la réunion tripartite de crise convoquée par les autorités hier à Ebolowa s’est malheureusement terminée en queue de poisson.

Présidée par Thierry Kin-Nou Nana, secrétaire général de la région du Sud, assisté de Firmin Bengala Mballa, délégué régional du Travail et de la Sécurité sociale pour le Sud, cette rencontre qui aura duré 10 heures d’horloge, s’est déroulée dans un climat délétère. Des injures ont fusé de toute part. Au point où les responsables du bureau camerounais de Memeve’ele ont eu maille à partir avec les ouvriers mécontents. Harcèlement sexuel, corruption, trafic d’influence, licenciements abusifs, arrestations arbitraires, bastonnades et voies de fait sur les employés sont autant d’exactions dont sont victimes les travailleurs à Memeve’ele.

Maltraitances

Hyacinthe Abia Ossima, responsable des ressources humaines et Valentine Kufong, interprète par ailleurs chef du bureau camerounais, sont cités comme étant les principaux responsables des malheurs des Camerounais. «Nous avons ras-le-bol. Nous réclamons le départ de tout le personnel qui occupe actuellement le bureau Cameroun», exigera Vivien Ngon Machi, porte-parole des ouvriers.

De ces échanges particulièrement houleux, il est revenu plusieurs fois que les ouvriers les plus touchés par ces abus et maltraitances sont les membres de la Cct. Car, selon les ouvriers, l’entreprise Sinohydro n’apprécierait pas la présence du syndicat d’Antoinette Tangono Epse Ekoan dans son chantier. Selon cette dernière en effet, «les Chinois confondent le syndicat à un parti politique. D’où le rejet manifesté à l’endroit de ses membres. Pourtant, l’implantation du Cct s’est passée dans les règles de l’art à Memve’ele», informe-t-elle.

En réponse, les cadres du bureau camerounais accusent les plaignants d’être eux-mêmes auteurs des abus dont ils disent être victimes. Par ignorance, beaucoup commettent des fautes lourdes quand ils ne foulent pas simplement au pied le règlement intérieur de l’entreprise. Il y en a qui refusent de compléter leur dossier d’affiliation à la Cnps malgré les observations de la hiérarchie. «Nous sommes responsables de nos actes. Si nos accusateurs ont des preuves qui nous accablent, nous sommes prêts à répondre devant la loi», a tranché M. Abia, responsable des ressources humaines.

M. Cho,  directeur du site à Memve’ele, met cette discorde sur le compte d’une minorité. «Il y a 1448 travailleurs à Sinohydro, dont 1129 camerounais et 319 étrangers. Nous n’acceptons pas que par la faute d’une minorité, le désordre s’installe dans le chantier dont les travaux sont exécutés à 70%, alors que nous nous apprêtons à lancer les essais de la première turbine l’année prochaine», a-t-il soutenu.