Barrage de Lom Pangar: La mise en eau partielle effective en septembre prochain

Le niveau d’exécution et l’avancée des travaux autorisent la direction générale d’Electricity Development Corporation (Edc) d’affirmer que cette étape importante de la construction de cet ouvrage va se dérouler dans deux mois.

Ce vendredi 17 juillet 2015, sur le site de construction du barrage de retenue d’eau de Lom Pangar à l’Est du Cameroun, Théodore Nsangou, le directeur général (Dg) d’Edc, peut être fier d’annoncer que « la mise en eau partielle du barrage hydroélectrique de Lom Pangar se fera le 15 septembre 2015 ». L’opinion des représentants de la Banque mondiale (BM) après la visite de chantier qu’ils viennent tous d’effectuer, et les 82% de taux de réalisation des travaux l’y autorisent. En effet, peu avant le Dg d’Edc, Stéphane Garnier, le chef du projet Lom Pangar dans cette institution, et son collègue Frédéric Louis, en charge du suivi technique du barrage, venaient d’exprimer leur satisfecit devant les avancées observées dans la réalisation des travaux par l’entreprise chinoise. Cet avis rejoint celui de Victor Mengot, le président du conseil d’administration d’Edc. Au terme d’une visite des membres de cette structure qu’il

conduisait le 07 mai 2015, il avait déjà déclaré à la presse que « ce projet évolue comme il se doit techniquement et financièrement ». Dans le même temps, Victor Mengot avait souhaité que « nous devons continuer dans cette lancée et suivre toutes les étapes afin de nous assurer que le projet avance dans les meilleures conditions possibles ». A l’époque, les travaux étaient réalisés à 75%. Et les sept points obtenus en l’espace de moins d’un mois justifient l’optimisme d’alors du Dg d’Edc qui affirmait, sur la base des réalisations observées, que « l’objectif de la mise en eau partielle en septembre 2015 est à notre portée ». L’optimisme à ce sujet est d’autant perceptible sur le site que, comme on peut l’observer au cours du voyage de presse organisé par Edc le 18 juillet 2015, l’un des cinq pertuis ouverts en 2013 lors de la dérivation provisoire, situé sous une prise d’eau usinière, est fermé par des poutres en béton depuis avril 2015. Selon Roger Alain Taakam, le spécialiste en communication du projet Lom Pangar, « cette opération importante a été réussie grâce au faible niveau des eaux de fin de saison sèche ». Par ailleurs, soutient-il, « contrairement à ce 5è pertuis, les quatre autres seront fermés par des vannes ou des batardeaux métalliques ». Les travaux, notamment le bétonnage, avancent également dans les différentes sections de l’ouvrage central constitué des murs de soutènement, de la dérivation provisoire, des évacuateurs de crues, de la prise usinière et des ouvrages de restitution. Ainsi, a-t-on pu le constater lors de la visite guidée de ce samedi 18 juillet 2015, le béton compacté au rouleau se poursuit sur les autres sections et entièrement achevé au niveau de l’évacuateur des crues. Bien plus, le béton conventionnel vibré dépasse par endroits, sur les rainures de la dérivation provisoire notamment, la cote 670 (environ 44 m de hauteur, ndlr). Quant aux remblais, ils se poursuivent sur les digues latérales en rive gauche et rive droite.

HEM
L’une des étapes importantes de la visite de chantier effectuée par les journalistes représentant certains médias nationaux à l’Est fut le tour effectué à l’entrepôt des équipements hydro électromécaniques (HEM). Ici, outre les deux camions qui venaient d’arriver avec d’autres équipements, certains d’entre ceux-ci sont posés un peu partout dans la cour. Nous allons apprendre que « c’est depuis le 18 juin 2015 que tous les HEM du barrage hydroélectrique de Lom Pangar sont arrivés au Cameroun depuis leur lieu de fabrication en Chine. Mieux, toutes les pièces de ces équipements sont désormais sur le site. » Pour arriver à ce résultat, une trentaine de camions ont dû faire la navette entre le port de Douala et le chantier pour transporter ces plus de 1.500 tonnes de matériels. Aussitôt arrivés, ces équipements sont immédiatement montés et installés par les experts de la China International Water and Electric Corporation (Cwe) qui, dit-on, « sont sous pression permanente ». C’est ainsi que ce soit au niveau des ouvrages de restitution, de la prise d’eau usinière où les équipements appropriés ou de l’ouvrage de la dérivation provisoire, c’est l’effervescence totale.
Malgré les avancées observées au niveau technique, à Edc, on se veut respectueux du chronogramme des travaux. Et s’arrêter sur les lauriers obtenus depuis le début du chantier est considéré par le maître d’ouvrage comme « suicidaire ». Du coup, on se projette déjà sur l’usine de pied et la ligne de haute tension dont les travaux sont financés par la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (Bdeac). Pour le premier ouvrage dont la, souligne-t-on à Edc, « le maître d’œuvre des travaux de construction a déjà été recruté et est attendu dans les prochains jours pour la sélection de l’entrepreneur ». Quant à la ligne de haute tension Lom Pangar-Bertoua, les travaux préparatoires sont entamés avec la commission de constat et d’évaluation qui est déjà sur le terrain pour le recensement des biens et des personnes en vue d’une indemnisation optimale et sans heurts.

Environnement
Toujours sous le prisme de la mise en eau partielle de septembre 2015, des activités pour la protection et la préservation de l’environnement sont entreprises. Le tout encadré par le plan de gestion environnementale et sociale (Pges). A ce jour, soutiennent les experts de la question à Edc, « les travaux relatifs à l’enlèvement de la biomasse dans la zone de la future retenue de Lom Pangar (540 km² soit 54.000 ha, ndlr) ont démarré avec le déploiement sur le terrain des trois entreprises retenues (PTE, Land service et DPE/TAMSO) depuis le 09 avril 2015 suite aux ordres de service émis deux jours avant ». Selon Simon Thierry Mvogo, l’un des experts Forêt du projet Lom Pangar rencontré sur place, « nous avons opté pour l’enlèvement de la biomasse sur 250 ha en rive gauche et 260 ha en rive droite pour des raisons de sécurisation des installations du barrage, de construction d’un débarcadère et de facilitation des activités de pêche par les populations riveraines. A ce jour, l’abattage est achevé à 100%. Les bois enlevés sont de deux ordres : une partie commercialisée est gérée par le ministère des Forêts et de la Faune (Minfof) et l’autre non commercialisée est mise à la disposition des communes et groupes communautaires pour une valorisation locale. » Pour la récupération du bois, le Minfof a attribué 08 ventes de coupe à la Société forestière industrielle de la Doumé (Sfid).
L’une des difficultés qui pourraient plomber les relations entre les responsables du projet Lom Pangar et certaines personnes et entreprises reste l’occupation de la zone de retenue par celles-ci. Notamment dans le cadre des activités minières, agropastorales et piscicoles. Et à quelques jours de la mise en eau partielle, l’inquiétude règne par rapport à la poursuite « sereine » de ces activités. Mais à Edc, où l’on considère que « la réussite de la réalisation d’un projet est fonction de la capacité des responsables à résoudre tous les problèmes qui se posent », la direction générale a déjà pris les devants. « Nous avons saisi les autorités administratives et traditionnelles locales pour qu’elles procèdent à la sensibilisation des occupants », souligne une source interne au projet. La même révèle que « nous allons organiser dans les tous prochains jours une campagne de sensibilisation en langues locales dans les radios locales. Dans une sorte de compte-à-rebours d’un mois, nous allons axée cette communication autour des mesures de sécurité à observer avant la mise en eau partielle afin que cette étape ne soit ni source de conflit ni d’accidents qu’on aurait pu éviter. »

En bref…
Le projet hydroélectrique de Lom Pangar vise l’augmentation de la capacité de production d’électricité et la réduction des fluctuations saisonnières de débit du fleuve Sanaga, ainsi que l’amélioration de l’accès à l’électricité au Cameroun. Sa mise en service permettra de porter le débit de la Sanaga de 640 à près de 1.040 m3/s de façon à saturer le débit des ouvrages de production d’électricité existant sur le fleuve. D’une capacité de retenue de 6 milliards de m d’eau, c’est le plus grand barrage-réservoir jamais réalisé au Cameroun. Ce projet consiste en la construction d’un barrage de retenue, d’une centrale hydroélectrique au pied du barrage d’une capacité de 30MW et de 105 km de ligne électrique de transport de 90 KV d’énergie pour l’électrification de la région de l’Est, ainsi que de la mise en œuvre d’un ensemble de mesures environnementales et sociales, dont la réalisation de plusieurs infrastructures communautaires au bénéfice des populations. Le Projet Lom Pangar est financé par le Gouvernement camerounais, la Banque Mondiale, l’Agence française de développement (Afd), la BEI, la BAD et la BDEAC.
Sa mise en eau partielle en septembre 2015 vise le remplissage de près de la moitié du réservoir soit 3 milliards de m3 d’eau qui, mis à contribution, participeront à la réduction des délestages au Cameroun. Une bonne nouvelle donc pour les populations des grandes villes autour de la Sanaga qui, dès janvier 2016, ne parleront plus du déficit énergétique qu’au passé.