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BARBARIE POLITIQUE DU PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE : LA RÉACTION DE L’ONG MANDELA CENTER

L’ONG Mandela Center, porte à l’attention de la communauté nationale et internationale: Que depuis quelques jours, les images, d’une extrême gravité, des instruments d’un parti d’opposition en flammes tournent en boucle sur les réseaux sociaux et dans les médias d’Etat dont la Cameroon Radio Television (CRTV);

Qu’en date du 14 juillet 2018, à Maroua, dans la Région de l’Extrême-nord du pays, l’Honorable CAVAYE YEGUIE Djibril, Président de l’Assemblée Nationale, 3e personnalité de l’Etat et membre du bureau politique du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), parti de Paul BIYA, s’est retrouvé, à la tête d’une bande de voyous arborant la tenue du RDPC avec les effigies du candidat BIYA et sous les applaudissements des ministres de la République et autres élites originaires de l’Extrême-Nord, des représentants de l’Etat et des forces de sécurité et défense, qui ont mis le feu, devant les caméras et en joie, aux T-shirts et pancartes aux couleurs du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) du Professeur Maurice KAMTO;

Que cette barbarie politique gravissime a été préméditée et minutieusement préparée publiquement, et que malgré l’alerte du MRC aux très hauts responsables de l’État, aucune mesure n’a été prise pour l’éviter et aucune condamnation n’a été enregistrée du RDPC;

Que cette attitude intolérable du parti au pouvoir depuis 1960 préfigure ce que seront les élections et constitue un signe prémonitoire du cauchemar que le peuple camerounais s’apprête à vivre pendant les prochaines semaines précédant l’élection présidentielle;

Que le régime autocratique de Yaoundé est prêt à mettre le pays à feu et à sang pour s’éterniser au pouvoir et quels que soient les résultats de l’élection présidentielle ;

Qu’en procédant à l’incendie en public des insignes, plaques, et autres gadgets représentatifs des symboles d’un parti politique concurrent, le président de l’Assemblée nationale a piétiné la Constitution camerounaise et montre la mauvaise direction, et parraine clairement le meurtre, le crime absolu et une haine viscérale qui n’ont plus rien d’une d’allégeance aveugle à son « créateur », Paul Biya ;

Qu’avant la naissance du MRC en 2012, ce haut dignitaire du régime avait toujours utilisé son rang et ses prérogatives pour imposer une terreur sans précédent et la corruption politique des populations de l’Extrême-Nord, région la plus peuplée et la plus pauvre du pays, pour faire gagner frauduleusement son parti, le RDPC, à toutes élections;

Qu’âgé de 78 ans, Cavaye Yeguié Djibril, Chef supérieur des Mada-Lamido, est entré au Parlement Camerounais , il y a 48 ans déjà et depuis lors, il a été « élu » et « réélu » à l’infini député et Président de l’Assemblée Nationale du Cameroun depuis le 31 mars 1992 où il a érigé une forteresse imprenable d’influence et de fortune au Cameroun ;

Que dans un communiqué daté du 15 juillet dernier, la cellule de communication du MRC a attiré attention des observateurs étrangers de la vie politique camerounaise « sur les dérives extrémistes du régime BIYA qui est prêt à faire plonger le pays dans une guerre civile totale en cas de défaite »;

Que depuis 1992 où le régime de Yaoundé avait effectivement été battu à toutes les élections, y compris l’élection présidentielle où il ne dut sa survie qu’à un flagrant déni des résultats par le président de la Cour suprême de l’époque, le chef de l’Etat, Paul Biya, a pris toutes les mesures pour verrouiller tout le système électoral, et s’assurer ainsi un règne à vie et sans partage à la tête du Cameroun;

Qu’au vu des données en sa disposition, Mandela Center International est en droit de prédire aisément que l’élection présidentielle du 07 octobre prochain ne sera qu’une simple mascarade pour permettre à Paul Biya de mourir au pouvoir, au mépris des valeurs républicaines ;

Que le Code électoral camerounais, contesté à cor et à cri par l’opposition depuis 1990 qui a déniché une centaine de points de discorde, a été taillé sur mesure et le système électoral COMPLÈTEMENT verrouillé et vicié de sorte que le résultat est connu d’avance et que même la coalition de l’opposition ne peut rien contre le président sortant ;

Que cette élection intervient au moment où deux régions du pays, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, sont en guerre et de facto, exclues du processus électoral, du fait de l’arrogance et de l’incompétence du régime de Yaoundé;

Qu’en évaluant le système mis en place par Elections Cameroon (ELECAM), organe en charge des élections, on observe la mise en place des principales techniques de fraude en amont dont le flou entretenu sur les données enregistrées et publiées sur les différents canaux de communication;

Que selon l’Ong internationale, Dynamique Citoyenne, basée à Douala, le taux de participation aux élections, depuis le retour au multipartisme en 1990, n’a jamais atteint 50% au Cameroun;

Que l’absence d’un calendrier électoral clairement défini, l’influence du pouvoir exécutif sur Elecam, l’indisponibilité ou le retard dans la distribution des cartes électorales, la désignation par le seul chef de l’Etat des membres d’Elections Cameroon, eux-mêmes militants du Rdpc, le système biométrique incomplet, le trop long délai qui précède la proclamation des résultats, le bicéphalisme à la tête d’Elecam (conflit de compétences

entre le directeur général des Elections et le Président du Conseil Electoral) sont autant de causes majeures du désintérêt très poussé des Camerounais pour différentes élections (législatives, municipales, présidentielle);

Que l’élection est comme une méthode pour accéder au pouvoir et assurer l’alternance dans une démocratie;

Que ces actes de barbaries du RDPC sont contraires aux principes fondamentaux qui régissent les élections périodiques libres et régulières, reconnus par la Loi n° 96-06 du 18 Janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972 en son article 2, les instruments universels et régionaux relatifs aux droits de l’homme ;

Que les droits civiques qui incluent le droit de vote, la liberté de penser et d’expression, manifestent de la puissance du gouvernement et de la nécessité de s’assurer que les citoyens ont effectivement le droit de choisir la façon dont ils veulent que l’Etat les traite ou encore de s’opposer à certaines décisions du gouvernement s’ils les jugent mauvaises ;

Que selon les textes internationaux, les élections crédibles sont caractérisées par l’inclusion (égalité des chances pour tous les citoyens), la transparence (chaque étape ouverte à un examen), la responsabilité (droits des citoyens à l’égard de la conduite des autres parties prenantes aux élections), et la compétitivité (opportunités raisonnables et équitables de concourir), qui sont loin d’être réunies au Cameroun;

Que les élections crédibles sont garanties par la Charte Africaine de la Démocratie, des Elections, et de la Gouvernance (CADEG), notamment en ses articles 3,4, 6 et 17, ratifiée par le Cameroun le 16 janvier 2012, peu avant son entrée en vigueur, le 15 février 2012 ;

Que le droit de toute personne à prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, est un droit fondamental de l’homme et protégé par l’Article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’Article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, l’article 13 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples de Juin 1981, tous ratifiés par le Cameroun;

Que la République du Cameroun a l’obligation de promouvoir la démocratie, de considérer la participation populaire par le biais du suffrage universel comme un droit inaliénable et tenir régulièrement des élections transparentes, libres et justes conformément à la Déclaration de l’Union sur les Principes régissant les Elections démocratiques en Afrique.

Eu égard à tout ce qui précède, Mandela Center International :

1. Condamne avec la toute dernière énergie cette barbarie sans précédent du Président de l’Assemblée nationale qui ne sert ni les intérêts de son parti ni ceux de son « créateur » ;

2. Exige, avec une rare fermeté, la démission immédiate du Président de l’Assemblée nationale pour Haute trahison;

3. Rappelle, avec fermeté, aux autorités camerounaises qu’une élection, quelles que soient les opinions des uns et des autres, ne saurait devenir le champ de la guerre civile, le prétexte de toutes les haines, et le socle de l’orchestration du vol, du pillage et de la barbarie;

4. Invite vivement le régime de Yaoundé à toujours se rappeler de cette célèbre citation de John Fitzgerald Kennedy : «Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable».

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