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Banque agricole: Essimi Menye fatigué des promesses

Banque agricole: Essimi Menye fatigué des promesses

Depuis la sortie du ministre de l’Agriculture et du développement rural (Minader), le 31 juillet 2013, au Gicam, aucune nouvelle sur l’évolution du dossier relatif au lancement des activités de cette banque. «Ce sera certainement pour la fin du mois d’août. Nous attendons l’avis conforme de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) pour qu’on puisse nommer un directeur général et les autres responsables», a rassuré Essimi Menye, intervenant à la deuxième édition des rencontres sectorielles des entreprises du secteur primaire du Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam).

Depuis ce jour-là, rien à se mettre sous la dent. On en parle même plus. Essimi Menye est fatigué des promesses non tenues. Longtemps annoncée, la Banque agricole est attendue par les paysans camerounais qui font face à des difficultés pour accéder aux crédits dans les banques commerciales. Selon le Minader, elle est baptisée Cameroon agriculture financial rural corporation (Cafruc) avec un capital de 10 milliards de FCfa. Elle a pour unique actionnaire l’Etat du Cameroun.

En janvier 2012, alors que le président de la République, Paul Biya, avait annoncé l’imminence de la création de cette banque, le gouverneur de la Beac, président de la Cobac, avait déclaré au journal  Le Jour qu’ «à notre niveau, nous n’avons pas reçu de dossier de création d’une banque agricole et d’une banque des petites et moyennes entreprises». Pour le Gicam, la banque agricole est un instrument important pour la modernisation de l’agriculture camerounaise. Il souhaite d’ailleurs que sa gestion soit confiée au secteur privé. «Nous suggérons que la gestion de cette banque soit confiée au secteur privé», a défendu André Fotso, le président du Gicam, lors de cette réunion.

C’est la principale exigence du patronat au sujet de cette banque. Sur ce point, le Minader n’a pas trouvé d’ailleurs aucun inconvénient. «Ce qu’il faut, c’est mettre ensemble toutes les bonnes volontés, afin que cette banque serve les intérêts de l’économie. Je suis d’accord avec vous (le Gicam : ndlr) que ce soit le secteur privé qui la gère», a répondu Essimi Menye. Le secteur privé attend de pied ferme l’ouverture de cette banque qui, d’après le Gicam, va booster le secteur agricole confronté lamentablement à un problème de financement.

Seulement, il convient de rappeler que le Fonds monétaire international (Fmi) est contre la création de cette banque.L’institution de Bretton Woods ne regarde pas dans la même direction que le Cameroun, au sujet de la création de la banque spécialisée dans le financement de l’agriculture et des petites et moyennes entreprises (pme). Après des réserves plus ou moins informelles formulées par les responsables locaux au lendemain de l’annonce pompeuse de la nouvelle par le Chef de l’Etat, l’institution monétaire a formalisé ses réserves, dans un rapport publié en mars 2011. Ce document fait une analyse de l’économie camerounaise après la mission la consultation effectuée en mars- avril 2010, au titre de l’article IV des statuts du Fonds.

Au sujet des banques spécialisées, le rapport cité précédemment ne fait pas de cadeau au Cameroun. «Les services du Fmi mettent en garde contre la création d’institutions spécialisées (pour l’agriculture et le financement des Pme) car par définition elles font intervenir des portefeuilles de prêts sectoriels vulnérables et non diversifiés». Traduction simpliste, le Cameroun doit abandonner cette piste, qui, à la longue, pourrait poser des problèmes à l’économie du pays.

Ce pessimisme du Fmi est partagé par Désiré Avom, vice doyen à la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université de Yaoundé II – Soa « Ces observations sont sans doute fondées sur l’expérience passée où les institutions spécialisées n’ont pas joué leur rôle en matière de financement du développement » soutient l’enseignant. Il n’y a pas que le Fmi. L’Acdic de Bernard Njonga aussi.

« 97% des exploitations agricoles au Cameroun (5 200 000 sur 5 300 000 actifs agricoles) sont de petite taille (un hectare au maximum), or la banque a vocation de financer les grands projets. Moralité, la banque agricole sera la banque des fonctionnaires et des élites et non celle des petits paysans. L’adage le dit si bien, ‘’on ne prête qu’aux riches’’ », explique cette  association de défense des intérêts collectifs. On attend donc de voir ce que va décider le gouvernement.

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