AVC ministériel

AVC ministériel

A force d’attendre le remaniement, et depuis l’arrestation d’un ministre en fonction puis sa relaxation, j’apprends que le service de cardiologie de l’hôpital central de Yaoundé affiche complet…

Trop de patients y patientent, tous ont l’âge qu’ont généralement les ministres de Paul Biya (entre 60 et 75 ans). Tous les malades sont véhiculés, les ventres bedonnés et sont accompagnés d’un garde-corps, un gendarme. Ils souffrent tous d’hypertension artérielle, de nervosité, d’anxiété, de stress et sont tous sous la menace sérieuse d’un AVC…

Il y a tellement des cas de menaces d’AVC ces jours, que le corps médical s’est vu obligé d’organiser un séminaire sur la recrudescence de cette maladie appelée «tueur silencieux». Le séminaire éponyme portant sur les maladies cardiovasculaires ne pouvait pas mieux tomber par ces durs temps d’angoisse généralisée observée chez ceux qui sont au gouvernement (et ne sont pas certains d’y  rester ou d’y rentrer en prison) et pour ceux qui espèrent y entrer.

Depuis que Biya joue au chiche avec son gouvernement et qu’il s’est mis à inquiéter les ministres en fonction, les cauchemars sont multipliés par dix dans les résidences des ministres et dans les villas des ministrables. Deux types de rêves hantent principalement les ministres et les ministrables ces dernières nuits. Le premier fait état d’un ministre en fonction qui fait le rêve dans lequel le remaniement est sorti, et il est sorti du gouvernement.

Il se voit militer dans l’opposition où il va concurrencer Maurice Kamto. Il se voit en train d’insulter Paul Biya dans les journaux privés et en privé. Il rêve par la suite des gendarmes qui l’arrêtent sous l’ordre du procureur, et le conduisent manu militari au SED ou à Kondengui, accusé qu’il est de détournements et tentatives de détournements des derniers deniers publics. Puis, brusquement, pris de panique, il se réveille en sursaut, trempé dans un océan de transpiration ! Ce n’était qu’un rêve ; le mauvais rêve qui hante les ministres à la veille du remaniement. Il se rend compte qu’il est toujours en fonction, rend grâce à Dieu et bénit Paul Biya dont il est la « créature »…

Le second rêve est celui que font les ministrables. Ils attendent que leurs noms sortent à la radio, un 17 heures… certains ont monnayé le poste, d’autres ont vu les marabouts. Tous attendent, et à force d’attendre en vain, ils rêvent d’être déjà en fonction. Ils rêvent du jour où le décret tombe, de milliers de personnes qui se précipitent chez eux et habillent désormais leurs noms illustres en les appelant «Excellence» ou «Monsieur le ministre». C’est fini les amis de la galère et les tutoiements !

Ils rêvent des marchés publics à engranger, les bénéfices des 4,9… du gendarme, de la Mercedes, des gardiens, des révérences que récoltent les ministres, des missions à l’étranger, tous frais payés par la princesse… Alors qu’ils naviguent au pays des Mille et une nuits, le matin les surprend et les renvoient à leur triste réalité. Ils ne sont pas (encore) ministres. Ils deviennent nerveux, hargneux, acariâtres, épouses et enfants en paient le prix du rêve non réalisé. Ils vont à l’hôpital consulter, car comme ceux déjà en fonction, le retard qu’accuse le remaniement les expose aux AVC… Paul Biya attend-il que tous les ministres et ministrables meurent d’abord d’AVC ou aillent d’abord à Kondengui pour sortir enfin son remaniement ?

camernews-Malade-Cam

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