«Aurion: L’Héritage des Kori-Odan»: un jeu vidéo made in Cameroun

Le studio Kiro’o Games vient de recevoir un appui financier sur Kickstarter. Leur jeu de rôle se rapproche petit à petit de la fin de sa phase de développement…

 

Ils veulent donner naissance au «premier jeu de rôle d’african fantasy». Et ils sont sur le point d’y arriver. Le chemin a été long et parsemé d’embûches, surtout quand on se veut le premier studio de production de jeu vidéo en Afrique francophone, dans la capitale du Cameroun, Yaoundé. Pour créer Aurion: L’Héritage des Kori-Odan, Kiro’o Games s’est officiellement installé dans ses propres locaux, dans le quartier populaire de Biyem-Assi, le 02 décembre 2013.

«Mais je porte l’idée en moi depuis 2003», précise Olivier Madiba, 30 ans, cofondateur du studio. «Au fur et à mesure, on l’a rejoint, raconte Patrick-Hervé Méli, lead designer, 28 ans. Nous avons continué l’aventure après que chacun a terminé son cursus scolaire.» Au Cameroun, pas d’école de formation au jeu vidéo. La vingtaine de personnes qui composent Kiro’o Games, dessinateurs, designeurs, programmeurs, apprennent sur le tas. Moyenne d’âge du studio: 25 ans.

Feu vert sur Steam
Début 2015, Kiro’o Games a reçu le « feu vert » de la vaste communauté de Steam, la plus importante plateforme en ligne de distribution de jeux PC. Quand il sera terminé, Aurion aura donc l’assurance d’être au catalogue de Steam. Première belle reconnaissance du travail accompli.

Mais la seconde est encore plus importante. Entre-temps, l’entreprise française Plug-In Digital spécialisée dans la distribution de jeux vidéo, décide de leur filer un coup de pouce comme éditeur. « Pour l’originalité du projet, pointe Adrien Dugué, responsable marketing chez Plug-In Digital, et parce que Kiro’o Games peut porter l’exemple de ce que peut être l’industrie du jeu vidéo voire du comics dans la région. »

 

«Aurion: L’Héritage des Kori-Odan», made in Cameroun.

Près de 50.000 euros réunis sur Kickstarter
Les Français ont donc monté une campagne sur Kickstarter cette année. Au jour du 20 octobre, quelque 1310 personnes avaient versé au total près de 50.000 euros. Pari réussi et gros soulagement. « Lors de la création de la campagne, j’attendais de leur part des réponses immédiates par mail, mais elles parvenaient parfois 12 ou 13h plus tard », se rappelle Adrien Dugué. Il faut faire avec les soucis de débit et de connexion Internet au Cameroun.«Control S, on a failli en faire une chanson»
Les infrastructures du Cameroun n’étant pas des plus fiables, les membres de Kiro’o Games eux aussi se sont armés d’une volonté de fer et d’une patience d’acier. «Les coupures de courant, intensives sur deux mois, nous ont presque coûté un an de développement, pointe Patrick-Hervé Méli. Maintenant, tout le monde connaît Control S., on a failli en faire une chanson !»

Aurion est toujours en cours de développement, pour une sortie prévue au premier semestre de l’année prochaine. L’Américain Paul Bertone, ancien salarié de Bungie (les créateurs de la sago Halo) va leur prêter son expertise sur ce jeu de rôle en deux dimensions avec des phases de combats dynamiques. «Mais notre ambition, c’est davantage de vouloir mettre en scène une histoire que des combats», insiste Patrick-Hervé Meli.

L’histoire est la suivante: «Enzo Kori-Odan, prince de Zama subit un coup d’Etat de son beau-frère le jour de son couronnement et de son mariage avec Erine Evou. Le couple royal est alors exilé et décide de parcourir le monde en quête de soutien. Ils devront notamment réunir l’héritage guerrier d’Enzo pour retrouver leur trône.» Bien sûr, c’est n’est que de la pure fantasy.

Des croyances locales
Si les décors, végétations comme habitations, sont inspirés du continent africain, les développeurs ont aussi glissé des croyances locales, comme le ngondo. «C’est un rituel qui consiste à plonger dans l’eau pour demander des réponses aux ancêtres, explique Patrick-Hervé Meli. Enzo le suit pour savoir s’il est prêt à être roi.»

Dans Aurion est aussi fait référence à la civilisation Sao, une ancienne population d’Afrique centrale, qui s’est étendue du Tchad au Cameroun. Si le jeu «va parler à tout le monde», assure Olivier Madiba, il offre pour sûr une alternative passionnante aux elfes, aux orcs, aux donjons et aux dragons.