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Prix du carburant – Jean Michel Nintcheu : «On est en pleine démence institutionnelle»

Augmentation du prix du carburant à la pompe – Jean Michel Nintcheu*: «On est en pleine démence institutionnelle»

Pour le député du Sdf Wouri Est, le gouvernement aurait mieux fait de tailler la taxe spéciale sur les produits pétroliers à défaut de réduire le train de vie de l’Etat et assainir le fichier solde de l’Etat qui est devenu une nébuleuse budgétivore.

On ne saurait évoquer la conjoncture économique mondiale pour justifier cette augmentation du prix du carburant à la pompe. Le Cameroun est le pays producteur de pétrole de la Ceeac où l’essence coûte le plus cher. Même le Niger, futur pays producteur et dont le pétrole passera par le territoire camerounais, vend l’essence moins chère à la pompe. Que dire du Tchad voisin où nos compatriotes de Kousseri sont obligés d’aller pour se ravitailler en essence parce que ce produit coûte plus cher au Cameroun. Pour revenir sur l’augmentation proprement dite, en plus d’être fortement marquée d’une faute juridique, elle est politiquement inopportune, économiquement contre-productive et socialement explosive.

Sur le plan juridique, on est en pleine démence institutionnelle. Les décisions contenues dans le communiqué sont illégales pour défaut de qualité du signataire. Un simple communiqué d’un individu, fût-il Secrétaire général des services du premier ministre, ne saurait bousculer deux lois à savoir la loi des finances de 2004 qui fixe le montant des subventions de l’Etat pour le compte de l’exercice en cours et la loi du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale et les modificatifs conséquents qui fixent les tarifs de l’impôt libératoire. Il aurait fallu pour cette augmentation qui impacte sérieusement sur la vie économique nationale, une loi des finances rectificative ou une ordonnance du président de la République qui, à défaut du Parlement, est le seul habilité à le faire du fait de la légitimité que lui confère le suffrage universel.

Elle est politiquement inopportune. Elle porte un coup sérieux au processus de décentralisation, à l’épanouissement et à l’administration efficiente des collectivités territoriales décentralisées à partir du moment où une des plus importantes sources de recettes budgétaires des communes, à savoir l’impôt libératoire, sera réduite de moitié. Elle est économiquement contre-productive en ce sens qu’il y aura des effets induits négatifs sur le panier de la ménagère. Les coûts de transport qui augmentent -80 Fcfa pour le gasoil, 81 Fcfa pour le super et 500 Fcfa pour le gaz domestique – seront automatiquement répercutés sur le consommateur en bout de chaîne. Cette augmentation est anti-sociale et socialement explosive. M. Biya joue une fois de plus avec le feu. Il semble avoir royalement oublié les émeutes de février 2008.

Il convient par ailleurs de relever que les « mesurettes » d’accompagnement contenues dans le fameux communiqué ne sont que des vernis cosmétiques qui ne règleront aucunement le problème de la cherté de la vie qui frappe l’ensemble des Camerounais. C’est tout simplement de la poudre aux yeux. Ce communiqué préconise par ailleurs la revalorisation du Smig et des salaires des fonctionnaires et des agents publics. Absolument rien en termes de salaires pour les travailleurs relevant du secteur privé qui, quoique plus nombreux que ceux du secteur public, sont décidément les parents pauvres de la République sous M. Biya.

Pour terminer, quel que soit le bout par lequel on prend cette augmentation, les initiateurs de ce communiqué mal inspiré à la base, en plus d’être des pantins manipulables à la solde du Fmi, de la Banque mondiale ou de certains cartels, sont tout simplement déconnectés de la réalité quotidienne des Camerounais qu’ils n’ont jamais voulu servir depuis 32 ans et qu’ils ne serviront par ailleurs jamais. M. Biya feint d’ignorer que de la Sonara à la pompe, il y a 22 postes d’indexation dont 6 postes de Tva et la Taxe spéciale sur les produits pétroliers (Tspp). Un litre de super subit plus de 120 Fcfa et un litre de gasoil plus de 65 Fcfa en terme d’imposition de la Tspp. Pour éviter cette augmentation, on aurait dû tout simplement tailler dans cette TSPP qui représente au moins 20% du prix à la pompe et dont on ne sait à quoi elle sert encore moins où elle est logée. Ou tout simplement, réduire le train de vie de l’Etat et assainir le fichier solde de l’Etat qui est devenu une nébuleuse budgétivore.

*Député de Wouri Est.

 

 

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