Au sujet de l’Appel de la Lekié :Les sanglots des victimes

Au sujet de l’Appel de la Lekié :Les sanglots des victimes

Il est injuste d’attribuer la nauséabonde littérature de quelques fils de la Lékié sur « Boko Haram du Cameroun » à l’ensemble du département. Obala, première ville de la Lékié, ne peut supporter que soient injustement indexés des Nordistes, elle qui abrite un « quartier haoussa » depuis plusieurs décennies, dans une cohabitation parfaite avec les Bamilékés du quartier Elot et avec le patchwork ethnique du quartier Chauffeurs, où s’entremêlent les Etons et toutes les autres communautés du pays et même de l’étranger.

L’indigne appel de quelques élites de la Lékié emprunte à un vocabulaire conflictogène que renient les populations de ce département. Au cours de l’hommage rendu aux 26 Camerounais tombés sur le champ d’honneur de la défense de la patrie, figurait un fils de la Lékié ; devant son cercueil au Quartier général ne se trouvait que son père et pas une seule de ces élites, certainement très occupées à préparer leur appel. C’était une erreur de le publier, c’est une faute de le défendre.

Les signataires à l’esprit embrouillé de ce document honteux ne sont pas plus excusables que Cavaye Yeguie Djibril, vrai inspirateur de « l’appel de la Lékié », à cause de ses déclarations aussi dangereuses et qu’irresponsables tenues du haut de la tribune de la représentation nationale en juin 2014. Le président de l’Assemblée nationale disait que « Boko Haram est parmi nous ». Sans doute parce qu’il est lui-même fils du Grand-Nord, son propos fut rapporté et commenté avec une inouïe complaisance. Les germes de l’amalgame étaient pourtant posés. Soit Cavayé Yeguié Djibril savait de quoi il parlait, et il aurait dû en informer les services de sécurité.

Soit – hypothèse fondée – il n’en savait rien, et il aurait dû modestement rester coi. En prolongeant les accusations d’un Cavaye en posture populiste, les initiateurs de l’appel dit de la Lékié sont coupables de légèreté et d’un suivisme déshonorant. Aucun d’eux ne peut exciper quelque expertise en matière de sécurité ou de renseignement qui le place dans une position d’affirmation irréfutable de la thèse d’un « Boko Haram camerounais. » Mais il est aberrant d’accuser les élites signataires de semer les germes de la « rwandadisation» du Cameroun.

Quoi qu’il en soit, ceux-ci n’avaient pas le droit d’embarquer tout un département dans leurs divagations. Le président de l’Assemblée nationale du Cameroun, l’une des têtes du pouvoir législatif, n’a pas non plus le droit de se positionner en défenseur d’une partie seulement du pays, comme Cavayé Yéguié Djibril le fait dans son communiqué de riposte.

Sur ces entrefaites, les élites du Sud ont publié un « serment d’engagement » pour montrer leur alignement derrière Paul Biya. S’il rappelle à juste titre que Boko Haram est une entreprise étrangère au Cameroun, aux Camerounais et aux valeurs qui fondent notre République, cet autre appel souffre des mêmes tares d’ancrage ethnique et de repli tribal en temps difficile. Le message envoyé est que lorsque le pouvoir est menacé, chacun doit faire bloc autour des siens.

L’inanité des appareils politiques en dévient évidente. On a la preuve qu’en cas d’instabilité ou de perturbation institutionnelle, ils ne pèseront d’aucun poids et que la force des acteurs de ces temps alambiqués viendra de leur terroir. Les protagonistes ont chacun ôté la tenue gênante du RDPC pour mieux s’ébrouer sur le champ du parti-pris villageois. Ils se sont tous souvenu qu’ils ne doivent rien au parti au pouvoir mais tout au pouvoir de Paul Biya.

Aux douloureux sanglots des victimes camerounaises de Boko Haram, que répond notre classe dirigeante ? Elle a ignoré le phénomène pendant un long temps, mais ne pense aujourd’hui qu’à le récupérer et à élucubrer.

Beaucoup n’accréditent la thèse d’une rébellion que pour propager le message d’un pouvoir à l’agonie et entretenir le fantasme d’un guerrier providentiel hissé sur un char dévalant le plateau de l’Adamaoua pour mettre un terme au règne de Paul Biya à Etoudi.

Une insurrection est d’abord l’expression d’un ras-le-bol et marque le soulèvement d’une partie du peuple contre l’ordre établi.

On est pour le moment bien loin du scénario de renversement du régime Biya. En revanche, l’intégrité territoriale du Cameroun est menacée et de nombreuses populations sont tuées et des milliers déplacées, fuyant l’obscurantisme et les atrocités de la secte Boko Haram. Ce qu’il faut craindre, c’est l’enrôlement volontaire ou de force des plusieurs centaines de jeunes désoeuvrés du Grand-Nord. S’ils faisaient le renseignement et jouaient les accompagnateurs au départ, de plus en plus ils participent à des actions militaires contre leurs propres villages et parents et contre leur pays. Ils ont été sommairement formés au maniement des armes parfois sophistiquées et connaissent la doctrine du règne par la terreur et la mort. Quand Boko Haram sera vaincu – notre souhait à tous –, c’est à ce moment qu’il faudra craindre une vraie rébellion dont les hommes sont actuellement en stage chez Aboubacar Shekawu.

 

 

camernews-Obala

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