AU CAMEROUN, CES FEMMES QUI PARTAGENT LA VIE DE PRÊTRES :

Au Cameroun, existe une association informelle de femmes qui se revendiquent « concubines pour la vie » de prêtres. Réunies sous le nom de « Femmes et amies du clergé », elles étaient une vingtaine à se rassembler le 8 mars à Yaoundé.

Interrogés par La Croix Africa sur l’existence d’une telle association, des membres de la hiérarchie ecclésiale reconnaissent la double vie de certains prêtres. Une réalité minoritaire qui, pour eux, n’est pas à encourager.

Nous sommes le vendredi 8 mars 2019, Journée internationale des droits de la femme. Il est 15 heures au quartier Mendong, un des grands nouveaux quartiers de la ville de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Une vingtaine de femmes toutes habillées de grandes robes localement appelée « Kaba », avec le tissu cette édition du 8 mars, se dirigent vers une luxueuse villa pour des agapes. Une fois à l’intérieur, l’ambiance est joviale. On s’embrasse chaleureusement, et on se partage les nouvelles. Il n’y a pas d’hommes en ces lieux ce jour-là au milieu de ces femmes, presque toutes officiellement célibataires et qui affichent de manière ostensible leur foi catholique.

La maîtresse des lieux, Solange Sandrine Evouna, une ancienne militante d’un Mouvement de l’action catholique à l’ex-Université de Yaoundé et cadre dans une importante société parapublique du Cameroun est considérée comme le leader du groupe. « Nous sommes des amies, mais davantage des sœurs. Ce qui nous unit est le fait que chacune d’entre nous vit avec un homme d’Église, prêtre diocésain ou religieux, annonce-t-elle d’emblée. Depuis pratiquement cinq ans, nous cheminons ensemble dans notre foi chrétienne pour nous soutenir et implorer la miséricorde de Dieu. »

La discrétion, le maître mot

Sur le mur du grand salon de cette demeure où sont installées ces femmes dont l’âge varie entre 30 et 49 ans, on peut apercevoir des photographies d’un prêtre travaillant pour un diocèse du Cameroun, le compagnon de Solange Sandrine Evouna.

À côté d’elle se trouve Agnès Ebenye, 36 ans. Cette fonctionnaire d’une administration publique camerounaise affirme être la compagne d’un curé de paroisse : « C’est un homme de Dieu. Je l’ai connu alors que nous étions à l’université. Nous étions très amoureux. Il a décidé de devenir prêtre et nous nous sommes perdus de vue. Il y a 8 ans, nous nous sommes retrouvés et nous avons repris notre relation. J’essaie d’être discrète pour le protéger. »

La même discrétion est observée par Gisèle, une haute responsable des services de la douane camerounaise qui vit depuis plus de 10 ans avec un prêtre religieux catholique, actuellement aux études en Europe : « Comme prêtre de l’Église catholique, qui est aussi mon Église, je sais que mon homme ne doit pas se marier, ni s’attacher à une femme. Mais il y a entre nous beaucoup d’amour. Et le fruit de cet amour c’est cette merveilleuse fille que nous avons eue. »
Des relations interdites, sources de souffrance

Mais ces relations interdites sont également sources de souffrance pour ces femmes tiraillées entre leur foi catholique et leurs sentiments. « En tant que chrétienne, je sais que je suis dans le péché. Mais je crois beaucoup à la miséricorde de Dieu », avoue Gisèle tout comme Sandrine qui ajoute : « Nous prions ensemble à chaque rencontre, en sachant qu’au-delà de notre situation qui est déviante et condamnable, Dieu est plus fort et plus grand que notre péché. »

On pourrait encore citer une bonne vingtaine d’autres cas de femmes compagnes de prêtres, présentes à ce rendez-vous du 8 mars mais, selon Solange Sandrine Evouna, le phénomène serait assez répandu. « En réalité, nous sommes nombreuses au Cameroun, à travers divers diocèses, qui partageons leur vie avec des prêtres », commente-t-elle sans donner de chiffres.

Un phénomène marginal et délicat

Une appréciation que relativise Claude Bayemi, laïc et supérieur de la Communauté catholique missionnaire de Cana, qui regroupe des prêtres et religieuses : « La grande majorité des prêtres catholiques romains du Cameroun sont contre cette double vie, à savoir la vie en concubinage avec des femmes, et même le mariage des prêtres. » Ce supérieur de communauté reconnaît cependant l’existence d’un tel phénomène. « Je dois d’abord dire qu’il y a 25 ans, au Cameroun, une association dite de femme de prêtres s’est publiquement signalée et a voulu être reconnue officiellement. Cette démarche n’a pas prospéré. Ce qui veut dire que cette réalité n’est pas une fiction. Toutefois, de nombreuses femmes désapprouvent cette forme de relation. »

Pour le père Nicolas, curé d’une paroisse de Yaoundé, « il faut beaucoup prier pour les prêtres. Mais aussi pour ces femmes, d’ailleurs minoritaires qui pensent qu’elles peuvent faire un choix de vie conjugale avec des prêtres ».

Également interrogé par La Croix Africa, Mgr Christophe Zoa, évêque du diocèse de Sangmélima, dans la région du Sud Cameroun, dit ne pas avoir connaissance d’une telle association qui est basée à Yaoundé. « C’est une chose délicate par sa nature, commente-t-il avec prudence. C’est même déplacé et problématique. Pour ma part, je ne tolère pas qu’un prêtre puisse cohabiter au presbytère ou ailleurs. Surtout pas avec une femme. Le prêtre est un homme entièrement consacré à Jésus-Christ. »